Derniers articles publiés

République tchèque: un nouvel exécutif de centre-droit en Europe

Actualité 01.06.2010

Les 28 et 29 mai 2010, le peuple tchèque a élu ses futurs dirigeants politiques. Un pays qui votait côté social-démocrate il y a à peine un an et demi et qui penche aujourd'hui nettement à droite. Retour sur les raisons d'un vote qui suit une tendance européenne.

 

Une nouvelle coalition bientôt au pouvoir

L'électorat a fait volte-face par rapport aux élections régionales et sénatoriales de 2008, remportées à l’époque par le parti socialiste (CSSD).

 

Aujourd'hui le CSSD, avec 82 sièges et 22,08% des voix, tout en demeurant le parti majoritaire, ne pourra pas constituer une coalition gouvernementale à cause du mauvais score obtenu par ses alliés potentiels.

 L'élection en chiffre

82 sièges pour les sociaux-libéraux
118
sièges pour la coalition de droite
62% de taux de participation

Dans les prochains jours, le Président de la République Vaclav Klaus devra nommer un Premier ministre issu d’une nouvelle coalition de gouvernement.

 

La tâche ne sera pas des plus ardues, le nouveau panorama politique étant clairement dessiné : la nouvelle coalition sera constituée du grand parti conservateur ODS, du nouveau parti de droite TOP09 et du parti centriste des Affaires publiques (VV), qui ensemble disposent de 118 des 200 sièges de la Chambre basse, avec 46% des voix. Une majorité écrasante qu'on n'avait pas vue depuis les années 1990.

 

 

Une élection sui generis

Premier victime du verdict tchèque, Jiri Paroubek, leader du CSSD: "Il semble que les gens aient choisi une autre direction que celle que nous leur proposions et j'en tire la conclusion suivante: je démissionne" a-t-il affirmé suite aux résultats électoraux. Dorénavant, le CSSD sera représenté par son vice président Bohuslav Sobotka.

 

Cette élection à tous les traits d'une élection au résultat sui generis :

 

  • le leader du parti gagnant démissionne ;

  • les trois autres chefs de parti n'ont pas atteint le seuil d'éligibilité ;

  • de nouvelles formations s'imposent dans la future coalition gouvernementale, tel le parti TOP 09 - initiales tchèques de Tradition, Responsabilité et Prospérité - fondé en 2009 par l'ancien chrétien démocrate Miroslav Kalousek , et celui des VV de l'ancien journaliste Radek John.

"Voulez- vous permettre aux couples homosexuels d'adopter des enfants?"

C'est l'une des questions posées par le parti des VV sur leur site pour construire une stratégie politique en vue des élections législatives

Or, si le TOP09 a surfé sur la vague de la crise, le VV a manifesté des tendances plutôt populistes. Tout au long de la campagne, ses représentants n'ont pas affiché de véritable positions, mais ont crée un programme sur la base de sondages réalisés via leur site internet.

 

Ceux-ci semblent vouloir séduire l'électorat plutôt que construire une véritable stratégie politique. Derniers sondages à la une de leur site : "Voulez- vous permettre aux couples homosexuels d'adopter des enfants?" ou encore "Voulez-vous une interdiction totale de fumer dans les restaurants?".

 

 

Les raisons du vote

Ce vote massif à droite répond, sans aucun doute, aux inquiétudes du peuple tchèque, notamment sur la possibilité d'un "endettement supplémentaire". C’est le signe que le fantôme de la crise grecque plane sur l'ensemble de l'Europe et peut déterminer le sort de ses dirigeants politiques.

 

Les déclarations de Petr Necas, chef de l'ODS et futur dirigeant de la coalition de gouvernement, ont ainsi persuadé l'électorat: "Nous sommes prêts à former une coalition budgétairement responsable", a-t-il martelé pendant la campagne. Un message qui, à en juger les résultats, a bien fonctionné.

 

Au contraire, les promesses de Jiri Paroubek, leader du CSSD, axées sur la politique sociale, n'ont pas convaincu l'électorat : en période de crise, celui-ci a visiblement préféré l'éventualité d'un plan d'austérité.

 

Le score des nouveaux partis

16% des voix pour le TOP09
11%
des voix pour le VV
Il faut donc penser que les citoyens tchèques ont appris à résister aux chants des sirènes de l’investissement étatique ? Après tout, la campagne de Paroubek promettait à l'électorat de verser la treizième retraite aux gens âgés ou de maintenir le niveau actuel de l'indemnisation du congé maternité

 

La clé de lecture de ces élections est donc à rechercher dans l’émergence de deux partis, et dans le rejet de la classe politique traditionnelle. Signe évident d'un malaise important de l’électorat…et du souhait de la part des citoyens d'expérimenter de nouveaux modes de gouvernement.