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Relations UE-Etats-Unis : un début de "guerre commerciale" ?

Vidéo 15.06.2018 Jules Lastennet

Depuis le 31 mai, les Etats-Unis appliquent des droits de douane supplémentaires sur l'acier et l'aluminium européens. En se retirant de l'accord sur le nucléaire iranien, Washington menace de sanctions financières les entreprises européennes qui resteraient en Iran. Pour Franck Proust, chef de la délégation LR au Parlement européen et interrogé par Toute l'Europe, ce n'est rien de moins qu'une "guerre commerciale" qui vient de débuter entre l'UE et les Etats-Unis.

La réunion du G7 des 8 et 9 juin au Canada est venue confirmer et même amplifier l'éloignement des Etats-Unis vis-à-vis de l'Union européenne et accroître le conflit commercial frontal entre les deux entités.

La défiance du président Trump pour le multilatéralisme et son goût pour les rapports de force brutaux, même entre alliés objectifs, étaient connus dès son arrivée au pouvoir en janvier 2017. Depuis 18 mois, le magnat de l'immobilier n'a pas failli à sa réputation et après plusieurs épisodes marquants, comme la sortie des accords de Paris sur le climat, les Européens en font maintenant l'expérience sur le plan commercial.

Les Etats-Unis "se trompent d'adversaire"

Depuis le 31 mai, les Etats-Unis appliquent ainsi des droits de douane de respectivement 25 et 10% sur l'acier et l'aluminium européen. Le président américain entend par cette mesure réduire le déficit commercial de son pays. Cette décision, les Européens l'ont combattue pendant plusieurs semaines, arguant que la concurrence déloyale est à chercher plutôt du côté de la Chine et que la justification invoquée par Donald Trump de défendre la "sécurité nationale" américaine est simplement "risible".

Donald Trump torpille le G7 et s'en prend aux Européens

Comme l'explique Franck Proust, chef de la délégation des Républicains au Parlement européen, la stratégie du président américain relève effectivement de l'irrationnel. Il est "navrant" que le président "se trompe d'adversaire" et prenne des mesures "contre ses alliés", ceux-là mêmes qui "respectent les règles".

En réponse, l'Union européenne a déposé une plainte devant l'Organisation mondiale du commerce, une autre instance internationale régulièrement dénigrée par M. Trump, et prévoit à son tour l'augmentation proportionnelle de ses droits de douane sur une série de produits. Les motos Harley-Davidson ou encore les jeans Levi's devraient par exemple être concernés.

Rapport de force

Pour l'heure, les Etats membres affichent un front uni dans ce début de "guerre commerciale". "La solidarité entre les pays européens est une condition sine qua non de réussite", rappelle Franck Proust alors que l'unité européenne pourrait être mise à l'épreuve au cours des prochaines semaines. Après l'acier et l'aluminium, Donald Trump envisage en effet de s'attaquer au secteur automobile. L'Allemagne serait ici la principale cible du président américain et pourrait être tentée de transiger afin de protéger ses constructeurs.

Serrer les rangs face à Washington apparaît à cet égard d'autant plus crucial que les entreprises européennes pâtissent également du retrait des Etats-Unis de l'accord sur le nucléaire iranien. Car si ce choix comporte évidemment des implications géopolitiques majeures, il induit aussi des conséquences commerciales considérables. Les Etats-Unis font en effet un usage extensif de l'extraterritorialité de leurs lois et entendent sanctionner les entreprises qui voudrait opérer en Iran. Total ou encore Peugeot-Citroën ont ainsi d'ores et déjà annoncé leur retrait d'Iran pour ne pas risquer des amendes qui pourraient se chiffrer en milliards de dollars.

Accord nucléaire iranien : qu'est-ce que l'extraterritorialité des lois américaines ?

Les Européens ont en définitive l'opportunité de renforcer encore leur coopération et de prouver leur capacité à tenir une posture de fermeté sur la scène internationale. Le président américain "ne comprend que le rapport de force", conclut Franck Proust, c'est pourquoi "il ne faut pas lâcher prise".