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Relance des négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne ?

Actualité 26.02.2013

Avant son départ pour une visite officielle de deux jours en Turquie, Angela Merkel s'est prononcée dimanche 24 février pour une relance des négociations d'adhésion à l'Union européenne (UE). Farouchement opposée à cette perspective depuis son arrivée au pouvoir en 2005, la chancelière allemande aurait-elle changé de cap ?

Lors d'un meeting franco-allemand organisé à la veille des élections européennes le 10 mai 2009 à Berlin, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy avaient réaffirmé leur position commune, "un partenariat privilégié pour la Turquie, mais pas une adhésion pleine et entière". Pendant des années, la France et l'Allemagne se sont élevées contre l'extension des frontières de l'Europe sur le territoire asiatique et mis en garde contre un dérèglement inévitable du processus décisionnel des institutions européennes conditionné à l'adhésion de la Turquie.

En visite officielle à Ankara en juillet 2010, David Cameron avait fermement exprimé sa "colère" vis-à-vis de la position franco-allemande, soulignant l'investissement militaire d'Ankara pendant la guerre froide et le conflit afghan : "C’est une erreur de dire que la Turquie peut monter la garde devant le camp sans être autorisée à entrer dans la tente". Les dirigeants français et allemands campant sur leur position, les négociations sont depuis restées au point mort.

Actuellement, la France bloque 5 chapitres de négociations à l'adhésion de la Turquie dans l'Union européenne : politique monétaire, politique régionale, agriculture, dispositions budgétaires, questions institutionnelles. Sur les 13 chapitres ouverts à la négociation, seul le n°25 "science et recherche" a été provisoirement clos.

Pourtant, le 12 février, la France a été la première a changé son fusil d'épaule. Lors d'une rencontre organisée à Berlin avec le ministre des Affaires étrangères turc,  Ahmet Davutoglu, son homologue français, Laurent Fabius, s'est prononcé en faveur de l'ouverture du chapitre d'adhésion n°22 sur la politique régionale. Par ce revirement, la France a peut-être entraîné dans son sillon son partenaire allemand. Le 24 février, Angela Merkel a à son tour tendu la main au gouvernement turc dans un message vidéo posté sur son site officiel : "Ces négociations ont un peu piétiné ces derniers temps et je suis favorable à l'ouverture d'un nouveau chapitre dans ces négociations afin que nous puissions un peu avancer". Sans cacher son "scepticisme",  Angela Merkel s'est empressée d'ajouter "qu'il y a encore un long chemin à parcourir dans les négociations".

L'Odyssée chypriote

Lundi 25 à Ankara,  la chancelière a de nouveau confirmé son attention de relancer le processus d'adhésion devant le Premier ministre turc, posant une condition : "Nous avons besoin de progrès sur le protocole d'Ankara, sinon nous ne pourrons pas continuer à ouvrir des chapitres". Sans annoncer ses propres intentions, Recep Tayyip Erdogan à préciser ne "pas connaître" celles du chef d'Etat chypriote, Nicos Anastsiades, à ce sujet.

Récemment élu président de la République de Chypre, ce dernier, été le seul parmi les candidats en course à avoir défendu en 2004 le plan de réunification de l'île piloté par l'Organisation des Nations Unies (ONU).

L'île de Chypre, dont le Nord est occupé depuis 1974 par la Turquie, exacerbe les tensions. Alors que les négociations d'adhésion entre l'UE et l'Etat turc ont débuté en 2005, la question chypriote continue de refroidir leurs relations diplomatiques et ce pour deux raisons. D'une part, la Turquie refuse de reconnaître la République de Chypre. D'autre part, le blocage de huit chapitres repose sur le refus des autorités turques d'appliquer l'accord d'union douanière conclu avec l'Union européenne en 2005 (protocole d'Ankara). Aujourd'hui encore, l'Etat turc refuse l'accès à ses ports aux bateaux battant pavillon chypriote. Il en va de même concernant ses transports aériens.

En relançant les négociations d'adhésion avec la Turquie, la chancelière allemande prend le contrepied de son opinion publique. D'après un sondage publié par le journal  Bild am Sonntag, près de 60% des Allemands seraient en effet opposés à l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne, contre 30% favorables à son adhésion. A quelques mois des élections législatives, la chancelière ne prendrait-elle pas le risque de déstabiliser ses électeurs ?

De plus, Berlin semble mener une politique extérieure en dents de scie vis-à-vis d'Ankara. Alors que l'Allemagne souffre d'une diminution croissante de sa natalité, Angela Merkel s'est opposée la semaine dernière à la proposition de la ministre de la Justice, Sabine Leutheusser-Schnarrenberger (FDP, parti libéral), qui proposait d'assouplir les conditions d'accessibilité des immigrés à la double nationalité, une mesure réclamée par le chef du gouvernement islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan, pour les 3 millions d'immigrés turcs installés en Allemagne.



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