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Reinhard Schäfers : "L'Allemagne va rejeter, avec la France, la proposition de ressources propres pour l'Union européenne"

Actualité 18.07.2011

L'ambassadeur d'Allemagne en France S.E.M. Reinhard Schäfers était l’invité d'une rencontre organisée par le Cercle des Européens le 13 juillet 2011. Touteleurope.eu l'a interrogé à cette occasion sur la position de l'Allemagne face à la proposition de la Commission européenne concernant les perspectives financières pour la période 2014-2020, sur la gouvernance économique, ou encore sur le rétablissement par le Danemark des contrôles à ses frontières.

Toute l'Europe : Quelle a été la réaction du gouvernement allemand à la présentation, le 29 juin dernier, par la Commission européenne de sa proposition concernant le futur cadre financier pluriannuel ?

S.E.M. Reinhard Schäfers : La réaction de mon gouvernement a été nettement mitigée. Nous étions tout d'abord contents que le budget essaie de rendre compte des exigences de la mondialisation et de la place de l'Europe dans cette mondialisation.

Mais nous étions beaucoup moins ravis sur d'autres aspects. Il faut que le budget suive le cap pris par les budgets nationaux, c'est-à-dire une certaine discipline budgétaire. L'augmentation proposée par la Commission nous semble être trop élevée. Deuxièmement, il faut rééquilibrer certaines dépenses et non pas en ajouter, ce qui est une tendance de la Commission, en dehors du budget formel. Cela n'aide pas à la transparence. Le rééquilibrage concerne la structure interne du budget : il faut mettre l'accent sur ce qui est vraiment porteur d'avenir, et donc important aux vues de la mondialisation.

Le troisième élément concerne l'équité des contributions. Nous devrons faire attention à avoir un bon équilibre entre les dépenses et les recettes, l'Allemagne étant un contributeur net depuis toujours. Il faut des recettes suffisantes afin de faire accepter à l'égard du grand public allemand que l'Allemagne reste un contributeur net au budget.

En ce qui concerne les fonds propres l'Allemagne va rejeter, avec la France, la proposition de la Commission d'un impôt européen. Je suis certain qu'en dépit du fait que les deux pays partent sur ces questions budgétaires de points de vue différents, nous arriverons à nous mettre d'accord sur les grands axes de nos prises de position.

Toute l'Europe : Ces nouvelles ressources propres proposées par la Commission ne permettraient-elles pas à l'Allemagne de se désengager du budget européen ?

S.E.M. Reinhard Schäfers : Ce n'est pas notre premier souci. Ce qui est important pour nous est de trouver la limite qui consiste à ne pas dépasser 1% du PIB. Et sur ce point nous nous retrouvons avec la France. Mais cela relève de la discipline budgétaire.

Toute l'Europe : Quelle est la position de l'Allemagne en matière de gouvernance économique de l'Union européenne ?

S.E.M. Reinhard Schäfers : Le Conseil européen a, à notre avis, pris de bonnes décisions lors de la dernière rencontre au sujet notamment de la gouvernance économique de la compétitivité. Elles devront toujours aller ensemble.

Bien sûr le "six-pack" de la Commission (ou "paquet gouvernance économique"), et toutes les autres mesures prises pour renforcer le Pacte de stabilité sont une chose. L'autre chose, et pour nous il s'agit vraiment d'un début de définition de ce que gouvernance économique peut vraiment signifier à l'avenir, c'est un pacte pour l'euro, le Pacte euro +, qui au départ s'appelait Pacte pour la compétitivité. Parce que c'est cela qui constitue le grand programme pour l'Europe : il faut tirer les leçons de la crise actuelle. Et ce que fait le Conseil européen en la matière correspond largement à ce que la France et l'Allemagne ont voulu achever depuis Deauville en octobre dernier jusqu'aux derniers pourparlers en juin.

Les travaux du Conseil européen se sont basés sur des préparatifs franco-allemands.

Toute l'Europe : Le vote de ce paquet est bloqué au Parlement européen car les Libéraux souhaitent l'instauration d'une majorité inversée en ce qui concerne les sanctions, ce que le Conseil refuse. Ce dernier pourrait-il céder sur ce point ?

S.E.M. Reinhard Schäfers : C'est un grand compromis de l'époque. La France et l'Allemagne étaient partie de points de vue différents, mais sur cette question l'Allemagne a fait une concession envers la France, mais cela fait partie d'un paquet, qui doit rester intacte. C'est le plus important.

Toute l'Europe : La Banque centrale européenne s'oppose à l'éventualité d'un rééchelonnement conséquent de la dette grecque tel que réclamé par l'Allemagne. Selon vous, une réforme de la BCE est-elle nécessaire ? Si oui, sur quoi devrait-elle se focaliser ?

S.E.M. Reinhard Schäfers : Le mandat et les objectifs de la BCE ont été débattus longuement lors de l'introduction de l'euro. Pendant des années nous nous sommes battus au niveau européen sur ce mandat. Laissons-le intact.

L'expérience de la crise a prouvé que ce mandat avait su faire ses preuves et nous avons fait, en matière d'indépendance de la Bundesbank, de très bonnes expériences en laissant la BCE indépendant et libre. Donc même au moment où nous avons des divergences avec la BCE, nous l'acceptons comme quelque chose de normal, et nous ne voulons pas remettre en question le mandat qui dans l'ensemble a fait ses preuves.

Concernant le rééchelonnement de la dette grecque ce sont aux ministres des Finances, et au Conseil européen qui va se réunir de négocier et, je l'espère, de trouver un accord. Il faudra ensuite se mettre d'accord avec la BCE. Tout en respectant l'indépendance de la BCE.

Toute l'Europe : Le Danemark a voté récemment le rétablissement des contrôles douaniers permanents de ses frontières avec l’Allemagne et la Suède. Quelles sont les conséquences de cette mesure pour votre pays ?

S.E.M. Reinhard Schäfers : Cela a quelques conséquences pratiques pour les touristes allemands qui traversent la frontière germano-danoise. Mais autant qu'on le sache cela n'a pas eu jusqu'à présent de conséquences trop graves.

Cela soulève tout de même une question fondamentale et très sérieuse : celle de la libre-circulation au sein de l'Union européenne. Sur ce point nous sommes un peu inquiets, parce que la Commission a donné son feu vert provisoire,  car cela correspond encore au droit européen. Mais reste à voir comment sa mise en oeuvre au cours de la saison touristique se passera.

Il faut tout de même se rendre compte, et cela nous l'avons dit au cours des pourparlers avec les Danois, que la libre-circulation, tout ce qui a été acquis par l'Accord de Schengen, fait partie de l'acquis fondamental de l'Union européenne et qu'il ne faut pas le mettre en danger. Il y a beaucoup de doutes autour de l'avenir de l'Europe à cause de la crise, mais il faut se rendre compte que pour les citoyens européens, qui commencent également à douter de la vitalité et de l'avenir de la construction européenne, la libre-circulation est un symbole vital. Il faut le voir dans ce contexte. Préserver les symboles et les acquis de l'Europe est plus que jamais important.

 

 

Compte-rendu de l'intervention de l'Ambassadeur d'Allemagne le 13/07/11 - Cercle des Européens

le site de l'Ambassade d'Allemagne en France