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Refroidissement des relations UE/Ukraine suite à la condamnation d'Ioulia Timochenko

Actualité 19.10.2011

Les relations entre l'Union européenne et l'Ukraine ne sont plus au beau fixe, suite à la condamnation le 11 octobre dernier d'Ioulia Timochenko, ancienne égérie de la "révolution orange" de 2004. Le maintien de la sentence de l'ancienne Première ministre, malgré l'avertissement de l'UE, a conduit Bruxelles à annuler la visite du président ukrainien Viktor Ianoukovitch prévue le 20 octobre, au cours de laquelle il devait rencontrer les présidents du Conseil européen Herman Van Rompuy et de la Commission européenne José Manuel Barroso. 

La visite a été "repoussée à une date ultérieure, quand les conditions seront plus favorables pour faire des progrès sur les relations bilatérales", selon la porte-parole de la Commission européenne Maja Kocjancic.

La sentence de Ioulia Timochenko

L'égérie de la "révolution orange" a été condamnée par un tribunal de Kiev à 7 ans de prison le 11 octobre dernier.

Ioulia Timochenko est jugée coupable d'abus de pouvoir pour avoir, en janvier 2009 alors qu'elle était Première ministre, signé des accords gaziers avec la Russie jugés très défavorables aux intérêts nationaux. Elle est aussi interdite d'exercer la moindre responsabilité publique pendant trois ans, et ne pourra donc pas prendre la tête de sa formation dans les élections législatives, prévues en 2012 .

 

Une sentence condamnée par l'UE et la communauté internationale

Les réactions au jugement ont été nombreuses et virulentes. La haute représentante de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton, a exprimé la déception de l'UE à l'égard du procès, qu'elle juge non-compatible avec les standards internationaux. Selon elle, "la manière dont les autorités ukrainiennes respecteront, d'une manière générale, les valeurs universelles et l'État de droit, et tout particulièrement la manière dont elles traiteront ces affaires, risquent d'avoir de lourdes conséquences sur les relations bilatérales entre l'Union européenne et l'Ukraine."

"Regrettable", "problèmes systémiques du système judiciaire ukrainien", "préoccupation"… Tels sont les qualificatifs que l'on peut relever au sein de la communauté internationale quant à la condamnation d'Ioulia Timochenko. L'ONG de défense des droits de l'homme Amnesty International appelle à une libération immédiate de l'ancienne Première ministre.

Les accords de partenariat UE-Ukraine

Le partenariat entre l'Union européenne et l'Ukraine a pris jusqu'à ce jour la forme de trois accords :

- L’Accord de partenariat et de coopération (APC) a été signé en juin 1994 mais est entré en vigueur que le 1er mars 1998

- La Stratégie commune à l’égard de l’Ukraine, signée en décembre 1999

- Le Protocole d'adhésion à la Communauté de l'Energie en septembre 2010

Pour la France, les droits de la défense ont été violés et ce jugement est lié à des motivations politiques. De son côté, le ministère russe des Affaires étrangères a dénoncé "le caractère manifestement anti-russe de toute cette affaire", dans la mesure où ce jugement remet en cause la légalité des contrats russo-ukrainiens.

L'indignation de l'Ukraine quant à la position européenne

Face à toutes ces critiques, les autorités ukrainiennes nient le caractère politique des poursuites engagées contre Madame Timochenko. 

Le Premier ministre ukrainien Mykola Azarov considère qu'il est "non seulement pas correct, mais même amoral de lier" l'intégration de l'Ukraine à l'UE au procès Timochenko. Le Président Viktor Ianoukovitch a pour la première fois déclaré que l’Ukraine n’était pas pressée en termes d’intégration européenne.

Le report de la signature de l'accord d'association avec l'Union européenne

Au cours de la visite prévue à Bruxelles, Européens et Ukrainiens entendaient avancer dans leurs négociations sur un accord d’association prévoyant une zone de libre-échange complète et approfondie, le DCFTA, qui faciliterait les échanges entre l’Union et Kiev. Les négociations entre l’UE et l’Ukraine devaient en principe déboucher sur la signature de cet accord lors d’un sommet prévu à Kiev en décembre, que l'UE ne semble pour le moment pas prête à annuler.

Un rapprochement ukraino-russe

Depuis l'arrivée de Viktor Ianoukovitch à la tête de l'Etat ukrainien en janvier 2010, les ambitions économiques russes en Ukraine se font sentir, à la fois par des vecteurs institutionnels bilatéraux (accords de coopération et d'intégration) que par des investissements directs où la Russie arrive en quatrième position mais seraient en augmentation.

Un refroidissement des relations entre l'UE et l'Ukraine pourrait favoriser le rapprochement de cette dernière avec la Russie, comme en témoigne l'accueil du président ukrainien mardi à Donetsk de son homologue russe Dmitri Medvedev pour discuter des prix du gaz et de la relance des relations entre les deux pays.

Alors que jusqu’à présent Kiev avait toujours préféré coopérer avec l’Union douanière formée par la Russie, la Biélorussie et le Kazakhstan plutôt que d'y adhérer de manière pleine et entière, elle pourrait revoir sa position au vu de l'évolution des événements. Moscou fait miroiter à Kiev des prix plus avantageux si cette dernière choisit son espace économique au lieu de s’associer à l’UE.
Comme l'a annoncé le vice-Premier ministre ukrainien Sergey Tigipko, "si l'Europe dit non à l'Ukraine, le pays pourrait se réorienter vers l'Union douanière avec la Russie".

L'union douanière avec la Russie, incompatible avec un rapprochement avec l'UE

La Russie a par ailleurs posé un ultimatum au président Viktor Ianoukovitch en le sommant de choisir entre cette organisation et l'UE. "Il ne peut pas y avoir d'adhésion à l'Union douanière ou à l'UE dans un format particulier", il faut y entrer à part entière, a déclaré le Président russe, Dmitri Medvedev.