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Réforme des retraites : les choix de l'Espagne

Actualité 01.02.2011

Après la France, l'Allemagne et le Royaume Uni, c'est au tour de l'Espagne de remonter l'âge minimum de départ en retraite. Pour les Espagnols comme pour les Allemands, il sera bientôt de 67 ans.

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Largement débattue en Espagne ces derniers mois, la réforme des retraites a finalement fait l'objet d'un accord, conclu tard dans la nuit de dimanche à lundi, entre le gouvernement et les principaux syndicats.

Faire passer l'âge légal de départ en retraite de 65 à 67 ans : c'était l'impératif fixé par le gouvernement Zapatero. Les syndicats ont quant à eux obtenu que les Espagnols puissent se retirer dès 65 ans, à condition qu'ils aient cotisé pendant 38,5 années minimum. Le nombre d'années de cotisation nécessaires pour une retraite à taux plein sera lui aussi plus faible que prévu : au lieu des 41 ans envisagés au départ, il sera finalement de 37 ans. Ce chiffre est moins contraignant que les 42 années de cotisations nécessaires à une retraite à taux plein en France, mais rappelons que l'âge légal de départ pour les Français est pour sa part de 5 ans plus faible.

Selon le projet de loi gouvernemental, qui devrait passer au Parlement sans trop de difficultés, des dispositions spéciales tiendront compte de la situation particulière des mères ou encore des travailleurs touchés par des fermetures exceptionnelles d'entreprises.

Comme en France, le changement ne sera pas brutal. Chaque année, la durée légale, actuellement fixée à 65 ans, augmentera d'un ou deux mois pour atteindre en 2027 les fameux 67 ans. Ainsi la réforme épargnera complètement les retraités actuels.

Selon le quotidien espagnol El Pais, "cette réforme est dotée d'une importance politique qu'il serait difficile de minorer, puisqu'elle peut se prévaloir d'un large soutien, tant des politiques que des acteurs sociaux. Il s'agit donc d'un succès pour le gouvernement et d'une preuve de souplesse des syndicats".

Un réforme nécessaire mais pas suffisante

Pour l'Espagne, la raison d'être de cette réforme est double. C'est en premier lieu un signal à destination des marchés qui s'inquiètent de la situation économique du pays, que la crise a considérablement dégradée. Elle répond aussi aux recommandations formulées par les institutions européennes et les autres Etats membres.

Mais c'est surtout un impératif budgétaire lié à une situation démographique préoccupante, à l'image des autres pays industrialisés. Aujourd'hui, 16% des Espagnols ont plus de 65 ans, et 9% des dépenses publiques leur sont consacrées. Or en 2050, la proportion des seniors atteindra 32%, ce qui représentera 14% des dépenses publiques, une denrée que l'on sait aujourd'hui rare. Il y aura alors moins de deux cotisants par retraité, contre presque 4 actuellement. Cette réforme permettra 40 milliards d'économies d'ici 2030, selon le gouvernement espagnol.

Mais s'il existe un large consensus sur le bien fondé de cette réforme, nombreux la jugent insuffisante pour redresser l'économie espagnole. Le taux de chômage atteint des sommets (20,3%  aux dernières estimations), et la croissance ne semble pas prête à redémarrer.

Aucun pays n'est épargné

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Moins de recettes pour financer les retraites, plus de pensions à verser, des finances publiques mal en point et de nombreux fonds de pension privés affectés par la crise : face à une situation qui n'épargne aucun pays, chacun tente à sa façon de trouver des solutions. Certains ont choisi de pénaliser les départs anticipés, comme au Danemark ou en Finlande, d'autres, d'encourager le prolongement de la durée du travail comme en Belgique et au Royaume Uni (dans une grande majorité de pays, les individus sont nombreux à quitter le marché du travail avant l'âge légal). Enfin, des pays comme l'Allemagne, l'Autriche, la France, l'Italie et le Portugal jouent sur les deux leviers. Les quatre derniers ont aussi baissé le montant des prestations de retraite, tandis qu'en Allemagne les contributions sont ajustées selon l'espérance de vie au moment de la prestation.

Afin d'y voir plus clair à l'échelle du continent, la Commission européenne elle-même s'est saisie de la question en publiant en juillet dernier un rapport sur la question, bien que dénuée de compétences législatives dans ce domaine. Dimanche, le ministre allemand des Finances Wolfgang Schäuble a confirmé que l'UE travaillait à définir un point de référence sur l'âge du départ à la retraite, afin d'inciter les pays à adapter ce dernier à l'évolution de leur démographie.