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Référendum irlandais : l'Europe retient son souffle

Actualité 10.06.2008

Seul pays de l'Union européenne constitutionnellement obligé de soumettre le traité de Lisbonne à un référendum, l'Irlande a organisé une consultation populaire le 12 juin. En poste depuis le 6 mai, le nouveau Premier ministre irlandais, Brian Cowen, s'est efforcé de relever un premier défi de taille : convaincre les 4,5 millions de citoyens irlandais de voter "oui" au nouveau traité. Les résultats du référendum seront connus dans la journée.

 

Contexte

Etat des ratifications

A ce jour, 18 Etats membres ont ratifié le traité de Lisbonne. 10 des 12 nouveaux adhérents à l'UE - entrés en 2005 et en 2007 - ont ainsi adopté le nouveau traité.

Parmi les 15 "anciens" pays membres, le Luxembourg, l'Allemagne, le Danemark, le Portugal, l'Autriche, la France et la Finlande ont procédé à cette ratification.

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Le 13 décembre 2007, les dirigeants des 27 se sont réunis à Lisbonne pour signer le nouveau traité qui doit mettre fin à une période trouble pour les institutions, initiée par les "non" français et néerlandais au projet de traité instituant une Constitution pour l'Europe. Le traité de Lisbonne doit être ratifié par l'ensemble des 27 Etats membres avant le 1er janvier 2009, afin d'entrer en vigueur à cette date.

Actuellement 18 Etats membres ont ratifié le nouveau traité. L'Irlande, seul pays de l'UE obligé par sa constitution à soumettre le traité de Lisbonne à un référendum, a organisé ce vote le 12 juin.


Un premier défi de taille pour le nouveau Premier ministre irlandais

Le 6 mai dernier, le ministre des Finances irlandais Brian Cowen a pris ses fonctions à la tête du gouvernement irlandais, après la démission de Bertie Ahern, soupçonné de corruption.

Lors de sa première déclaration, le nouveau taoiseach (Premier ministre en gaélique) a reconnu que sa tâche "la plus urgente et la plus importante" serait de convaincre les Irlandais de voter "oui" au référendum sur le traité européen de Lisbonne.

Juste avant sa démission, le Premier ministre, Bertie Ahern, avait mis en garde les Irlandais contre un 'non' au référendum. "Un 'non' irlandais suffirait à faire capoter le projet de relance politique de l'Union européenne, en panne depuis les 'non' français et néerlandais de 2005".

"Dites oui à l'ouverture, oui à la nouvelle Europe et oui à la fin du totalitarisme et n'écoutez pas ceux qui affirment que nous allons être submergés", a lancé Brian Cowen aux électeurs irlandais lors de la première journée de campagne qui s'est déroulée le 12 mai. Depuis le lancement de la campagne, de nombreuses affiches pro et anti Lisbonne jalonnent les rues irlandaises, invitant les citoyens irlandais à se mobiliser fortement pour ce nouveau référendum.

Avantage ou inconvénient, le nouveau Premier ministre connaît parfaitement l'exercice. Brian Cowen était en charge du référendum sur le traité de Nice qui avait été rejeté en 2001. Pour éviter un nouvel échec, le nouveau chef du gouvernement devrait pouvoir compter sur l'appui de deux figures très populaires de la majorité, le vice-premier ministre Mary Coughlan et le nouveau ministre des Affaires étrangères, Michael Martin.

De nombreux dirigeants européens ont déjà apporté leur soutien à la ratification du traité de Lisbonne par l'Irlande en se rendant ces dernières semaines à Dublin. Le président de la Commission européenne s'est également déplacé dans la capitale irlandaise le 17 avril dernier. En cas de non, "il n'y a pas de plan B", a indiqué M. Barroso.

42 % des électeurs irlandais soutiennent le "oui"

"Un refus serait une défaite majeure pour l'Irlande et pour l'Union"

"Ce serait une défaite majeure pour l'Irlande et pour l'Europe qui serait en mauvaise posture pour faire face aux grands défis comme la mondialisation ou la lutte contre la criminalité. Nous aurons perdu la chance de faire une Europe plus démocratique, plus efficace, et de lui donner une voix claire et cohérente sur la scène internationale."

Dick Roche, ministre irlandais des Affaires européennes,
Le Figaro, 8 juin 2008

Jeudi 12 juin, l'Irlande s'est prononcé par référendum sur le traité de Lisbonne. Les résultats de la consultation seront connus dans la journée. Ce référendum est un cas unique en Europe dans la mesure où l'Irlande est le seul pays parmi les 27 à être tenu, par sa constitution, de ratifier le texte par la voie référendaire et non parlementaire.

L'Eire est l'une des vraies "success stories" européennes, un pays dont le décollage économique spectaculaire doit beaucoup au soutien financier de l'Union européenne. L'Irlande est devenue l'un des pays les plus riches de l'Union, avec un PIB par habitant supérieur à celui de la France.

Pourtant, la campagne du référendum du 12 juin n'a pas été une partie de plaisir pour le gouvernement irlandais et les partisans du "oui", et l'atmosphère qui plane en Irlande ressemble à celle qui prévalait en France en 2005 avant le référendum sur la Constitution européenne.

Pour la première fois depuis le début de la campagne référendaire sur le traité de Lisbonne, un sondage publié le 8 juin par le Irish Times plaçait le non en tête des intentions de vote irlandaises (le non en tête avec 35 % des intentions de vote, contre 30 % pour le oui. Plus d'un tiers des électeurs se déclaraient encore indécis).

"Les citoyens irlandais ont du mal à comprendre la nécessité d'organiser un 3e référendum sur l'Europe"

Politologue irlandais, Roger Jupp, analyse la situation en Irlande à quelques jours du référendum sur le traité de Lisbonne.

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Une enquête de l'institut Red C publiée dimanche pour le Sunday Business Post accorde une courte majorité au "oui". Le nouveau sondage donne une avance de 3 points aux partisans du "oui" avec 42% des intentions de vote contre 39% pour le "non", avec toujours, un nombre important d'électeurs indéterminés (19 %). Ce sondage indique que parmi les 50 % d'électeurs affirmant être certains d'aller voter, le "oui" devance le "non" de 9 points (46 % contre 37 %), mais 17 % disent pouvoir encore changer d'avis.

L'issue du référendum sur le traité de Lisbonne reste incertaine en Irlande.

Le résultat de ce référendum dépend selon la plupart des analystes, du taux de participation au scrutin, traditionnellement faible en Irlande pour les référendums européens. Ces mêmes analystes estimaient que le non pourrait l'emporter si ce taux était inférieur à 40 % (comme ce fut le cas pour le premier référendum sur le Traité de Nice en 2002). A midi, le taux de participation était d'environ 42 % selon les estimations.



Sources :

Site irlandais sur le traité modifié



En savoir plus :

Comparatif : Etat des ratifications du traité de Lisbonne - Touteleurope
Traité de Lisbonne : présentation - Touteleurope
Pro et anti Lisbonne s'affichent en Irlande - Touteleurope