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Référendum britannique : le tour des réactions des eurodéputés

Actualité 24.01.2013

Hier matin à 8 heures, heure de Londres, le Premier ministre britannique prononçait un discours par deux fois repoussé (du fait de la situation au Mali et en Algérie) et fort attendu sur l'avenir du Royaume-Uni au sein de l'Union européenne. Un discours au cours duquel il a annoncé qu'il organiserait un référendum d'ici 2017 sur ce sujet s'il est réélu en 2015, tout en se déclarant favorable un maintien du pays dans une Union plus "flexible, adaptable et ouverte". Retour sur l'essentiel de sa déclaration et les réactions qu'elle a suscité dans l'hémicycle européen.

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Découvrez dans cette vidéo de l'Ina les positions de la Grande-Bretagne face à la construction du Marché commun, de la conférence de Messine en 1955 à sa demande d'adhésion de 1967, illustrées de documents d'archives, d'interviews et d'un bref reportage auprès de la population londonienne.

"Je suis favorable à un référendum" a lâché mercredi matin le Premier ministre britannique à l'occasion d'un discours bref, maitrisé et matinal. L'annonce était attendue, elle aura tout de même eu son petit effet, sur la Toile européenne d'abord, puis très vite auprès des personnalités européennes, dont nos eurodéputés. Un "chantage" pour certains comme Daniel Cohn-Bendit qui s'est insurgé contre les propos de David Cameron.

"Le désenchantement de l’opinion publique [britannique] vis-à-vis de l’Union européenne est à son comble", s'est justifié M. Cameron lors de son discours. "Il y a une frustration grandissante chez certaines personnes qui ont l'impression que l'Union européenne leur est imposée plutôt que choisie" a-t-il poursuivi. Pourtant, pour l'eurodéputé britannique Graham Watson, membre du parti des Démocrates libéraux, au pouvoir en Grande-Bretagne avec les conservateurs, interrogé hier par Touteleurope.eu, cette annonce relève plus "d'une réaction de M. Cameron à la situation interne au sein de son parti que d'une réaction à la situation réelle du pays. Nous faisons face à une dépression économique d'une ampleur grave et nous n'avons pas le luxe de parler d'un référendum sur l'Europe, qui pourrait seulement mettre en jeu les investissements dont l'économie britannique pour créer des emplois".

"Personne ne nie que c'était un discours intelligent et livré avec finesse" poursuit-il, "qu'il a été très clair sur la position de son parti, sur ce qu'il veut de l'Europe, peut-être en contrepied de la position de François Hollande ou même de celle d'Angela Merkel. Le problème c'est que sa recette pour améliorer l'Europe n'est pas réalisable au niveau européen. On ne peut pas menacer de son retrait et espérer que les autres vous soutiennent".

Une position partagée par son président de groupe au Parlement européen, Guy Verhofsdadt (ADLE) dont les propos sont cependant plus directs et sans concession. "L’idée de base [avancée par David Cameron] est de renégocier individuellement la position britannique au sein de l’UE. Je peux vous dire que c’est impossible", a déclaré l’ancien Premier ministre belge sur la BBC. "Ce qui se passera, c’est une renégociation collective, après les élections européennes de 2014, parce que nous avons besoin d’une Europe plus intégrée, et alors les Britanniques pourront choisir s’ils veulent rester dans l’Union ou en sortir", a-t-il expliqué.

Pour Catherine Trautmann, présidente de la délégation des socialistes français au Parlement européen, c'est un "Premier ministre particulièrement affaibli" "isolé dans son propre parti, sans majorité cohérente" qui "a présenté aujourd’hui sa vision des relations entre le Royaume-Uni et l’Union européenne
(...) [sacrifiant] sur l’autel de sa réélection les intérêts des Britanniques".

Une visée électoraliste dénoncé par Graham Watson qui juge qu'en parlant plus "en tant que leader des Tories qu'en tant que Premier ministre britannique", David Cameron s'est nettement éloigné des positions des libéraux-démocrates membres de sa coalition. "La différence au sein de la coalition au Royaume-Uni c'est que les libéraux-démocrates veulent participer avec enthousiasme à la construction européenne et gagner les batailles pour avoir une Europe qui leur convient tandis que M. Cameron préfère menacer de se retirer de l'Union européenne si les autres ne sont pas de son avis", explique l'eurodéputé.

Et même les eurosceptiques, directement visés par cet appel du pied de M. Cameron, ne semblent pas avoir été totalement séduit, à l'image du leader du parti UKIP, membre du Parlement européen, Nigel Farage qui a dénoncé sur Euronews un problème de timing : "l’agenda politique du Royaume-Uni a changé aujourd’hui, et maintenant nous pouvons parler ouvertement de quitter l’Union européenne. J’ai fait campagne pendant de nombreuses années pour cela. Sur ce point, au moins, je suis ravi. Mais le problème c’est que Monsieur Cameron n’a fait que retarder le moment fatidique de cinq ans. S’il gagne les élections, après avoir négocié avec l’Union européenne, on aura peut-être un vote dans cinq ans, et franchement, ce n’est pas assez convainquant", a-t-il déploré.

Vers une Europe à la carte ?

Aurait-on mal interprété les propos du Premier ministre britannique ? A l'occasion de son intervention lors Forum économique mondial à Davos, David Cameron a démenti "vouloir tourner le dos à l'Europe, bien au contraire".

Que faut-il comprendre dès lors de son "discours de Londres" ? Ce que souhaite en fait le chef du gouvernement britannique c'est " une Europe plus compétitive, plus ouverte et plus flexible, et assurer la place du Royaume-Uni en son sein" selon ses propos, rapportés par Le Monde. Hier matin déjà il affirmait que "la compétitivité exige de la fléxibilité, des choix et de l'ouverture, sinon l'Europe va se retrouver dans un 'no man's land', coincé entre les économies émergentes d'Asie et les Etats-Unis qui mènent toujours le marché. L'UE doit être capable d'agir avec la vitesse et la flexibilité d'un réseau, et non la rigidité plombante d'un bloc."

Oui à l'Europe donc, mais avec un gros "mais". Renégocier les termes de la participation du Royaume-Uni au projet européen, David Cameron s'est engagé à le faire à partir de maintenant, sans attendre les élections de 2015. Mais les réactions européennes laissent entendre que plus qu'un référendum, cette définition d'une Europe à la carte définie selon les principes britanniques (qui impliquerait notamment qu'un certain nombre de compétences reviennent aux Etats membres) fait fortement grincer des dents.

Même Graham Watson qui, prenant l'exemple de futurs traités fiscaux, considère qu'il "n'est impossible de rester en dehors, seuls 17 pays font partie de la zone euro sur 27, deux ne font même pas partie de l'Espace Schengen", reconnait qu'on "ne peut pas toujours s'opposer à la participation au projet européen".

Mais pour le président du Parlement européen, Martin Schulz (S&D) cette "Europe à la carte de M. Cameron n'est pas une option". "Nous devons nous focaliser sur la croissance et l'emploi plutôt que sur des discussions autour des traités", a-t-il twitter hier matin.

Même point de vue de l'autre côté de l'hémicycle européen : le président du Parti populaire européen Joseph Daul déclarait hier, dans un communiqué officiel, que "nous ne renégocierons pas les principes fondamentaux qui nous ont apporté paix et prospérité sur le continent ; principes qui ont été négociés et acceptés par le Royaume-Uni durant quarante ans".

"L'Union européenne aurait beaucoup à perdre à voir la Grande-Bretagne la quitter", déclarait hier David Cameron. L'avenir dira si les Britanniques jugent qu'ils auront également beaucoup à perdre à quitter l'UE...


En savoir plus

Discours intégral de David Cameron à Bloomberg [en] - Number10

Revivez le discours de David Cameron sur Twitter - Touteleurope.eu

L'Angleterre, option Europe - Ina.fr