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Reconduction de Xi Jinping en Chine : "un moment politique important pour l'Europe"

Actualité 25.10.2017

Le XIXème congrès du Parti communiste chinois a réélu, le 25 octobre, Xi Jinping à la présidence de l'empire du Milieu. A cette occasion, Toute l'Europe fait le point avec la chercheuse Karine Lisbonne de Vergeron sur l'état des relations entre la République populaire de Chine et l'Union européenne.

Jean-Claude Juncker et Xi Jinping

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et le président Chinois Xi Jinping lors du sommet du G20 de Hangzhou en Chine le 4 et 5 septembre 2016 - Crédits : Conseil européen

Karine Lisbonne de Vergeron dirige le programme Europe du Global Policy Institute de Londres. Spécialiste des relations entre l'Europe et les grands pays émergents d'Asie, elle est l'auteure de plusieurs articles sur les visions chinoise et indienne de l'Europe.

Le président Xi Jinping a été reconduit le 25 octobre à la tête de la République populaire de Chine : quel impact cet événement peut-il avoir sur les futures relations avec l'Union européenne ?

C'est un moment politique important entre l'Europe et la Chine. En Europe, la vision de l'engagement européen est beaucoup plus claire depuis l'élection d'Emmanuel Macron en France et le renouvellement d'Angela Merkel en Allemagne, malgré la montée du populisme. La prolongation du Président Xi représente ainsi une synergie intéressante en termes de calendrier politique, avec des mandats pour les 4 ou 5 prochaines années en France, en Chine et en Allemagne.

Les Chinois voient de manière positive les efforts de renforcement de l'intégration européenne, en particulier en ce qui concerne la zone euro. Le renforcement du marché commun européen est important pour eux, puisqu'il induit évidemment des débouchés pour les produits chinois. Mais la Chine y a intérêt, aussi, pour développer le Yuan comme monnaie de réserve internationale. Le renforcement de l'euro comme monnaie de réserve internationale est donc vu de manière positive.

Comment se manifeste la coopération politique bilatérale entre l'UE et la Chine ?

La coopération s'est beaucoup intensifiée depuis le partenariat signé en 2003. Il y a eu une véritable volonté de la part de la Chine de mieux comprendre les institutions européennes. Et la représentation chinoise à Bruxelles est l'une des plus importantes en nombre de représentants diplomatiques chinois à l'étranger, c'est donc un signal fort.

Trois dialogues stratégiques de haut niveau existent en complément du sommet Union européenne-Chine. D'abord sur le plan commercial, puis stratégique en 2010 sur les questions de politique étrangère et de sécurité, après la création du service européen d'action extérieure. Enfin un dialogue de haut niveau entre les peuples, qui se réunit tous les deux ans avec pour objectif de développer la coopération en termes d'éducation et d'échanges universitaires et culturels.

La coopération entre l'Union européenne et la Chine concerne un peu plus de 50 secteurs : climat, énergie, énergies renouvelables, ou encore "best practices" en termes de sécurité sociale... Indépendamment des questions fortes d'investissement, commerciales, de sécurité et de politique étrangère, la coopération est très vaste.

Le président du Conseil européen Donald Tusk, le Premier ministre chinois Li Keqiang et le président de la Commission Jean-Claude Juncker lors du sommet UE-Chine du 1er et 2 juin 2017 - Crédits : Conseil européen.

Entre la Corée du Nord et les velléités chinoises d'expansion géographique en mer de Chine, les tensions montent depuis plusieurs années dans la région. Comment l'Union européenne y intervient-elle ?

A la différence des Etats-Unis, l'Union Européenne n'a pas d'intérêts défensifs strictement militaires dans la zone. Elle n'y possède ni bases ni capacités de projection militaire et se positionne donc de manière tout à fait différente.

En ce qui concerne le dossier nord-coréen, je pense que les Chinois verraient de façon positive une participation européenne plus prononcée au dialogue, afin d'éviter une escalade sur ce dossier entre les Etats-Unis et la Corée du nord.

La politique étrangère erratique de Donald Trump peut-elle rapprocher l'Union européenne et la Chine ?

La Chine et l'Union européenne sont déjà deux grands partenaires. Sur le plan économique l'UE reste le premier partenaire de la Chine, qui représente environ 15% du commerce extérieur européen et prend une part de plus en plus importante.

Sur le plan politique et la vision stratégique, il faut effectivement réfléchir davantage à certains aspects de la coopération. En particulier le projet "la route de la soie", développé à l'origine sur une idée du président Xi, et qui vise à relier plus rapidement la Chine et l'Europe à travers un axe terrestre et maritime.

Le projet est en développement depuis 2013, avec un investissement estimé à près de 1000 milliards d'euros. La Chine y a rajouté plus de 100 milliards d'euros au printemps dernier. Face à cela, les Européens devraient réfléchir de manière plus coordonnée, plus stratégique, et trouver une position commune pour maximiser leurs intérêts. Pour l'instant, on assiste plutôt à des analyses et des démarches nationales, voire régionales pour le calcul des opportunités économiques et commerciales.

Comment les Européens y prennent-ils part ?

Pour certains la route de la soie suscite des inquiétudes, pour d'autres les projets sont en cours de développement. En tout cas, le trafic ferroviaire est bien réel même si les volumes restent très faibles et les liaisons majoritairement non régulières.

Relier l'Europe et la Chine a le potentiel de transformer un ensemble de développements commerciaux au niveau eurasiatique. Dans les mois et les années à venir, les Européens devront se saisir de cette dimension des "routes de la soie", qui aujourd'hui ont un aspect essentiellement commercial et de développement, dans une approche plus stratégique du projet.

Grand partenaire commercial de l'Union européenne, la Chine est régulièrement accusée de protectionnisme et de concurrence déloyale par les Européens. Quels sont actuellement les points d'achoppement entre les deux parties ?

Entre la Chine et l'Union européenne, les négociations en vue d'un traité bilatéral d'investissement ont été lancées en 2013.

L'enjeu clef est de trouver une réciprocité plus efficace dans l'accès aux marchés. En particulier sur un certain nombre de secteurs qui, en Chine, restent encore limités pour les investissements étrangers. Des initiatives se développent en Europe, comme les réflexions en cours au sein de la Commission européenne, soutenue par la France, afin de mieux contrôler des investissements étrangers non-européens dans les secteurs jugés stratégiques. C'est ce que font, d'ailleurs, les Etats-Unis ainsi que la Chine sur certaines de leurs industries. Cette proposition n'est donc pas directement liée à la Chine, elle est plus large, mais elle pourrait avoir un impact sur les investissements chinois.

La Chine et l'UE ont réitéré en juin leur engagement commun à respecter les accords de Paris sur le changement climatique, et confirmé leur volonté de collaborer dans le domaine de l'énergie et de l'environnement. Comment se matérialise ce partenariat ?

On constate en effet un alignement des positions chinoises et européennes sur les accords de Paris. Aujourd'hui des coopérations commerciales et industrielles existent en matière d'énergie, notamment renouvelable. Il y a aussi des initiatives, comme le premier satellite franco-chinois qui sera mis en orbite en 2018 pour observer les océans et mieux comprendre les échanges entre océans et atmosphère.

Enfin, l'Union européenne reproche souvent à la Chine ses manquements aux droits de l'Homme, existe-t-il un dialogue particulier à ce sujet ?

L'Union européenne et la Chine ont un dialogue sur les droits de l'Homme (le 35ème dialogue UE-Chine sur les droits de l'Homme a eu lieu en juin 2017), ce qui n'est plus le cas entre les Etats-Unis et la Chine depuis déjà quelques années. Celui-ci a donc le mérite d'exister et d'offrir un forum de discussion qui permet aux Européens de faire valoir et de promouvoir les valeurs européennes.