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Quelles relations entre la Biélorussie et l’Union européenne ?

Question-Réponse 12.10.2020 Agnès Faure

Ancienne république soviétique, la Biélorussie entretient des relations conflictuelles avec l’Union européenne depuis son indépendance en 1991. Comment se déroule le dialogue entre l’UE et celle qui est considérée comme "la dernière dictature d’Europe" ?

Les relations entre la Biélorussie et l’Union européennes s’organisent principalement autour du Partenariat oriental de l’UE, qui a fêté ses dix ans à Bruxelles le 13 mai 2019

Les relations entre la Biélorussie et l’Union européennes s’organisent principalement autour du Partenariat oriental de l’UE, qui a fêté ses dix ans à Bruxelles le 13 mai 2019 - Crédits : Conseil européen

Ancienne république soviétique, la Biélorussie (ou Bélarus) proclame son indépendance en 1991, après la chute de l’URSS. Situé entre la Russie, l'Ukraine, la Pologne et les pays baltes, le pays est aujourd’hui une république constitutionnelle à régime présidentiel. Depuis 1994, elle est dirigée par Alexandre Loukachenko. Dans un contexte post-guerre froide, la Biélorussie occupe une place stratégique, entre la Russie et l’Union européenne.

L’Union européenne s’est-elle rapprochée de la Biélorussie après son indépendance ?

Depuis 1991, les relations entre l’Union européenne et la Biélorussie ont beaucoup évolué. Si la  dynamique était positive à l’indépendance du pays, elle est vite freinée par l’accession au pouvoir d'Alexandre Loukachenko en 1994. Le référendum de 1996 permettant de renforcer de manière significative les pouvoirs du président continue d'accroître la méfiance des Européens.  

En 1995, un accord d’association est toutefois signé entre les deux mais n’est finalement pas ratifié par l’Union européenne. Cette dernière exclut la Biélorussie de la politique européenne de voisinage alors en cours de développement avec ses voisins orientaux et méditerranéens. En septembre 2004, des sanctions sont adoptées par le Conseil européen à l’encontre de certains fonctionnaires biélorusses (en vigueur jusqu’en 2021), puis en 2006 après des épisodes de répression des manifestants et de disparition d’opposants politiques et de journalistes. 

Les relations connaissent une embellie en 2008-2009 et les deux parties reprennent le dialogue dans le cadre du Partenariat oriental. Mais à la suite de l’élection présidentielle et de la situation générale des droits de l’Homme et des libertés fondamentales, de nouvelles répressions des manifestations conduisent à une nouvelle dégradation des relations à partir de 2011. Des interdictions de séjour dans l’UE et des gels d’avoirs sont adoptés par les ministres des Affaires étrangères européens à l’encontre de 170 personnes, dont le président biélorusse. Un embargo sur les armes est également prononcé. "Le fait que les dirigeants biélorusses ne puissent voyager en Europe a peut-être eu un effet contre-productif : au lieu d’isoler le pays, cela a poussé Minsk à renforcer sa coopération avec la Russie et amoindri les chances de résoudre les désaccords pendants entre Biélorussie et UE", commente Vivien Pertusot, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Paradoxalement, une nouvelle phase de détente a été amorcée après l’annexion de la Crimée et la guerre en Ukraine en 2014. Ces évènements ont "radicalement modifié l'environnement géopolitique et sécuritaire des pays du partenariat oriental dans la région" conduisant ainsi l’UE et la Biélorussie à "réviser leur politique étrangère, y compris leurs relations mutuelles", note le Parlement européen dans un rapport en 2016. Une première suspension des sanctions a ainsi été décidée en 2015 et ces dernières sont définitivement levées le 15 février 2016, même si l’embargo sur les armes est encore maintenu jusqu’au 28 février 2021. 

Quelles relations entretiennent-elles aujourd’hui ?

Les relations entre l’Union européenne et la Biélorussie sont aujourd’hui régies par le Partenariat oriental. Entré en vigueur en 2009, il s’inscrit dans le cadre de la politique européenne de voisinage qui régit les relations entre l’UE et ses pays voisins, et vise à renforcer la coopération économique et politique avec les anciennes républiques soviétiques. En plus de la Biélorussie, il encadre les relations de l’UE avec l’Arménie, l’Azerbaïdjan, la Géorgie, la Moldavie et l’Ukraine.

Ce Partenariat permet à la Biélorussie de participer à un certain nombre de programmes européens comme Erasmus+. Un accord de facilitation et de reconnaissance des visas a même été signé en janvier 2020 afin de renforcer les projets de coopération. Pour lutter contre les conséquences de la pandémie de Covid-19, Minsk a également reçu une enveloppe de 60 millions d’euros de la part de l’UE.

Par ailleurs, des "priorités de partenariat" sont en cours de négociation afin d’encadrer les domaines de coopération bilatérale entre la Biélorussie et l’Union européenne.

Jusqu’au début du mois d’août 2020, date des dernières élections présidentielles en Biélorussie, les relations entre l’Union européenne et la Biélorussie étaient plutôt cordiales. A l'occasion d’une conférence organisée par l’institut biélorusse d’études stratégiques en janvier 2020, la chercheuse Kaciaryna Smacina évaluait celles-ci positivement "compte tenu de l’histoire des relations entre l’UE et la Biélorussie après l’isolation et les sanctions". Pour l’analyste, les relations entre les deux en étaient même "à leur plus haut niveau dans l’histoire".

Les Biélorusses sont ils pro-européens ? 

Historiquement, la Biélorussie est davantage tournée vers la Russie. A tel point qu’en 2014, une Union économique eurasienne comprenant notamment la Russie et la Biélorussie a vu le jour. Néanmoins, sa position de "zone tampon" incite le gouvernement à entretenir des liens avec l’Europe.

Ce délicat équilibre se retrouve également au sein de l’opinion publique. Le sociologue Andrei Vardamatski observe d’ailleurs un récent changement des mentalités. A la question "quelle union serait la plus profitable aux Biélorusses : l’Union européenne ou l’union avec la Russie ?", il note que les opinions favorables à la Russie ont largement diminué (54,5% en août 2009 contre 63,9% en janvier 2018) et celles favorables à l’Union européenne ont connu la trajectoire opposée (25% en août 2009 contre 20,2% en janvier 2018).

Il explique que cette évolution "ne se fait pas directement de l'orientation pro-russe à l'orientation pro-européenne" mais que les citoyens ont d’abord tendance à "[perdre] leur orientation géopolitique et [traverser] une période d'incertitude".

 

Réponses à la question "Quelle union serait la meilleure pour les Biélorusses - l'Union européenne ou l'union avec la Russie ?

Sources : Belarusian Institute for Strategic Studies - Janvier 2018

La crise biélorusse actuelle est-elle comparable à la crise ukrainienne ?

le 9 août 2020, Alexandre Loukachenko est réélu avec 80% des voix et pour la cinquième fois consécutive, à l’issue d’une élection tachée d’irrégularités. Depuis, des manifestations d’ampleur se tiennent chaque semaine pour réclamer le départ du dirigeant. Beaucoup d’observateurs y ont vu un parallèle avec les événements de la place Maïdan en Ukraine en 2014 qui avait vu émerger un mouvement pro-européen.

Guerre en Ukraine : où en est l'Union européenne ?

Les deux événements sont toutefois différents. Si l’on pouvait voir des drapeaux européens place Maïdan, ce sont les couleurs rouges et blanches de l’ancien drapeau biélorusse qui sont arborées par les manifestants en Biélorussie comme symbole de l’opposition. “La révolution au Bélarus n'est pas une révolution géopolitique. Ce n'est ni une révolution pro ou anti-russe, ce n'est ni une révolution pro ou anti-Union européenne. C'est une révolution démocratique”, indique Svetlana Tikhanosvkaya, candidate déchue à l’élection présidentielle et principale opposante au régime de Loukachenko.

Quelle réaction européenne face à la crise ?

Le Conseil européen ne reconnaît pas les résultats du scrutin présidentiel du 9 août 2020 et condamne les mesures de répression prises à l’encontre des manifestants. Les dirigeants européens ont adopté le 2 octobre de nouvelles mesures, similaires à celles de 2011, à l’encontre de 40 personnes pour “répression et falsification des résultats électoraux”.

A l’exception de certains pays d’Europe centrale et orientale qui militent pour une intervention européenne, comme la Lituanie - qui abrite l’opposante Svetlana Tikhanoskaya - et la Pologne, la position est plus réservée du côté des autres États membres. Pour Martina Napolitano et Milàn Czerny, spécialistes de la Russie et des anciennes républiques soviétiques, cette frilosité s’explique par la dernière tentative des pays européens "de se faire médiateurs dans la révolution du Maïdan en Ukraine en 2014 qui a particulièrement mal tournée". Les manifestants eux-mêmes, "au début au moins, exprimaient leur volonté de résoudre la crise eux-mêmes, sans l’intervention des forces extérieures", poursuivent les deux auteurs. 

La position française dans la crise biélorusse

A l'occasion d'un déplacement en Lituanie et en Lettonie fin septembre, le président français Emmanuel Macron s’est entretenu avec l’opposante Svetlana Tikhanosvkaya. Celle-ci avait demandé le soutien du chef d’Etat pour parvenir à une médiation : "nous avons terriblement besoin d’une médiation pour éviter que davantage de sang soit versé. M. Macron pourrait être ce médiateur, avec les leaders d’autres pays. Il pourrait être capable d’influencer M. Poutine, avec lequel il a de bonnes relations". Le président de la République a accepté mais souhaite que la médiation se déroule dans le cadre de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), une organisation qui permettrait à la Russie d’être associée aux discussions en vue d’une sortie de crise.