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Que faut-il attendre du G20 ?

Actualité 25.06.2010

Stephen Harper, Premier ministre canadien dont le pays sera l'hôte de cette réunion du G20, a tenu à centrer ce sommet sur les questions économiques et financières. Pour les 20 premières économies mondiales, l'affrontement majeur se fera autour de ce que Christine Lagarde qualifie de « dilemme » : continuer à stimuler la croissance quitte à s'endetter davantage, ou bien assainir à coup d'austérité les comptes publics, au risque de peser sur la reprise ?

Austérité ou croissance ?

Premiers parmi les partisans de la croissance à tout prix, les Etats-Unis. Après la crise, c'étaient eux qui avaient injecté le plus d'argent dans la relance. Aujourd'hui, malgré leur déficit très lourd, ils comptent sur le dynamisme de leur économie, que le gouvernement cherche à maximiser grâce à des mesures de soutien à l'activité. Pas question pour eux de fermer brutalement les robinets, à l'européenne.

Barack Obama a même pris la peine d'adresser une lettre à ses partenaires européens pour les dissuader de continuer dans cette voie. Le Président se souvient qu'un tel choix, au lendemain de la crise de 1929, avait embourbé les Etats dans la dépression, et rappelle aux Européens les engagements qu'ils avaient pris il y a deux ans au G20 de Washington de privilégier la relance, et sur lesquels ils ont fait un volte-face majeur depuis. Une thèse partagée par de nombreux économistes qui mettent en garde contre ce dogme de l'austérité qui est entrain de s'installer en Europe.

Mais les Européens restent sur leurs positions. La relance est devenue trop coûteuse dans une Europe touchée par la crise de sa devise. José Manuel Barroso, en réponse à l'appel américain, a expliqué que l'Europe faisait face à une crise de confiance vis-à-vis des marchés qui pèse sur ses Etats, problème que n'ont pas les Etats-Unis. Ce n'est qu'en restaurant cette confiance, qui passe par un redressement des finances, que la croissance pourra redémarrer en Europe. Et pour ce faire, l'austérité est nécessaire.

Angela Merkel est d'ailleurs montée au créneau hier pour défendre ce choix : "Nous, les Européens et en particulier en Allemagne, sommes d'avis que réduire les déficits est indispensable pour une croissance durable à laquelle nous voulons tous parvenir". "Le citoyen est plus disposé à dépenser de l'argent s'il sait qu'il peut compter sur sa retraite, son assurance santé", a ajouté la Chancelière en réponse aux critiques qui voudraient que la solide situation allemande rende superflue tant d'austérité.

L'opposition outre-Atlantique n'est pas totale, puisque l'Europe, sur cette question, pourra compter sur le soutien précieux du Canada.

La taxe bancaire sur l'étendard européen

Outre les enjeux macroéconomiques, l'Union européenne va pousser sur la question de la régulation du système financier. Sujet d'importance pour les grandes économies européennes qui entendent bien montrer l'exemple en prenant les devants quoi qu'en décident leurs partenaires mondiaux.

Ses deux chevaux de bataille : la taxe bancaire, et la taxe sur les transactions financières. Le premier projet, le moins controversé, consisterait à taxer les banques, soit pour alimenter un fond de prévention des crises futures, soit pour contribuer à renflouer les budgets. Ses porte-drapeaux sont la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne. Elle reçoit également le soutien de l'exécutif européen, par les voix de José Manuel Barroso et d'Herman Van Rompuy.

Mais l'Union risque fort de prêcher dans le désert. Bien que l'idée ait remporté l'adhésion au G20 il y a un an, le consensus semble s'être délité cette année : au sommet de Busnan, de nombreux Etats avaient déjà douché les espoirs européens. Mais l'Europe ne se laissera pas démonter sur cette question, sur laquelle elle est parvenue à se mettre plus ou moins d'accord.

Seront également en discussion les questions des rémunérations des traders et des bonus : les règles décidées l'an dernier n'étant que très imparfaitement appliquées par les opérateurs.

Quel visage pour la gouvernance mondiale ?

Le G20 est l'enfant de la crise. Si cette instance internationale existait déjà à la fin des années 90, c'est seulement depuis la crise qu'elle se réunit au plus haut niveau, celui des chefs d'Etat. A cette époque, c'était l'Europe qui avait l'ascendant moral. Les Etats-Unis, accusés d'avoir déclenché une crise mondiale, étaient rappelés à l'ordre par une Europe unie derrière sa Présidence française activiste. Mais c'est maintenant l'Europe qui est embourbée dans sa propre crise, et Washington qui se pose en donneur de leçons.

L'échec des positions européennes est-il écrit pour autant ? Londres, Paris et Berlin, trois protagonistes du G20 et même du G8, parleront d'une même voix, ce qui devrait contrer les accusations de faiblesse vis-à-vis du vieux continent.

Mais avant de prospecter sur celui qui va réussir à convaincre les autres, il faut se demander si c'est encore possible. Envisagé à sa création comme une enceinte de décisions, angle qui avait été repris par les chefs d'Etats lorsqu'ils l'avaient investi, le G20 devient de plus en plus une simple instance de discussion. Plutôt que de débattre ensemble des meilleures solutions à adopter, l'enjeu devient de convaincre les autres du bien fondé d'actions décidées à l'avance. Avant même le sommet, des lettres d'intention sont envoyées, des déclarations sont faites par journaux interposés, et surtout, des mesures unilatérales sont prises par les uns et les autres, les engageant irrémédiablement dans une voie. De quoi s'interroger sur la pertinence d'une rencontre dont le coût a été évalué à 4000 euros la seconde.

Mais ce rendez-vous est perçu par la plupart comme une étape. L'Elysée parle de "petit sommet", de "sommet de transition" : c'est la dernière occasion pour tous de confronter les points de vue, avant le rendez-vous de novembre à Séoul où seront prises les décisions concrètes pour réformer la finance mondiale.

 

En savoir plus :

A la veille du G20, le point sur la taxe bancaire - Touteleurope.fr

La crise dans la zone euro - Touteleurope.fr