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Propositions pour une "autre Europe"

Actualité 20.11.2007

Avec Jacques Généreux, Yves Salesse, Etienne Chouard et quelques autres, Raoul-Marc Jennar fut en 2005 l'un des principaux pourvoyeurs en argumentaires critiques du projet de traité constitutionnel. Son précédent ouvrage, "Europe, la trahison des élites", un livre à charge contre la construction européenne, était devenu en quelques mois le bréviaire des collectifs du "non de gauche". "Quelle Europe après le non ?" en constitue la suite logique.

Jugeant le fonctionnement de l'Union européenne profondément antidémocratique, Raoul-Marc Jennar réclame comme préalable la convocation d'une Constituante. Elus par les citoyens européens, les membres de cette assemblée seraient invités à expurger les traités de tous les articles "qui ont entraîné les dérives néolibérales" de l'Europe.

Si certains Etats membres tentaient de s'opposer à une telle évolution en brandissant leur droit de veto, il appartiendrait alors à un noyau dur de pays d'aller plus loin dans l'intégration politique. L'auteur reprend à son compte la théorie de l'avant-garde, assez répandue dans les milieux proeuropéens. Sur le plan des institutions, Jennar partage d'ailleurs un certain nombre d'idées communément admises par les partisans de l'intégration européenne.

Alter-fédéralisme

Favorable à la suppression du monopole d'initiative de la Commission, Jennar souhaite conférer au Parlement européen un pouvoir législatif, budgétaire et de contrôle politique sur l'exécutif communautaire. Dans le même temps, il réclame la protection des pouvoirs nationaux et locaux contre les intrusions de l'Europe. Les collectivités qui le souhaitent seraient ainsi libres de gérer les services sociaux comme ils l'entendent, ou encore d'interdire la culture des OGM.

Les points de divergence avec le discours proeuropéen classique apparaissent dès lors que Jennar évoque les orientations socio-économiques de l'UE, dans une rhétorique typiquement altermondialiste. L'auteur propose de "libérer l'Europe de la dictature du marché unique" en rendant obligatoire l'harmonisation sociale fiscale et environnementale. Ou encore de "libérer l'économie européenne du monétarisme" en révisant les statuts et missions de la BCE. Il souligne au passage l'inefficacité de la concurrence, qui "ne se traduit, ni par une hausse de la qualité des produits et services nécessaires au quotidien, ni par une baisse de leurs prix".

Raoul-Marc Jennar dessine ainsi une sorte d'alter-fédéralisme, soit un fédéralisme orienté vers la construction d'un Etat social européen fort. Son ouvrage synthétise un certain nombre de propositions formulées par la  "gauche du non", à l'heure où ses représentants cherchent à se faire de nouveau entendre à l'occasion de l'adoption du nouveau traité européen.


Raoul-Marc Jennar, Quelle Europe après le non ?, Fayard, 2007