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Projet d'union scandinave au sein de l'Union européenne

Actualité 08.12.2010

L'idée d'un Etat fédéral recouvrant les actuels pays de la baltique fait progressivement son chemin, si l'on en croit un récent sondage publié à l'occasion du sommet du Conseil nordique mardi 30 novembre. 42% des habitants de cinq pays scandinaves (Finlande, Suède, Norvège, Danemark, Islande) se déclarent favorable à cette éventualité. Une clause de défense mutuelle sur le modèle de l'OTAN, ainsi qu'une coopération consulaire pourraient constituer le fondement de cette nouvelle alliance nordique.

Les Scandinaves dans le nouvel ordre mondial

Les contradictions entre les bons indicateurs économiques et indices de développement humains de ces cinq pays, par rapport à leur poids relatifs sur la scène européenne et mondiale ont contribué à l'émergence de l'idée d'une fédération de ces cinq Etats. Tous se trouvent au centre d'enjeux économiques grandissants, et leurs habitants ont estimé qu'un Etat fédéral regroupant les actuels cinq pays contribuerait à mieux protéger leurs intérêts qu'ils jugent communs, ainsi qu'à mieux faire entendre la voie scandinave sur la scène internationale.

Le déclic aurait notamment eu lieu lors d'une opération sous-marine russe au Pôle Nord, qui avait marquée fictivement sa souveraineté maritime par la pose d'un drapeau en titane en 2007 dans les eaux du Pôle Nord. Les russes sont effectivement bien implantés dans la région du port de Mourmansk, ainsi les scandinaves ont voulu s'unir, afin de s'engager plus fermement dans la bataille géopolitique qui s'annonce dans la zone arctique. 

Un "pacte nordique" a alors été évoqué en novembre dernier à l'occasion d'une rencontre ministérielle à Reykjavik, et sera encore l'objet d'une rencontre à Helsinki en avril 2011. Ces rencontres se basent sur une liste de propositions entrepris par l'ancien ministre norvégien des Affaires étrangères, Thorvald Stoltenberg. Parmi les champs d'action imaginés, figurent la création d'une force militaire et civile pour les régions instables, un cyber-système de défense mis en commun, une gouvernance partagée au niveau arctique, une surveillance aérienne, maritime et satellite commune.

Est évoqué également un espace partagé des services consulaires de cinq pays dans les pays où aucun d'entre eux n'est présent. Cette coopération rapprochée devrait se faire dans un esprit de "un pour tous, tous pour un". C'est pour cette raison qu'euobserver parle d'une "clause mousquetaire" pour qualifier cette nouvelle alliance nordique.

Recompositions politiques et évolution de la géopolitique rapprochent de facto les pays scandinaves

Les rapports internationaux ont subitement évolué  ces récentes années, particulièrement dans la zone scandinave. Avec le réchauffement climatique, la fonte des glaces va entraîner pour bientôt "une course vers l'Arctique" dans laquelle la Russie, le Canada, les Etats-Unis, et les pays scandinaves vont s'engouffrer pour le contrôle des ressources minérales et pétrolières, ainsi que pour la maitrise des nouvelles routes maritimes issues de la progressive dispsarition de la banquise. 

Interviewé par euobserver, M. Stoltenberg estime que "nous vivons dans un monde où le lointain n'existe plus", et dans lequel "nous devons prendre nos responsabilités sur les défis que représentent la future conquête de l'Arctique". Avec des budgets militaires trop faibles pour soutenir la comparaison avec la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, ou la Russie, les pays scandinaves doivent s'unir d'ici 20 ans, pour ne pas être dépassé technologiquement par ces puissances militaires.

L'alliance nordique lui paraît à cet égard naturelle: "c'est une question de géographie, de culture et de valeurs. Nous parlons le même langage. Nous nous sentons plus proche que n'importe quel autre peuple". Ce sentiment s'est largement développé durant la guerre froide, en raison d'une solidarité scandinave contre l'ennemi soviétique. Il remarque cependant que malgré la non-appartenance à l'OTAN de la Norvège et de la Suède, une solidarité "tacite" mécanique à l'image de l'alliance atlantique existe entre les cinq pays. "Pensez-vous réellement que s'il d'entre nous est attaqué, il serait possible de l'isoler ? Non. Si l'un d'entre eux est attaqué, les autres pays seront surement impliqués dans ce conflit" affirme M Stoltenberg.

Dans une perspective plus européenne, Alexander Stubb, ancien ministre finlandais des Affaires étrangères, entends considérer cette alliance nordique non pas comme exclusive, mais inclusive puisque ce projet pourrait en effet  prendre la forme de nouvelles structures de défenses européennes. En promouvant l'union et le partage des forces militaires, cette concentration de force pourrait par extension servir l'Europe, en cas de gestion de crise par exemple. Il envisagerait à terme que cette concentration de forces militaires pourrait travailler avec celles de l'UE à l'intérieur d'un même quartier général à Bruxelles.

Si ce projet séduit de nombreux habitants scandinaves, il ne faut pas oublier que l'Union européenne est déjà fortement impliquée dans cette région, et dispose de plusieurs outils pour donner cohérence à cet espace géographique.

La Mer Baltique, espace à "dimension septentrionale"

Ce que l'on nomme "la dimension septentrionale" est un programme de l'UE ayant pour objectif une coopération transfrontalière entre les pays d'Europe du Nord de l'Europe et de la Russie. Il a été créé en 1997 par Paavo Lipponen, alors Premier ministre de la Finlande. C'est un programme qui illustre parfaitement le changement des rapports de forces dans cet espace notamment depuis la chute de l'URSS.

La Baltique est un espace maritime aujourd'hui très fréquenté, avec une grande tradition commerçante, d'Oslo à Saint-Pétersbourg, mais qui concerne aussi l'Allemagne et la Pologne. A titre comparatif, il peut être considéré comme le pendant nordique du partenariat euro-méditerranéen initié au sommet de Barcelone en 1995. Cependant, la tradition hanséatique et commerçante de cet espace a fait que la région a moins eu besoin d'un cadre institutionnel pour rapprocher les pays. C'est dans une certaine mesure, le cas contraire pour les pays riverains de la Méditerranée qui ont eu besoin du cadre institutionnel de l'Union pour la Méditerranée (UPM).

Cette initiative a vu le jour grâce à la diplomatie active de la Finlande qui a invité l'UE a mieux se positionner dans cet espace maritime, qui était autrefois un des symbole de la division européenne pendant la guerre froide. L'initiative finlandaise a d'abord proposé la définition d' une stratégie commune pour développer les infrastructures, transports, télécommunications, réseaux de distribution et marchés de l'énergie, et pour exploiter les ressources naturelles. Elle insiste aussi sur l'environnement, la pollution de la mer baltique étant un problème récurrent et a oeuvré pour une surveillance accrue des centrales nucléaires russes et lituaniennes.

L'initiative finlandaise prend également en compte l'éducation, la formation et la recherche, ainsi que la santé et les services sociaux, et veut favoriser le développement des échanges commerciaux et des investissements transfrontaliers, interrégionaux et transnationaux, en s'appuyant sur les programmes INTERREG, PHARE, et TACIS (programmes de coopération transfrontalière). Enfin, l'initiative prévoit un renforcement de la sécurité dans cet espace  et compte se pencher plus attentivement sur les problèmes spécifiques relatifs à l'enclave de Kaliningrad.

 

La stratégie européenne dans la Baltique

Entérinée en juin 2009, la stratégie de l'UE pour la Mer Baltique fait suite à la dimension septentrionale, et a largement été impulsé par le ministre suédois des affaires européennes d'alors, Cécilia Malmström (aujourd'hui Commissaire aux affaires intérieures). C'est la première du genre pour cette macro-région qui englobe la Lituanie, La Finlande, l'Estonie, la Lettonie, la Pologne, l'Allemagne et le Danemark.

La macro-région est vue, selon l'UE, comme, un rassemblement de pays qui partagent certains intérêts géographiques culturels, politiques ou économiques. Ils sont confrontés à certains objectifs qui pourraient être mieux réalisés au niveau de plusieurs États de l'UE comme les infrastructures, la recherche ou le tourisme. Dans le cas de la région baltique, quatre directions ont été choisies : l'environnement durable, l'innovation dans les petites et moyennes entreprises, l'amélioration des transports ainsi que la sécurité maritime et énergétique. Sa mise en œuvre a été fondée sur le renforcement de la coopération entre les gouvernements nationaux et régionaux, les entreprises et le reste de la société civile. Il s’agit donc d’une nouvelle approche dont l'application a également rééditée dans le bassin du Danube, les Alpes, les Carpates, et la Méditerranée.

Les Etats scandinaves sont donc largement reliés par les programmes européens, mais aussi par une envie de peser davantage sur les décisions de ce monde. Selon un historien suédois, Gunnar Wetterberg, l'Etat fédéral scandinave se hisserait au dixième rang de l'économie mondiale en termes de PIB et mériterait sa place au G20, l'ensemble ne regroupant que 25 millions d'habitants.

Sur ces cinq pays, seul trois (Danemark, Suède, Finlande) font partis de l'UE, et seule la Finlande utilise la monnaie unique. Ce projet remet au gout du jour une Europe du Nord unie partageant la même culture au moment où l'Union européenne est traversée par un manque de solidarité inter-étatique.

Cependant, le projet semble bien difficile à adopter: des questions relatives à la nature politique de l'Etat fédéral  (quid de la monarchie danoise, suédoise et  norvégienne) et à la création d'une nouvelle monnaie commune restent en suspens. Faisant preuve de pragmatisme, le ministre des affaires étrangères suédoises a pris le sens contraire de ce projet en appelant l'Islande et la Norvège à rejoindre l'Union européenne.