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Proinsias De Rossa : "l'UE adoptera une ligne plus ferme à l'égard d'Israel à l'avenir"

Actualité 18.03.2010

Quelques jours avant la visite du Haut Représentant Catherine Ashton au Moyen-Orient et alors que le Vice président américain Joe Biden se trouvait en Israel, le Premier ministre israelien, Benjamin Nétanyahou, annonçait le projet de construction de nouvelles colonies à Jérusalem-Est. Touteleurope.fr a recueilli les analyses de Proinsias de Rossa, député européen et Président de la délégation pour les relations avec le Conseil léglislatif palestinien sur les dernières évolutions du conflit israélo-palestinien.


Pourquoi les colonies récemment annoncées posent-elles problème ?

Tout d'abord, parce que ces colonies dépossèdent les Palestiniens de leur territoire. Ensuite, parce qu'elles fragmentent le territoire de l'État de Palestine prévu par l'accord d'Oslo et par l'initiative de paix arabe.

 

Député européen depuis 1999, Proinsias De Rossa est Président de la Délégation pour les relations avec le Conseil législatif palestinien. Ancien ministre irlandais, il est membre du Groupe de l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates au Parlement européen. 

 

Pourquoi la colonisation a-t-elle repris aujourd’hui ?

Le processus de colonisation est en œuvre depuis quarante ans, depuis l'occupation en 1967. Les terres palestiniennes ont été spoliées pour y installer des colons. Malgré le gel temporaire de l’expansion des colonies annoncé par le Premier Ministre Benyamin Nétanyahou, de nouvelles colonies s'implantent toujours. Il est probable que celui-ci cherche à voir jusqu'à quel point il peut mettre à l'épreuve les États-Unis et les Palestiniens avant que ceux-ci ne réagissent.


Que peut faire l'Union européenne à cet égard ? Des sanctions seraient-elles appropriées dans cette situation ?

Le terme "sanction" est très large : il peut simplement désigner un refus d’entretenir des relations avec Israël au niveau européen ou la suspension des relations commerciales, ou encore des actes "moins graves" dirons-nous comme la remise en cause de l'accord commercial qui donne à Israël un accès aux marchés européens en franchise de droits. Ce coup dur n’empêcherait toutefois pas les Israéliens d'exporter vers le marché européen. Mais ils ne bénéficieraient plus des avantages financiers de la vente de leurs marchandises sur le marché de l'UE hors taxe.

Jusqu'à présent, l'UE n’a même pas voulu évoquer une telle hypothèse. Je pense que, compte tenu de la situation actuelle, il est nécessaire que l'Union européenne aille au-delà des déclarations sur le caractère inacceptable du siège de Gaza et sur l’illégalité des colonies. L’UE doit clairement indiquer à Israël qu’au-delà d'une certaine limite, elle devra prendre des mesures pour marquer sa désapprobation. Cela pourrait naturellement être rangé dans la rubrique "sanctions".



Pensez-vous que ce type d'action bénéficierait d’un soutien au sein de l'UE ?


Il y a certainement une volonté d’utiliser un langage plus péremptoire. Je suis frappé par la fermeté du Haut représentant Catherine Ashton dans son discours devant la ligue arabe le 15 Mars.

Les conclusions du 8 décembre votées à l'unanimité par le Conseil énoncent clairement la position de l'UE. Pour Mme Ashton, ce document est le point de départ des négociations. Elle indique clairement que Jérusalem-Est a été illégalement annexée et que Jérusalem doit être la capitale des deux États, palestinien et israélien.

Les Israéliens ont, délibérément ou maladroitement, créé une situation qui obligera les États-Unis et l'Union européenne à adopter une ligne plus ferme à leur égard dans un avenir proche.


Quel sera le résultat de la visite du Haut Représentant Catherine Ashton cette semaine ?

Le choix d’une visite au Moyen-Orient à ce stade précoce est important. Rappelons que Mme Ashton n’occupe ce poste que depuis quelques semaines. Sa visite à Gaza est essentielle car elle va montrer à cette population que l’Europe ne les a pas oubliés. Le fait que les Israéliens aient abandonné leurs objections à sa visite à Gaza est révélateur. Par le passé, ils ont bloqué l'entrée à Gaza des ministres français et irlandais des Affaires étrangère, de même pour la délégation du Parlement européen, que j'ai moi-même dirigé en décembre dernier. Il est clair qu’ils sentent que cette position n’est plus tenable. À mon sens, l’autre élément intéressant du discours au Caire de cette semaine est qu’il donne à penser que l'Union européenne pourrait, dans certaines circonstances, faire affaire avec le Hamas.


Quel est le rôle de la délégation du Parlement européen ?

Je pense que la délégation a pour objectif premier de maintenir le contact avec les représentants du peuple palestinien en Cisjordanie et à Gaza et d’informer les Palestiniens et les autres pays de la région comme l'Égypte, la Syrie et la Jordanie sur la position du Parlement européen car nous ne représentons ni le Conseil, ni la Commission.

Nous sommes favorables à deux États, solution préconisée par la feuille de route du Quartet et par l'Initiative de paix arabe. Il est également essentiel que nous soyons actifs au sein du Parlement européen pour sensibiliser les membres qui ne peuvent pas être au fait de l’actualité en matière de politique internationale. Notre rôle consiste à tenir le Parlement parfaitement informé. Dans le récent débat sur le rapport Goldstone sur la guerre de Gaza de l'hiver 2008, nous avons fait en sorte d’assurer une majorité au Parlement.


Qu'avez-vous fait pendant le voyage de votre délégation au Moyen-Orient en décembre dernier ?

Nous avons eu un programme de quatre jours assez intensif, qui comprenait notamment une visite à Hébron. Nous avons rencontré le président du Conseil législatif palestinien, élu sur la liste du Hamas aux dernières élections. Nous avons rencontré les membres du CLP à Ramallah, puis les représentants de l'Union européenne à Jérusalem-Est. Nous avons également étudié la vieille ville et la façon dont les colons israéliens prennent possession des lieux. Nous avons encore visité le quartier de Cheikh Jara d’où sont expulsés les Palestiniens pour faire place à des colons israéliens.

Nous avons ensuite rencontré le maire d'Hébron, le ministre palestinien des Affaires des Prisonniers, puis le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Salam Fayyad, qui a décrit le plan de développement des institutions palestiniennes en deux ans et ses projets pour la création d'un État palestinien. Nous avons reconnu l'importance de la déclaration du 8 décembre qui appelle à la reprise urgente des négociations qui mèneront à l'État d'Israël vivant dans la paix et la sécurité aux côtés d’un État de Palestine indépendant, démocratique et viable.



La présidence espagnole a déclaré qu'elle souhaitait voir la création d'un État palestinien d'ici 2010. Cet objectif est-il réalisable cette année ?

Le Parlement européen espère l’établissement d’un État palestinien dès que possible. Mais je ne suis pas sûr que 2010 soit une date réaliste. Pour des négociations fructueuses ou une déclaration unilatérale d'un État palestinien, qui est aussi une possibilité, la fin de l'année 2011 serait un délai plus raisonnable. À cette date, la période de deux ans dont a parlé Salam Fayyad pour la création d’institutions aura donné des résultats. Les autorités israéliennes sont bien conscientes de la possibilité d'une déclaration unilatérale à ce stade. Toutefois, une solution négociée serait préférable, pas seulement entre Israéliens et Palestiniens pour mettre fin au conflit, mais une solution qui inclut les autres États de la région : Syrie, Jordanie, Égypte et Liban. Ce qu’il nous faut, c’est un accord qui règle les conflits entre tous les pays de la région.

 

En savoir plus :

Discours du HR Catherine Ashton, "A Commitment to Peace – the European Union and the Middle East", Caire, le 15 mars 2010

Communiqué de presse sur les Conclusions du Conseil des affaires étrangères sur le processus de paix au Moyen Orient du 8 décembre 2009

Dossier de Touteleurope.fr sur les relations extérieures de l'Union européenne