Derniers articles publiés

Primaire des écologistes : Les Verts main dans la main avec Europe Ecologie

Actualité 18.10.2016

On aurait presque tendance à l'oublier, mais cet automne les écologistes organisent eux-aussi leur primaire pour choisir leur champion-ne en vue de l'élection présidentielle. En lice, Cécile Duflot, poids lourd des Verts depuis 2006 et trois eurodéputés : Karima Delli, Yannick Jadot et Michèle Rivasi, tous en poste depuis 2009, année du raz-de-marée d’Europe Ecologie aux européennes. Les 17 000 électeurs annoncés avaient jusqu'à hier pour faire leur choix, alors que les résultats du 1er tour seront annoncés demain. Plus que les programmes, très semblables, il s'agira davantage d'élire une personnalité à même de redonner du souffle à l'écologie politique.

De gauche à droite et de haut en bas : Karima Delli, Cécile Duflot, Yannick Jadot et Michèle Rivasi

Quatre candidats pour un échec annoncé ?

Entre Cécile Duflot, Karima Delli, Yannick Jadot et Michèle Rivasi, les différences ne sautent pas aux yeux. La première est désormais une historique des Verts, a été ministre au début du quinquennat de François Hollande et s’affiche en gardienne du temple écologiste alors que de nombreux ténors du parti ont déserté pour… retrouver un gouvernement qu’elle les avait fait quitter. Quant aux trois autres, ils sont tous eurodéputés depuis 2009, année faste où la liste Europe Ecologie-Les Verts (EELV) avait fait aussi bien que le Parti socialiste aux élections européennes. Ils sont aujourd’hui en concurrence pour conduire EELV à l’élection présidentielle l’an prochain. Mme Duflot se serait bien passée de l’exercice mais, critiquée pour sa mauvaise gestion du parti, elle n’a pu faire l’économie d’une primaire.

Karima Delli

Karima Delli, 37 ans, est eurodéputée depuis 2009. Spécialiste des questions d'emploi et de transport, elle est vice-présidente de la commission d'enquête du Parlement européen consacrée au Dieselgate.

Or dans l’ombre de celle des Républicains et des turpitudes de François Hollande, cette dernière, dont le résultat du 1er tour doit être annoncé demain soir, peine à soulever les foules. Seuls 17 000 votants sont en effet attendus alors que la primaire de la droite et du centre est censée en attirer plus de 2 millions.

A environ six mois de la présidentielle, tous les ingrédients semblent par conséquent réunis pour que les écologistes connaissent un fiasco comparable à l’édition de 2012, lorsque Eva Joly n’avait recueilli que 2,3% des suffrages. Outre l’éclatement du parti à la suite des divergences sur la participation au gouvernement, les finances d’EELV sont dans le rouge et la collecte même des 500 parrainages nécessaires pour se présenter à la présidentielle pourrait être extrêmement difficile.

Outre l'écologie, la justice sociale et le renouveau de l'Europe pour tous les candidats

Pour se départager, les quatre candidats n'auront guère eu que leurs "professions de foi", publiées sur le site d'EELV et dont un résumé a été envoyé aux électeurs. A les étudier, force est de constater une grande proximité.

Favorite du scrutin, Cécile Duflot s'est efforcée de mettre en avant sa notoriété, sa connaissance "des rouages de la décision politique" et sa capacité à "supporter la mitraille" et la brutalité d'une campagne présidentielle. Sur le fond, l'ancienne ministre du Logement met en avant "la justice sociale", qui est, dit-elle, "une boussole qui a toujours guidé [ses] choix". "Nous devons sortir du culte de la croissance pour la croissance et lutter contre la gabegie généralisée de la société de consommation", poursuit-elle. Mme Duflot prône d'ailleurs un rapprochement avec l'ancien ministre grec des Finances de gauche radicale Yanis Varoufakis, pour que "l'Europe ne meure pas sous les coups de boutoirs conjugués des nationaux populistes et des ultra-libéraux qui ne rêvent que du recul de l'Etat au profit de l'ordo-libéralisme".

Cécile Duflot

Cécile Duflot, 41 ans, est députée de Paris depuis 2014. Ministre du Logement de mai 2012 à mars 2014, elle a également été secrétaire nationale des Verts puis d'EELV de 2006 à 2012.

Yannick Jadot, son principal challenger, place quant à lui la "confiance" au cœur de son discours. "Ce sera mieux demain", scande-t-il en guise de slogan. Présentant son expérience de directeur des campagnes de Greenpeace, l'eurodéputé proche de Daniel Cohn-Bendit – il était comme lui favorable à une primaire ouverte de toute la gauche – entend proposer un nouveau "récit de l'écologie", qui serait à la fois "subversif" et "exaltant". Battant en brèche les politiques contradictoires des précédents gouvernements capables de porter "l'accord de Paris sur le climat" et de continuer à "nous enfermer dans le nucléaire et les projets absurdes de Notre-Dame-des-Landes ou du Lyon-Turin", il place l'Europe en "solution". A la condition de se réapproprier "cet espace démocratique", qu'il juge, comme Cécile Duflot, "confisqué par des majorités politiques qui l’ont plongé dans le néolibéralisme".

Plus succincte dans ses propositions, Karima Delli n'est pas éloignée de cette volonté d'articuler un discours positif. "Les Français aiment l'écologie", assure-t-elle ainsi en préambule. Ils seraient même, soutient-elle, "en train, sans le savoir, sans le théoriser, de s'acheminer vers la société écologiste". Fière de ses origines – elle se décrit comme une "fille d'immigrés algériens" et comme une "ch'tie née à Roubaix" – elle prévoit de "mettre l'urgence climatique et la question environnementale" au cœur de son action si elle est élue candidate puis présidente et de "régler en même temps" la question des "injustices sociales". Ancrée à gauche comme Cécile Duflot, elle est réputée proche de Yannick Jadot, plus libéral, et se réclame également de la mouvance de Daniel Cohn-Bendit.

Yannick Jadot

Yannick Jadot, 49 ans, est eurodéputé depuis 2009. Ancien directeur des campagnes de Greenpeace France, il est spécialiste des questions relatives au commerce international.

Michèle Rivasi enfin, s'appuie, comme ses concurrents, sur son expérience pour justifier sa candidature et prouver qu'elle a "les épaules pour porter l'écologie lors de l'élection présidentielle". Ancienne directrice de Greenpeace France, Mme Rivasi s'était au préalable fait connaître en fondant la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité à la suite de la catastrophe Tchernobyl, censée ne pas avoir touché la France. Plaçant l'Europe au centre de son discours, l'ancienne députée de la Drôme souhaite que "l'électrochoc du Brexit" réveille l'Europe "et ses valeurs fondatrices", car sinon, estime-t-elle, le continent se retrouvera "en état de mort cérébrale". A l'image de ses rivaux, elle propose de "revoir le fonctionnement et les politiques" de l'UE, "sinon les populismes de tous bords continueront de puiser dans ce terreau fertile qu'est la complexité décisionnelle européenne".

La primaire de l'amour

Entre les quatre candidats donc, pas de pierre d’achoppement insurmontable en vue. En phase sur tous les grands combats du moment : la fin du nucléaire, l’opposition à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et le rejet de l’accord transatlantique TAFTA, les quatre candidats, à quelques exceptions près, partagent la même vision de l’écologie politique et les mêmes priorités pour les années à venir.

Michèle Rivasi

Michèle Rivasi, 63 ans, est eurodéputée depuis 2009. Ancienne députée de la Drôme, elle est spécialiste des questions relatives au nucléaire et à la santé.

Tous sont en outre favorables à une profonde réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs du Parlement et instaurant le scrutin proportionnel pour les élections législatives. Sur le plan économique également, la proximité entre la députée de Paris et les trois eurodéputés est évidente : ils prônent la création d’un revenu universel garanti, l'abaissement du temps de travail et, évidemment, la mise en cohérence des impératifs environnementaux et économiques.

Au minimum, la primaire aura donc permis l’apaisement des tensions au sein de la famille écologiste. Au cours des débats, les quatre candidats n’auront, du moins en apparence, pas forcé leur talent pour jouer la carte de l’unité. Même avec Cécile Duflot, les trois eurodéputés, qui ne partagent pas son parcours et son expérience de l’appareil, ne se seront pas montrés agressifs. A tel point que la primaire des Verts a été surnommée "la primaire de l’amour". Comme l’a résumé Julien Bayou, porte-parole du parti, il s’agit davantage de "chercher la personne qui va incarner le projet", et pas de confronter des programmes potentiellement antagonistes susceptibles d’ajouter encore de la division.