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Présidentielle tchèque : deux pro-européens s'affrontent au 2e tour

Actualité 25.01.2013

Les citoyens tchèques sont appelés aux urnes ce dimanche 27 janvier pour élire leur futur président. Arrivé en tête du 1er tour, l'ancien Premier ministre social-démocrate Milos Zeman affronte l'actuel ministre des Affaires étrangères de centre-droit Karel Schwarzenberg. Quelle que soit l'issue des résultats, l'élu tournera la page eurosceptique du Président sortant, Vaclav Klaus. Analyse de Corinne Deloy, de la Fondation Robert Schuman.

1er tour : des résultats surprenants

La première élection présidentielle au suffrage direct a créé la surprise en République tchèque. Si Milos Zeman, ancien Premier ministre social-démocrate (1998-2002), président d'honneur du Parti des droits des citoyens (SPOZ) qu'il a créé en 2010, est arrivé en tête du scrutin avec 24,21% des suffrages, la deuxième place est revenue au ministre des Affaires étrangères Karel Schwarzenberg (Tradition, responsabilité, prospérité 09, TOP 09), qui a recueilli 23,40% des voix.



La Fondation Robert Schuman, créée en 1991 et reconnue d'utilité publique, est le principal centre de recherches français sur l’Europe. Elle développe des études sur l’Union européenne et ses politiques et en promeut le contenu en France, en Europe et à l’étranger. Elle provoque, enrichit et stimule le débat européen par ses recherches, ses publications et l'organisation de conférences.

Milos Zeman est sorti victorieux dans 8 des 14 régions que compte la République tchèque (avec un grand nombre de voix en Moravie et en Bohème du Nord), Karel Schwarzenberg s'est imposé à Prague et parmi les Tchèques de l'étranger. Il a recueilli des résultats élevés dans les grandes villes du pays alors que l'ancien Premier ministre a obtenu le soutien des campagnes et des plus petites villes.

Jan Fischer, ancien Premier ministre (2009-2010) qui se présentait en candidat indépendant, qui était donné favori pour accéder au 2e tour par toutes les enquêtes d'opinion, est arrivé 3e avec 16,35% des suffrages. Il est suivi par le vice-président du Parti social-démocrate (CSSD), Jiri Dienstbier, avec 16,12% des voix. Vladimir Franz, compositeur et peintre dont le corps et le visage sont entièrement tatoués, a obtenu 6,84% des suffrages ; la députée européenne Zuzana Roithova (Union chrétienne-démocrate-Parti du peuple, KDU-CSL) 4,95% des voix et la comédienne Tatana Fischerova, qui se présentait en candidate indépendante mais était soutenue par le Parti des Verts (CZ), 3,23% des suffrages.

Premysl Sobotka (Parti démocrate-civique, ODS), vice-président du Sénat et représentant le pouvoir en place à Prague, est le grand perdant de cette élection présidentielle. Il a recueilli 2,46% des voix. Le président de la République sortant Vaclav Klaus (ODS) a d'ailleurs souligné que ce résultat constituait "la plus grande débâcle de la droite dans l'histoire post-communiste du pays et une défaite épouvantable pour l'ODS". Enfin, l'ancienne députée européenne (2004-2009), nationaliste et opposée à l'Union européenne Jana Bobosikova (Souveraineté, SBB) a obtenu 2,39% des suffrages.

La participation de cette première élection présidentielle au suffrage direct de la République tchèque s'est élevée à 61,31%.

 

 



Source : Site internet des élections en République tchèque

 

Gauche contre droite

Milos Zeman et Karel Schwarzenberg s'affronteront lors d'un 2e tour qui se tiendra les 25 et 26 janvier prochains.

"Le duel présidentiel opposera la gauche à la droite" a déclaré Milos Zeman à l'issue des résultats. S'il appartient à la gauche, il en appelle à tous les Tchèques : "Je suis de gauche mais je m'adresse aux électeurs de gauche comme de droite." Milos Zeman reproche à son adversaire son appartenance à un gouvernement affaibli par plusieurs scandales de corruption et qui mène une politique d'austérité. "Karel Schwarzenberg est l'homme qui comme ministre et vice-Premier ministre a voté en faveur de la rigueur, d'une hausse de la TVA sur la nourriture et les médicaments et de la réforme des retraites" a-t-il souligné.

Agé de 68 ans, Milos Zeman a adhéré au Parti communiste de Tchécoslovaquie (KSC) en 1968 avant d'en être exclu deux ans plus tard. Après la Révolution de velours de 1989 qui fait chuter le régime communiste en Tchécoslovaquie, il a adhéré au Parti social-démocrate dont il a pris la tête en 1993. Nommé Premier ministre en 1998, il a signé un pacte appelé "accord pour la création d'un environnement politique stable en République tchèque" avec le Parti démocrate-civique conduit alors par Vaclav Klaus. Aux termes de cet accord, l'ODS s'engageait à ne pas déposer de motion de censure contre le gouvernement social-démocrate conduit par Milos Zeman pendant toute la durée de la législature. En contrepartie, l'ODS était consulté avant le vote de tout projet d'importance et avait obtenu pour ses membres l'accès à des postes stratégiques dans différentes institutions (la présidence de la Chambre des députés était revenue ainsi à Vaclav Klaus).

En 2003, Milos Zeman a été candidat à l'élection présidentielle et échoué. Il a choisi de se mettre officiellement en retrait de la vie politique. Il y est revenu pourtant 7 ans plus tard en fondant son parti. Interrogé sur les raisons de sa candidature à l'élection présidentielle, Milos Zeman répondait : "Deux facteurs m'ont poussé à être candidat : d'une part, le système électoral a changé. Dorénavant, ce sont 8 millions d'électeurs légitimes qui vont élire le président et vous ne pouvez pas les corrompre (...) D'autre part, c'est une réaction à la situation dans laquelle se trouve notre scène politique sur laquelle gravitent des amateurs qui considèrent la politique comme un art qu'il faut apprendre". Il se veut proche des Tchèques et insiste sur l'importance du rôle du président de la République en matière de politique intérieure. "En ce sens, j'aimerais m'inscrire dans la lignée de Vaclav Klaus : le président devrait avant tout voyager dans les différentes régions du pays. Je trouve que son rôle sur la scène politique intérieure est plus important que le fait de voyager dans des pays exotiques. Hormis des crises exceptionnelles, c'est le Premier ministre qui doit se rendre aux sommets de l'Union européenne et le ministre des Affaires étrangères qui doit assurer les visites à l'étranger" a-t-il indiqué.

Milos Zeman sera soutenu par le Parti social-démocrate et le Parti communiste de Bohème et Moravie (KSCM) pour le 2e tour.

"Milos Zeman sera un grand adversaire mais il représente le passé" a souligné Karel Schwarzenberg à l'issue des résultats.

Plus âgé de 7 ans que son rival, le candidat de TOP 09, dont le nom complet est Karel Johannes Nepomuk Josef Norbert Friedrich Antonius Wratislaw Mena Furst zu Schwarzenberg, descend d'une grande famille de Bohème. Ses parents ayant fui le régime communiste instauré en Tchécoslovaquie en 1948, Karel Schwarzenberg a vécu pendant 41 ans en exil, notamment en Autriche, en Allemagne et en Suisse. Très actif dans la lutte contre le communisme, il a participé au financement de l'opposition à l'époque de la Tchécoslovaquie communiste ; avocat des droits de l'Homme, il a présidé la Fédération internationale des droits de l'Homme d'Helsinki de 1984 à 1991.

Il est revenu en Tchécoslovaquie après la révolution de velours de 1989 et devenu le chancelier de l'ancien président de la République (1993-2003) Vaclav Havel qui le désignait comme un "homme extrêmement qualifié" et le voyait comme un "Européen, patriote et gentleman". Karel Schwarzenberg a été élu au Sénat en 2004 et y est resté jusqu'en 2010.

"J'espère que je parviendrai durant les 5 ans de mon mandat à mener notre société à un état où nous serons vraiment en mesure d'affirmer que la devise de notre pays "La vérité vaincra" répond à la réalité" a-t-il indiqué.
Karel Schwarzenberg sera soutenu par le Parti démocrate-civique du Premier ministre Petr Necas et par l'Union chrétienne-démocrate-Parti du peuple. Tatana Fischerova a annoncé qu'elle voterait très probablement pour Karel Schwarzenberg les 25 et 26 janvier prochains.

Vladimir Franz et Jan Fischer n'ont jusqu'à présent donné aucune consigne de vote. Ce dernier a toutefois indiqué que Karel Schwarzenberg était le candidat dont il était le plus proche.

Cette élection se déroule à un moment où la République tchèque traverse une période de récession économique. Selon les prévisions, la croissance pourrait toutefois s'élever à 0,2% en 2013. Le taux de chômage a fortement augmenté pour atteindre 9,4% en décembre dernier. Le gouvernement dirigé par Petr Necas (ODS), auquel appartiennent TOP 09 et les Libéraux-démocrates (LIDEM) dirigés par Karolina Peake, a perdu sa majorité à la Chambre des Députés et essuyé un revers aux élections régionales et sénatoriales d'octobre 2012.

La décision prise par le président de la République Vaclav Klaus lors du 20e anniversaire de l'indépendance de la République tchèque le 1er janvier dernier d'amnistier 7 400 personnes emprisonnées (condamnées à des peines de prison de moins d'un an et prisonniers âgés de plus de 75 ans condamnés à des peines n'excédant pas 10 ans) sur un total de 23 000 a suscité la polémique. Le chef de l'Etat est soupçonné de vouloir blanchir les personnes qu'il aurait aidées à s'enrichir lors de la privatisation de l'économie tchèque dans les années 1990 alors qu'il occupait le poste de ministre des Finances (1989-1992) puis celui de Premier ministre (1992-1997). "Il est scandaleux que l'amnistie permette la libération de personnes ayant trempé dans d'importantes affaires de détournement de fonds et d'évasions fiscales" a déclaré le leader du Parti social-démocrate Bohuslav Sobotka. "Nous espérons que l'élection présidentielle permettra le retour des portraits du chef de l'Etat à leur place sur le mur" pouvait-on lire sur le site d'information Aktualne.cz. Les maires de centaines de communes ont en effet décroché le portrait officiel du président des murs de leurs mairies en signe de protestation contre l'amnistie décrétée par Vaclav Klaus.

Les deux candidats du 2e tour possèdent deux points communs. Ils sont adeptes du franc-parler et sont des Européens convaincus. Karel Schwarzenberg est partisan d'une "Union européenne solidaire". "Je promets de faire tout ce qui est possible pour que nous devenions un pays d'ordre et de réussite au cœur de l'Europe" a-t-il déclaré, ajoutant "La République tchèque est au cœur de l'Europe, nous ne devons pas être une île". Milos Zeman se qualifie d'"eurofédéraliste" et est favorable à un "raffermissement des structures de l'Union européenne incluant une politique économique commune".
Le vainqueur du 2e tour mettra donc un terme aux 10 ans de mandat de l'eurosceptique Vaclav Klaus. En 2003, il avait refusé de faire campagne pour le "oui" lors du référendum sur l'adhésion de son pays à l'Union européenne et exclu de hisser le drapeau européen au sommet du Château de Prague, résidence des chefs de l'Etat tchèques.

En 2009, Vaclav Klaus avait encore repoussé pendant plusieurs mois la ratification du traité de Lisbonne. Il a moqué l'attribution du Prix Nobel de la paix à l'Union européenne en 2012. "Vaclav Klaus a fait de sa lutte contre l'Union européenne un combat personnel et oublié au passage qu'il devait principalement défendre les intérêts de la République tchèque" affirme Josef Mlejnek, politologue. "Quiconque deviendra président de la République sera plus pro-Européen que Vaclav Klaus" a indiqué Jiri Pehe, politologue et directeur de la New York University de Prague.