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Présidence grecque : Antonis Samaras tente de rassurer les députés européens

Actualité 16.01.2014

C’est un Premier ministre grec optimiste qui s’est adressé mercredi 15 janvier au Parlement européen pour présenter les priorités de la Présidence de l’UE. A la tête de l’Union européenne pour la cinquième fois, la Grèce, frappée par la crise de la dette, doit rassurer ses partenaires européens.

Antonis Samaras

"Je sais que beaucoup de choses ont été dites durant cette période dans cet hémicycle, des choses positives et négatives. Mais nous devrions retenir une chose : la Grèce a tenu ses engagements et honoré sa signature" a plaidé le chef du gouvernement hellénique en remerciant les Européens pour leur solidarité avec la Grèce alors que le pays est aux prises d’une profonde récession.

Les priorités de la Présidence grecque 

Première apparition devant le Parlement depuis ses prises de fonction à la tête de l’UE, Antonis Samaras a essayé de peser ses mots. "Nous avons prouvé lors de la crise et à cause de celle-ci que l’Europe fonctionne", a ainsi déclaré le Premier ministre grec devant une assemblée qui attendait beaucoup de son intervention.

Selon M. Samaras, trois principales priorités animeront la Présidence grecque : stimuler la croissance et l’emploi, poursuivre les travaux sur l’Union bancaire et répartir de manière plus efficace la politique d’immigration.

Séduit dans l’ensemble par le discours du chef de gouvernement, le député démocrate-chrétien français Joseph Daul a souligné l’importance de prendre des mesures au niveau européen pour promouvoir l’emploi : "la solidarité européenne a un rôle à jouer dans la sauvegarde des emplois. Nous avons besoin d’harmonisation sociale et fiscale à travers l’Europe".

Le président de la Commission européenne a félicité quant à lui la Grèce pour "son courage, sa détermination et son engagement" pendant la crise, ajoutant que celle-ci a encouragé tout le monde à lutter contre ses causes et ses racines. Un point de vue que n’ont pas partagé tous les eurodéputés. La députée verte allemande Rebecca Harms n’a pas hésité a critiquer l’optimisme d’Antonis Samaras, en déclarant que les réformes n’ont guère réussi. "Vous devez agir de toute urgence, les citoyens ont un grand sentiment d’injustice. Vous devez impliquer votre nation", a-t-elle scandé.

Un avis partagé par le  député démocrate libéral belge Guy Verhofstadt : "Je pense que nous n’aurions pas de crise en Grèce ni en Europe si la classe politique grecque avait pris ses responsabilités beaucoup plus tôt, et si les dirigeants européens et les élites nationales avaient montré leur solidarité totale dès le début de cette crise", a-t-il déclaré.

A l’extrême gauche de l’hémicycle, les députés ont insisté sur le coup social de l’austérité imposée à la Grèce et aux autres pays sous plan d’aide. Une austérité qui remet en cause pour certains le rôle de la Troïka.

Voir l'interview de Philippe Juvin sur la situation économique en Grèce :

La troïka dans le collimateur du Parlement européen

Lors du discours, les députés européens sont revenus sur le rôle de la Troïka. Hannes Swoboda, député démocrate socialiste autrichien, a accusé celle-ci d’avoir des normes trop élevées en Grèce : "la plupart des exigences de la Troïka ne sont pas acceptables, car elles sont plutôt en train de détruire le réseau social".

A l’ordre du jour de cette session plénière de janvier, le rôle de la Troïka a été décortiqué lors de l’audition mercredi du directeur du Mécanisme européen de stabilité, Klaus Regling, dans le cadre de leur enquête sur le rôle et les activités de la Troïka (BCE, FMI et Commission européenne) pendant la crise.

M. Regling a reconnu que les solutions apportées avaient entraîné des conditions rigoureuses et difficiles, mais il a souligné que la gravité de la crise avait rendu ces décisions nécessaires. Il a affirmé envisager un système sans le FMI à l'avenir.

M. Regling a ajouté que les mesures de la Troïka avaient entraîné des effets positifs, citant l'Irlande qui a quitté le programme et vendu avec succès des obligations gouvernementales, mais aussi le Portugal qui a restauré sa compétitivité, augmenté ses exportations, et obtenu à nouveau un accès aux marchés financiers.

Très critiques, les députés européens ont fait remarquer que la nécessité de réduire autant que possible les conséquences sociales et de garantir un "sentiment d'appartenance national" vis-à-vis des mesures à prendre aurait dû être une priorité pour les décideurs.

Par ailleurs, les eurodéputés ont plaidé pour davantage de transparence au sujet du travail de la Troïka et que les aspects sociaux soient davantage pris en considération par lors des décisions prises par cette dernière. Certains eurodéputés de centre gauche ont mentionné les énormes coûts sociaux, les charges excessives supportées par les plus démunis, les services sociaux affaiblis et la manière dont les intérêts établis des plus nantis avaient pu éviter en grande partie la crise.

Les deux co-rapporteurs Othmar Karas (PPE, AT) et Liem Hoang Ngoc (S&D, FR) devaient présenter leurs résultats jeudi  lors d'une réunion spéciale de la commission des affaires économiques et monétaires à ce sujet.

Voir l'interview de Liêm Hoang-Ngoc sur l'action de la troïka :