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Pourquoi les Français ont-ils peur du marché intérieur ?

Actualité 02.02.2008

L'Institut de l'Europe d'HEC, présidé par Noëlle Lenoir a réuni ce week-end à Chantilly de hauts responsables politiques et économiques pour élaborer des propositions destinées à améliorer le fonctionnement du marché intérieur européen. Touteleurope.fr a recueilli les commentaires de quelques uns des participants sur les résultats d'un sondage réalisé à cette occasion.

 

Le marché intérieur est à la base de la construction européenne : le Traité de Rome signé en 1957 visait à libérer la circulation des biens et des marchandises, en établissant des règles communes aux Etats signataires. Aujourd'hui, ces règles s'appliquent à près de 500 millions d'Européens.

Les Français, qui soutiennent dans leur large majorité le projet européen (les chiffres du dernier Eurobaromètre montrent une fois encore leur attachement à l'Union européenne) manifestent pourtant une certaine défiance à l'égard du marché intérieur.

 

Le sondage réalisé pour Touteleurope.fr et l'Institut de l'Europe d'HEC montre que les jugements des Français sur les bénéfices économiques de l’existence du marché intérieur sont mitigés. Les effets négatifs liés au marché intérieur européen particulièrement soulignés sur les aspects correspondant aux principales préoccupations des Français : l'emploi (46 % d'opinions négatives) et pouvoir d'achat (51 % d'opinions négatives).

Effet de conjoncture ou méfiance profonde ?

Faut-il y voir un effet de la conjoncture économique et des inquiétudes concernant la hausse des prix ? Ou bien le signe d'une méfiance plus profonde des Français à l'égard du libéralisme et de l'économie de marché, qui s'était exprimée à l'occasion du référendum sur la Constitution européenne ?

Pour Louis Schweitzer, ancien PDG de Renault, aujourd'hui Président de la Haute autorité de lutte contre les discrimination et pour l'égalité (HALDE), "les Français associent à l'euro une hausse des prix et donc une perte de pouvoir d'achat, ce qui efface un avantage évident du marché intérieur : celui-ci favorise la concurrence et donc des prix plus positifs".

 

 


Même tonalité chez Enrique Baron Crespo, eurodéputé espagnol, ancien Président du Parlement européen. Avec le marché intérieur, explique-t-il, "la qualité des produits s'est améliorée, parce que les prix ont baissé et que les consommateurs ont plus de garanties". De plus, "l'Euro nous renforce contre les turbulences dans le monde.

 


Comment faire prendre conscience aux Français de ces avantages ? Louis Schweitzer estime qu'il faut "les convaincre que leur compréhension de l'euro est inexacte". Pour les pouvoirs publics, l'effort de pédagogie est considérable, puisque moins d’un Français sur trois (31 %) s’estime bien informé sur le fonctionnement du marché intérieur européen. Pour Elisabeth Guigou, ancienne ministre déléguée aux Affaires européennes, il convient surtout d'élargir la problématique : "ce que les Français ne voient pas, c'est à quoi sert l'Europe. Il ne suffit pas de tronçonner les questions en disant : 'à quoi sert le marché ?' Il faut montrer qu'il y a un bénéfice global de l'ensemble de l'UE pour les citoyens". Pour cela, l'Europe doit "répondre aux craintes liées à la mondialisation" et "faire entendre sa voix dans le monde".