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"Pour faire ce que les gens veulent, il faut aller vers un Etat fédéral"

Actualité 25.09.2018 Marie Guitton

A Olivet, dans le Loiret, des habitants appellent à "valoriser" les réalisations européennes, multiplier les échanges entre les citoyens du Vieux continent, décider à la majorité pour avancer, et "incarner" l'Union européenne pour la rendre plus proche des gens.

Des habitants d'Olivet ont échangé sur l'Europe le 21 septembre - Crédits : Marie Guitton / Toute l'Europe

Des habitants d'Olivet ont échangé sur l'Europe le 21 septembre - Crédits : Marie Guitton / Toute l'Europe

L'Europe est accusée de tous les maux, mais la meilleure solution pour les résoudre est d'avoir plus d'Europe. Voilà, en somme, la position des Olivetains résolument europhiles qui ont participé le 21 septembre à une consultation citoyenne organisée par le Mouvement européen dans leur commune aisée de la périphérie d'Orléans.

Enfants d'une génération qui a connu la guerre, ces participants, des retraités pour la plupart, ont d'abord rappelé comment l'union d'anciens pays ennemis avait créé les conditions d'une paix durable sur le Vieux Continent. "Mais aujourd'hui, il y a trop d'ambiguïtés sur les prérogatives de l'Union européenne ; il y a un flou sur ce qu'elle est capable de faire ou n'est pas capable de faire, observent-ils. Il y a un manque d'information vis à vis des citoyens, qui ne ressentent plus ce que l'Europe leur apporte, ne comprennent pas comment elle fonctionne, et donc ne s'y intéressent pas."

Apprendre la langue de l'autre, lire les journaux voisins

Pour renforcer le sentiment d'appartenance à l'Union européenne, "je plaiderais pour rendre les médias des autres pays européens plus accessibles", exhorte donc l'un d'entre eux. La suppression annoncée par Radio France de deux émissions sur l'Europe fait grincer des dents. Les chaînes françaises devraient au contraire, selon les participants, intégrer plus de programmes étrangers afin de "faire connaître la culture des voisins".

L'apprentissage des "langues majeures" de l'UE pourrait également être renforcé, pour "pouvoir parler entre nous", suggère un retraité.

Surtout, les institutions et les élus sont appelés à plus souvent "montrer ce que l'Europe nous a apporté depuis les années 50". Car si ces Olivetains s'en souviennent, et si l'Europe est aujourd'hui regardée avec envie par d'autres régions du monde, ce n'est pas toujours le cas des jeunes Européens, grands absents de la réunion du 21 septembre.

Pourtant, ces dix dernières années, plus de 200 élèves de la commune ont participé à des programmes d'échanges avec l'Allemagne, notamment grâce à son jumelage avec la commune de Bad Oldesloe (Schleswig-Holstein). "Je pense que la construction européenne, ça passe par là aussi", souffle Pierre Guillemain, l'ancien principal-adjoint du collège de l'Orbellière, qui a diffusé au cours de la consultation citoyenne une vidéo sur les opportunités d'échanges offertes par l'Office franco-allemand pour la jeunesse (Ofaj).

Aller plus loin dans la construction européenne

L'Union européenne souffrirait également, selon les participants, de son propre mode de fonctionnement. "Beaucoup de citoyens sont scandalisés par des décisions de la Commission européenne, mais ce n'est pas la Commission qui fait l'Europe", rappelle ce public averti, qui souligne le poids des gouvernements nationaux dans la prise des décisions communautaires.

Pour eux, le Brexit en est l'un des meilleurs exemples, le Royaume-Uni ayant toujours eu une "vision purement économique" de l'UE, tandis que la conception française serait "beaucoup plus politique". "Aujourd'hui, je pense que l'Europe est en danger parce que c'est le foutoir", résume un homme en évoquant aussi la division symbolique de l'UE en deux blocs, autour du français Emmanuel Macron et du hongrois Viktor Orban, dans le cadre de la campagne pour les élections européennes de 2019.

Ces Olivetains appellent donc à aller beaucoup plus loin dans la construction de l'Union afin qu'elle accorde ses violons. "Nous tous seuls, on ne pèse pas lourd, alors que groupé ça fait quand même une grande force..."

Selon eux, l'UE devrait être "incarnée par une personnalité qui nous montrerait quelles sont les valeurs et les orientations qu'elle adopte". Au-delà des "discussions fiscales et autres mesures abracadabrantes auxquelles on ne comprend rien", ce haut-représentant pourrait communiquer sur "les projets politiques et économiques beaucoup plus larges pour fédérer", lâche un participant.

A leurs yeux, la règle de l'unanimité, qui prédomine lors des réunions du Conseil, serait pour sa part "antidémocratique" et contre-productive. "Si on n'en sort pas, tant qu'on n'adopte pas les décisions à la majorité, on sera incapable d'avancer", plaide une Olivetaine.

"Pour faire ce que les gens veulent, il faut aller vers un Etat fédéral, concluent même plusieurs d'entre eux. Mais la vraie question, c'est est-ce que les Etats sont prêts à donner plus de leur souveraineté, notamment dans le domaine de la défense ?"