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Pour Andrej Plenkovic, secrétaire d'Etat à l'Intégration européenne, une adhésion croate en 2012 reste envisageable

Actualité 17.11.2010

Alors que la Croatie entre dans la dernière phase des négociations d'adhésion avec l'UE, Andrej Plenkovic, Secrétaire d’Etat à l’Intégration européenne croate explique l'état d'esprit de la population de son pays et détaille les progrès qui restent à accomplir, notamment dans les relations avec le TPIY. 

La Croatie aborde ces mois-ci la dernière phase des négociations pour son adhésion à l’Union européenne. La date de 2012 vous semble-t-elle toujours sûre?

Pour notre part nous visons toujours 2012 et ferons notre possible pour y parvenir. Nos négociations d'adhésion touchent effectivement à leur fin : 25 chapitres de négociations sur 35 sont désormais clos. Ce nombre avoisinera les 30 d'ici la fin de l'année. Les derniers chapitres devraient être bouclés d'ici le printemps 2011. Cela suppose des efforts soutenus, mais reste réaliste. L'adhésion à l'UE est la priorité du gouvernement et nous n'entendons pas nous relâcher si près du but. Les tons positifs du tout dernier rapport de suivi de la Croatie, rendu public par la Commission européenne le 9 novembre dernier, sont à ce propos autant d’encouragements supplémentaires pour mener à bien les dernières réformes nécessaires. L'objectif est d'achever nos négociations d'adhésion avant la fin juin 2011. Aussitôt après la signature du Traité d'adhésion, les citoyens croates seront appelés à le confirmer par référendum. Commencera ensuite la procédure de ratification dans les 27 parlements nationaux. La durée de ce processus est difficile à prévoir, mais devrait durer environ un an. Une adhésion courant 2012 reste donc envisageable.

Adhésion à l'UE : états des lieux des négociations

Actuellement dans les Balkans, seules la Croatie et la L'Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM) sont officiellement candidates, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, l'Albanie, le Monténégro et la Serbie n'étant que des candidats potentiels. Candidatures, nombre de "chapitres" ouverts et en discussions, découvrez l'état des négociations entre l'Union européenne et ces pays.

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Vous négociez avec l’Union européenne depuis 2005. Comment le peuple croate, justement, vit-il cette attente ? N’y a-t-il pas un risque, que par exaspération, le référendum final ne donne un verdict défavorable pour l’adhésion de votre pays ?

Selon le tout dernier sondage effectué (octobre 2010), si le référendum avait lieu demain, 62 % voteraient pour, et 33 % contre. Se franc soutien à l’adhésion est néanmoins en retrait par rapport à celui rencontré avant le début des négociations d’adhésion, autour de 75 %. Ce repli traduit sans doute le sentiment, au sein de la population croate, que ce rapprochement avec l’Union européenne semble s’éterniser. Compte tenu du niveau de vie en Croatie, situé dans la moyenne de celui des douze nouveaux États membres de l’UE, les Croates se demandent parfois pourquoi beaucoup de nos voisins ont pu rejoindre le club européen avant nous. En acceptant enfin un arbitrage international sur la question de son contact direct avec les eaux internationales, la Slovénie, qui ralentissait notre processus depuis 2008, nous a libérés d’un poids.


Comment votre gouvernement a-t-il justement vécu ce blocage slovène ?

Pour nous, nous avons été doublement pénalisés. D’abord, de façon effective, car cela a ralenti nos démarches de façon non justifiée, puisque ce blocage n’était pas basé sur l’acquis communautaire. Ensuite l’image donnée d’une Slovénie et d’une Croatie qui se querellent, était très « balkanique ». Deux comportements qui n’avaient, en effet, rien de très « européens ». Cela est désormais derrière nous et les deux gouvernements travaillent ensemble, dans un climat apaisé et cordial, à résoudre les quelques questions encore en suspens.


Pourtant, une fois membre de l’Union européenne, n’y aura-t-il pas la tentation de faire de même, à l’encontre de vos voisins avec qui vous avez certains différends?

Effectivement, cette suspicion existe dans de nombreuses chancelleries en Europe. Mais il faut comprendre que c’est notre intérêt de voir nos voisins nous rejoindre. Nous avons multiplié les déclarations pour rassurer nos futurs partenaires à ce sujet. Plus concrètement, depuis huit ans, nous avons investi plus de huit millions d’euros dans le processus de traduction de la législation européenne, traduction que nous avons offerte aux pays des Balkans lors de la réunion des premiers ministres qui s’est tenue à Brdo en Slovénie, au mois de mars dernier. En outre, nous avons signé plusieurs accords bilatéraux pour aider le reste de la région à intégrer l’Union européenne.


Jugez-vous que la crise financière grecque a été un obstacle supplémentaire dans votre marche vers l’Union européenne ?


Oui, d’une certaine manière dans la mesure où l’UE s’est focalisée sur des questions internes, notamment de stabilité financière, et que le principe de solidarité a été mis à rude épreuve. Mais je dirais qu’il n’y a pas eu que cette crise. Nous avons démarré les discussions en plein marasme politique, cinq mois après le non au référendum français et néerlandais sur le traité constitutionnel européen. On disait alors "pas de réforme institutionnelle, pas d’élargissement". Puis on a eu la crise financière mondiale de 2008-2009, et l’année suivante, la crise grecque qui a entraîné dans son sillage celle de l’euro. Chaque année apportait un contexte qui nous était défavorable. A cela s’est ajouté un changement de stratégie de l’élargissement à partir de 2006, de nouvelles règles selon lesquelles il n’y aurait plus de promesses faites aux candidats sur une date d’entrée précise. En outre, nous négocions non plus avec 15 mais avec 27 pays membres ; l’acquis communautaire a considérablement augmenté et sont apparus certains nouveaux chapitres comme le très laborieux chapitre "Justice et droits fondamentaux". De plus, la méthodologie est dorénavant beaucoup plus exigeante : il ne nous suffit plus d’harmoniser notre législation avec celle de l’UE, mais encore nous faut-il apporter la preuve qu’elle est bel et bien appliquée. L’aspect positif des choses est toutefois que nous serons sans doute beaucoup mieux préparés que d’autres à l’adhésion.



Les "Vingt-sept" restent inflexibles sur la question de votre coopération avec le Tribunal Pénal International pour l’ex-Yougoslavie. Dans son dernier rapport, le procureur du TPIY, Serge Brammertz, souligne que vos efforts, ainsi que ceux de la Serbie, dans ce domaine, sont moins positifs qu’espérés. Il rappelle, en particulier, que les documents relatifs à « l’opération Tempête » (la vaste contre-offensive croate en août 1995 entachée d’exactions contre les populations serbes) sont toujours introuvables…

Depuis un an et demi, la Croatie a mis en place un groupe de travail, qui se compose des services de la police, de la justice, de la défense et du renseignement, et qui communique au bureau du procureur ainsi qu’à M. Brammertz, toute nouvelle avancée. Nous avons ainsi pleinement satisfait aux 883 demandes adressées au cours des quinze dernières années par le TPIY. Pour une seule demande, M. Brammertz considère qu’elle n’est que partiellement satisfaite, alors même que la Chambre de première instance à été de l’avis de la Croatie en considérant qu’il était impossible de déterminer avec certitude l’existence des documents réclamés par le procureur. Quel intérêt aurions-nous à jouer avec le TPIY, sinon celui d’entraver inutilement nos négociations d’adhésion ? Nous, nous n’avons plus de fugitifs à retrouver comme c’est le cas de la Serbie avec Goran Hadzic, inculpé pour crimes de guerre à Vukovar (Croatie), et Ratko Mladic, inculpé pour génocide à Srebrenica (Bosnie). D’un côté il est question de quelques documents dont l’existence n’est pas établie, de l’autre on parle des principaux criminels de guerre toujours en liberté : cela fait une grande différence dans les demandes adressées par M. Brammertz à nos deux pays.


Les responsables européens sont également sensibles aux gestes de réconciliation entre pays de l’ex-Yougoslavie. Dernièrement, les dirigeants serbes et croates ont évoqué la possibilité de retirer leurs plaintes respectives pour génocide auprès de la Cour Internationale de Justice. Qu’en est-il à l’heure actuelle ?

Il est vrai que le dialogue entre la Croatie et la Serbie s’est intensifié ces derniers temps. Cela dit, la décision de retirer notre plainte pour génocide n’est pas du tout prise. En attendant nous avons à traiter toutes les questions résiduelles de la guerre : le sort des personnes portées disparues, le cas des réfugiés, le traitement des minorités et la restitution des archives et des biens pillés en Croatie.  C’est un long travail que de tourner définitivement la page. Néanmoins, prenant exemple sur la réconciliation franco-allemande, sans laquelle aucune Union européenne n’aurait été envisageable, la Croatie, sans pour autant oublier qu’elle a été victime d’une agression militaire, a montré à maintes reprises et encore récemment qu’elle était prête à tendre la main à une Serbie démocratique, disposée à présenter ses excuses et à reconnaître ses responsabilités.


Propos recueillis par MARC ETCHEVERRY


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