Derniers articles publiés

Poul Nyrup Rasmussen : "Nicolas Sarkozy et Angela Merkel n'ont rien compris au projet de Jean Monnet"

Actualité 16.06.2010

A la veille du Conseil européen principalement consacré aux moyens de lutter contre la crise économique, le Parti socialiste européen lance ses propres propositions. Interviewé par Touteleurope.fr, son président Poul Nyrup Rasmussen fustige la gestion actuelle de la crise, et accuse la France et l'Allemagne de remettre en question le projet des pères fondateurs.

Touteleurope.fr : Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se sont rencontrés lundi 14 juin pour préparer un Conseil européen essentiellement consacré à la crise économique. Que pensez-vous du compromis adopté ?

Poul Nyrup Rasmussen : L’axe franco-allemand n’est plus crédible aujourd’hui. Lors de l’apogée de la crise financière grecque, alors que l’Europe avait besoin d’une meilleure coordination économique, le leadership de Monsieur Sarkozy et de Madame Merkel a brillé par son absence. Le diner de lundi n’a été qu’une rencontre entre deux personnes ayant la capacité, mais pas la volonté, de prendre les rênes de la réponse européenne à la crise.

 

Le modèle de gouvernance économique qu’ils proposent n’est qu’un succédané inefficace et cynique de la vraie solidarité européenne, clé et moteur du succès de l’Union. Si pour M. Sarkozy et Mme Merkel, construire l’Europe veut dire priver de droit de vote les pays qui violent la discipline budgétaire, c’est-à-dire 25 des 27, c’est qu’ils n’ont rien compris au projet de Jean Monnet, ni à celui de Jacques Delors, ni à plus de 50 ans d’histoire commune.  


Touteleurope.fr : Qu'attendez-vous du Conseil européen de jeudi ?

Poul Nyrup Rasmussen : En vue du Sommet de demain, nous réunissons ce soir les chefs de gouvernements et leaders socialistes de toute l’Union Européenne, afin de travailler à une meilleure coordination politique.

 

Le plan socialiste contre la crise consiste en trois objectifs principaux : premièrement, la mise en place, enfin, d’une politique économique européenne, basée sur une stratégie de croissance et de création d’emplois. En d’autres termes, une approche équilibrée qui intègre le facteur investissement dans l’équation.

 

Deuxièmement, l’instauration d’une taxe sur les transactions financières en Europe, que nous voulons pousser au Sommet du G20 dans deux semaines.

 

Troisièmement, l’Europe devrait analyser très sérieusement la possibilité de créer une Agence européenne de la dette et d’une Agence de notation européenne. Une Agence européenne de la dette pourrait aider les Etats à payer moins pour leurs emprunts, en utilisant le potentiel de synergies de l’Union Européenne.



Touteleurope.fr : Que pensez-vous des plans d'austérité que la plupart des gouvernements européens (y compris de gauche) sont en train de mettre en oeuvre ?

Poul Nyrup Rasmussen : Ces plans d’austérité ne sont pas une solution. Il est évident que les Etats doivent être en mesure de financer leurs dettes. Mais cela n’implique pas nécessairement de mettre en œuvre les politiques de rigueur extrême préconisées par les conservateurs.

 

Les plans d’austérité aujourd’hui appliqués en Europe sont le résultat logique du manque de solidarité entre Etats membres et de l’approche dogmatique prônée par la droite en matière de finances publiques. Si nous disposions en Europe de moyens de financement autres que le recours aux marchés financiers ou au FMI, si Madame Merkel et Monsieur Sarkozy avaient décidé de secourir immédiatement la Grèce afin de la protéger des attaques spéculatives, si les marchés financiers étaient réellement réglementés, alors la vague d’austérité ne menacerait pas d’engloutir le modèle social européen.

 

C’est ce que les chefs d’Etat siégeant demain au Conseil Européen doivent réaliser. Et c’est pourquoi les socialistes européens proposent une sortie de crise alternative.

 

 

En savoir plus

 

Le Parti socialiste européen lance ses propositions contre la crise - Touteleurope.fr

Crise économique dans la zone euro - 2010 - Touteleurope.fr