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Plaidoyer en faveur de la flexibilité des marchés de l'emploi en Europe

Actualité 15.09.2006

Getting Europe to work. The role of flexibility in trapping the unused potential in European labour markets, par Anna Turmann

Center for European Policy Studies - CEPS Working Documents - 13/09/06
(en téléchargement libre)

Partant de l'idée que "la globalisation de l'économie et le changement technologique" exigent de créer "des marchés du travail plus dynamiques", Anna Turmann, chercheuse au CEPS, examine les solutions que la flexibilité des marchés du travail peut apporter au chômage structurel et aux décalages conjoncturels entre disparitions et créations d'emplois.

Dans la première partie de l'article, l'auteur examine les performances des marchés de l'emploi des Etats membres de l'Union.

Alors que la stratégie de Lisbonne a fixé comme objectif un taux d'emploi de 70 % de la population en 2010, celui-ci est de 64,3 % dans l'UE 15 en 2003. Seuls le Danemark, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et la Suède affichent des taux d'emplois à la hauteur de ces objectifs. La difficulté des marchés du travail européens à atteindre des taux d’emploi satisfaisants s’explique principalement, selon l’auteur, par les difficultés d'insertion sur le marché du travail des jeunes, des "seniors", des femmes et des personnes les moins qualifiées.

Analysant les caractéristiques des différentes formes "d'emplois flexibles", la seconde partie de l'étude tente de démontrer en quoi davantage de flexibilité des marchés de l’emploi peut contribuer à résorber ces problèmes.

Le travail à temps partiel représente 16,5 % des emplois dans l'Union européenne. Il a connu une croissance constante ces 20 dernières années et a doublé en France, en Allemagne et en Belgique. Les femmes sont, d'après l'auteur, les premiers bénéficiaires de ce type d’emplois dont la flexibilité leur permet "d’allier vie de famille et carrière professionnelle".

Le travail à durée déterminée est également en augmentation et représente 12,7 % des emplois dans l'Union européenne (30 % en Espagne et 12,8 % en France). L'étude souligne que les contrats à durée déterminée ont augmenté deux fois plus vite que les emplois permanents dans les pays connus pour la rigidité de leur marché du travail. A l'inverse, dans des pays aux marchés du travail plus flexibles, comme le Royaume-Uni ou le Danemark, ces contrats sont demeurés en proportion constante. Pour les jeunes qui occupent majoritairement ce type d’emploi, ils  ont pour fonction dans ces pays, de faciliter l'accès des jeunes au marché de l'emploi. Une politique de l’emploi cohérente, basée sur la flexibilité du marché du travail permettrait, suggère l’étude, de contenir les effets pervers d’un système où les contrats à durée déterminée remplacent les emplois conventionnels.

De même, les contrats temporaires multiplieraient les opportunités d'embauche des personnes les moins qualifiées. L'exemple de la réforme du marché du travail conduite en Allemagne prouve, selon l'étude, "l'effet de levier du travail temporaire". Celui-ci faciliterait le retour à l'emploi des chômeurs et leur offrirait une chance d'accéder à un emploi fixe. En Allemagne, argumente l'étude, 60 % des personnes ayant obtenu un contrat à durée déterminée en 2003 étaient auparavant au chômage.

Anna Turmann étudie également l'évolution de la législation du travail depuis 1980 en s'interrogeant sur le lien entre la souplesse des conditions d'embauche et de licenciement et les dynamiques des marchés de l'emploi des Etats. Pour l'auteur, l'existence de conditions strictes aux licenciements inciterait les employeurs à multiplier les contrats à durée déterminée. Les réformes partielles conduites jusqu'à présent dans certains pays tendraient ainsi à créer un marché du travail "à double vitesse" où les emplois permanents sont fortement protégés tandis que les emplois temporaires, soumis à des conditions d'embauche et de licenciement plus souples, se développent plus rapidement.

L’auteur parvient à la conclusion que seule une réforme d'ensemble du marché du travail, visant une plus grande flexibilité et une plus grande efficacité pourrait permettre aux emplois flexibles de devenir des tremplins vers un emploi stable et créer les conditions pour un marché de l'emploi dynamique. 

La Stratégie de Lisbonne pour la croissance et pour l'emploi