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Pierre Vimont : "Dans les faits le SEAE est déjà un ministère européen des Affaires étrangères"

Actualité 20.12.2011

Le 1er décembre dernier le Service européen d'action extérieure (SEAE), prévu par le traité de Lisbonne pour venir en soutien au haut représentant de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, fêtait sa première année d'activité. De passage à Strasbourg pour rencontrer les députés européens lors de la dernière session plénière du Parlement européen, Pierre Vimont, son secrétaire général exécutif, a répondu aux questions de Touteleurope.eu. 

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Touteleurope.eu : Quel est votre rôle en tant que Secrétaire général exécutif du SEAE

Pierre Vimont : Avec plusieurs autres directeurs généraux adjoints nous formons l'équipe dirigeante du SEAE, sous l'autorité de Catherine Ashton. C'est un nom un peu barbare mais fondamentalement c'est ce que l'on appellerait un service diplomatique, au niveau européen, qui vient donc s'ajouter aux différents ministères des Affaires étrangères qui existent dans les Etats membres. Nous essayons en complémentarité avec eux de faire avancer une action extérieure de l'Union européenne, ce qui est plus large que la diplomatie.

Ce service a désormais un an d'existence et aura besoin de temps pour s'installer et trouver son rythme de croisière, mais c'est un début et je trouve qu'au bout d'un an, nous avons déjà réalisé un certain nombre de progrès.

Touteleurope.eu : Le SEAE permet-il de renforcer la place de l'Union européenne sur la scène internationale ?

Pierre Vimont : L'objectif du traité de Lisbonne était triple. D'abord, apporter une certaine continuité dans l'action extérieure de l'Union européenne. Avant celle-ci était assumée par la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne, qui changeait tous les six mois, mais aussi par le haut représentant qui était à l'époque Javier Solana et par un commissaire européen chargé des relations extérieurs. Ces trois fonctions sont désormais confiées à une seule personne, Madame Ashton, ce qui permet d'assurer la continuité de l'action.

Le second objectif était de rendre l'action plus cohérente. Tous les instruments de la politique extérieure sont désormais aux mains de Madame Ashton qui est à la fois membre du Conseil européen, de la Commission européenne, et du Conseil de l'Union européenne puisqu'elle préside les réunions des ministres des Affaires étrangères. Avec ces instruments et ce service, nous pouvons espérer qu'il y aura un peu plus de cohérence dans la mise en oeuvre de cette action extérieure.

Le troisième objectif est la complémentarité. Le SEAE travaille avec les Etats membres en complémentarité. Nous essayons d'apporter une petite valeur ajoutée par rapport à ce qu'ils peuvent eux-mêmes faire au titre de leur diplomatie nationale. Nous avons désormais un peu plus d'unité et il faut continuer dans cette voie.

Touteleurope.eu : Quels sont les principaux résultats obtenus lors de cette première année d'activité ?

Pierre Vimont : Nous avons tout d'abord mis en place à travers le monde entier un réseau de délégations de l'Union européenne. Il en existait auparavant mais il s'agissait des délégations de la Commission européenne. Elles n'agissaient donc que dans les limites des compétences de cette dernière, soit essentiellement dans les secteurs du commerce et de l'aide à la coopération. Désormais les délégations de l'Union s'occupent de tous les aspects de l'action extérieure de l'Union. Elles participent à la diplomatie, rédigent des rapports politiques, ont des contacts avec l'ensemble des interlocuteurs et traitent des défis globaux.

L'Union est actuellement représentée dans 138 pays et organisations internationales, soit un vrai réseau de représentations à travers le monde, et cette présence est très importante.

Le second résultat est que nous avons réussi à recruter. Le SEAE devait recruter à la fois des fonctionnaires de la Commission, des fonctionnaires du Conseil, et des diplomates issus des Etats membres. Ces derniers devaient représenter aussi rapidement que possible un tiers des effectifs. Nous sommes aujourd'hui à peu près à 20%, donc nous avons encore un effort à fournir. Mais ce recrutement marche assez bien puisqu'à chaque fois que nous publions une annonce, nous recevons entre 60 et 80 candidatures qui viennent des Etats membres, de la Commission et du Conseil.

Le troisième succès est certainement la gestion de crise. Cela n'était pas dans les habitudes des services précédents puisqu'ils s'occupaient essentiellement de commerce et d'aide au développement, et lorsqu'il y avait une crise ils suspendaient leurs travaux et attendaient que ça passe. Aujourd'hui nous avons des délégations qui se comportent un peu comme des ambassades. Il faut que nos représentants soient capables de rester sur place et qu'à Bruxelles nous puissions très rapidement mettre en place un dispositif de gestion de crise. On a vu qu'avec tout ce qui s'est passé dans le monde arabe, en Tunisie, en Egypte, en Syrie, au Yémen ... nous avons été capables de mettre en place ce dispositif, que ce soit les services du SEAE mais également les directions générales compétentes de la Commission. Nous travaillons bien ensemble, en coordination. Alors bien sûr ce n'est qu'un début et des choses restent à améliorer, mais je trouve que l'on avance dans le bon sens.

Touteleurope.eu : Quels sont les défis du SEAE ? Les améliorations à apporter ?

Pierre Vimont : Ce qu'il faut améliorer ce sont les relations avec la Commission européenne car nous sommes souvent amenés à travailler avec elle. Il faut approfondir cette nouvelle relation, car elle dispose de compétences techniques qui nous sont très utiles, notamment dans la gestion des défis globaux ou dans la préparation des sommets du G20 et du G8. Il est important également de travailler avec la Commission dans les domaines du transport, de l'environnement, de la lutte contre le terrorisme, de l'immigration etc. Il faut donc que l'on arrive à développer des méthodes pour travailler efficacement ensemble.

Par ailleurs nous devons réussir à aller au-delà de la gestion quotidienne des défis et des difficultés que nous rencontrons pour développer une vision à plus long terme. Travailler sur des documents qui essaient de définir des stratégies comme nous l'avons fait avec la région du Sahel ou de la Corne de l'Afrique. Nous devons essayer de le faire de manière plus coordonnée avec les différentes parties du monde, mais aussi avec nos partenaires stratégiques, comme les pays émergents (l'Inde, la Chine, le Brésil, l'Afrique du Sud). Il faut se projeter dans les 20 ou 30 années à venir.

Touteleurope.eu : Quelles sont les points de convergence et de divergence entre les Etats membres en ce qui concerne le projet européen en matière de puissance ?

Pierre Vimont : Les Etats membres sont prêts à ce que l'Europe s'affirme. Ils voient bien que cela est dans leur intérêt que l'on puisse parler au nom des 27, que cela leur donne plus de force dans le dialogue international. Sur la définition de ce que doit être cette force il n'y a pas beaucoup de divergences : il y a ceux qui sont tentés par le profil-bas, ceux qui souhaitent que l'Europe parle haut et fort. Il faut savoir faire des compromis et c'est notre travail quotidien !

Touteleurope.eu : Le SEAE peut-il devenir un véritable ministère européen des Affaires étrangères ?

Pierre Vimont : C'est déjà le cas dans la pratique ! Le débat était sur le titre mais pour nos partenaires internationaux Catherine Ashton est l'homologue au niveau européen des ministres des Affaires étrangères. On lui a donné un autre titre mais la réalité de son travail c'est cela. Et il en va de même pour le SEAE : c'est un service diplomatique au niveau européen.

Mais parce que nous sommes au niveau européen, nous abordons les choses de façon un peu différente : nous devons tenir compte de ce que font les Etats membres, coordonner, être sûr que tout le monde peut suivre, que nous avons l'accord des Etats. Et cela rend cette diplomatie plus complexe : nous travaillons avec beaucoup plus de partenaires qu'un ministère des Affaires étrangères au niveau national. Nous ne devons pas seulement travailler avec nos partenaires de la communauté internationale, mais aussi avec les institutions européennes, comme le Parlement européen où nous sommes aujourd'hui et avec lequel il faut beaucoup travailler, mais encore les 27 Etats membres qui sont très sourcilleux de leurs intérêts nationaux.

Il faut en tenir compte tous les jours. C'est donc un travail plus lourd, plus complexe, mais aussi plus intéressant que ce que l'on peut faire au niveau de chacun des Etats membres
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Le Service européen pour l'action extérieure - Touteleurope.eu

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