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Pierre Sellal : "La Présidence n'est pas une appropriation nationale de l'Union européenne"

Actualité 07.03.2008

Pierre Sellal est le Représentant permanent de la France auprès de l’Union européenne depuis mai 2002. A quelques mois de la Présidence française qui débute le 1er juillet 2008, l'Ambassadeur explique le rôle de la Représentation permanente et revient sur les grands enjeux de la future Présidence.

Quel est le rôle de la Représentation Permanente (RP) de la France auprès de l'Union européenne ?

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(Durée : 2"01)

 

 

 

 

Extraits de l'entretien

Dans un entretien accordé à touteleurope.fr, Pierre Sellal décrit le rôle de la Représentation de la France auprès de l'Union européenne, expliquant qu'il s'agit de "la représentation de l'administration française à Bruxelles". Plus de 200 personnes y travaillent, auxquelles s'ajoutent les "renforts" issus des différents ministères concernés "dans la perspective de la Présidence française".

Les membres de la Représentation française sont "chargés dans toutes les instances de négociations à Bruxelles d'exprimer la position française et de défendre les intérêts français".
 



Quel sera le rôle de la RP tout au long de la Présidence française de l'Union européenne ?

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(Durée : 4"44)

Extraits de l'entretien

A partir du 1er juillet 2008, la France exercera la Présidence de l'Union européenne, pour une période de six mois, selon le principe de la présidence tournante. Pierre Sellal souligne l'importance de cette responsabilité puisqu'il s'agit de "la douzième présidence depuis 1957". "Ce sera la dernière fois avant 2022". De plus, le traité de Lisbonne modifiant l'organisation de la présidence, la France va "terminer un cycle" institutionnel pour l'Union.

La Présidence de l'UE est une fonction essentielle. En revanche, rappelle Pierre Sellal "la Présidence n'est pas une appropriation nationale de l'Union européenne".

La tâche principale de la Représentation permanente est une fonction de présidence des différents comités au sein de l'Union. Ainsi, "pendant ces 6 mois, le conseiller cesse d'être le représentant de la France, et préside les réunions des groupes et des comités", explique l'Ambassadeur. Il s'agit donc de "permettre au système décisionnel de l'Union de fonctionner".

Pierre Sellal ajoute deux missions : "représenter l'Union dans les négociations avec les tiers, en partage avec la Commission européenne" et "représenter le Conseil dans les négociations avec les autres institutions européennes".



A moins de 4 mois du début de la Présidence française de l'UE, la France est-elle prête ?

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Extraits de l'entretien

Pierre Sellal rappelle tout d'abord les conditions dans lesquelles s'exerce une présidence. Il s'agit en effet de "quelque chose de très lourd et de très complexe mais qui intervient pour une période très limitée de six mois". Cela est d'autant plus vrai pour une présidence de second semestre.

"Il n'y a donc pas de place pour l'improvisation" prévient l'Ambassadeur, et tout "doit se faire avec une infinie méticulosité". La France a déjà travaillé "en amont avec la Commission européenne pour que les textes auxquels nous tenons soient sur la table des négociations à temps".



Qu'est-ce qu'une "Présidence réussie" ?

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Extraits de l'entretien

Pierre Sellal insiste sur la nécessaire efficacité d'une Présidence. Il explique qu'une Présidence réussie est "une Présidence qui fait aboutir les dossiers qui sont sur la table des institutions pendant le semestre où elle a la charge de cette Présidence". Il s'agit donc de "conduire l'ensemble des politiques de l'Union" et de "faire fonctionner l'Union, de la représenter et de permettre aux décisions attendues d'être prises à temps".

A l'opposé, "une Présidence dont on serait déçu, serait une Présidence qui n'aurait pas permis de faire aboutir une décision importante que le public pourrait attendre pour cette fin d'année 2008". Il insiste sur la nécessité de précision et de clarté de l'action afin d'éviter une "Présidence qui donnerait le sentiment que les priorités européennes sont mal cernées ou mal défendues vers l'extérieur".

Enfin, il est essentiel pour une Présidence réussie de savoir "préparer l'avenir". "C'est une de nos responsabilité d'ouvrir des voies pour les Présidences qui vont suivre".



Comment le projet d'Union pour la Méditerranée est-il accueilli par les partenaires européens ?

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Extraits de l'entretien

Pierre Sellal souligne l'importance de la Méditerranée, pour l'ensemble de l'Union européenne, et considère comme "une très bonne chose" que cette initiative pousse l'Union européenne à se préoccuper de la Méditerranée.

Il rappelle, en effet, l'inquiétude des partenaires du Sud de l'Union de voir  "une priorité trop exclusive donnée par l'Union européenne à sa frontière orientale". S'il existe déjà un programme européen pour la région méditerranéenne, l'Ambassadeur souligne qu'"il faut faire plus pour la Méditerranée car c'est l'intérêt de l'Europe et des pays méditerranéens". Il considère, en effet que "les ambitions exprimées il y a une dizaine d'années lorsque le processus de Barcelone a été lancé, c'est-à-dire la coopération euro méditerranéenne, n'ont pas produit tous les résultats qu'on en attendait".

Tout en rejetant le terme d'échec, il souligne les "insuffisances" de ce processus et la nécessité "d'aller au-delà", voire même "d'agir autrement". Pour expliquer la nécessité de mettre en place un nouveau projet à l'échelle européenne, Pierre Sellal développe deux défauts essentiels de la politique européenne actuelle.

Il souligne, tout d'abord l'importance de l'introduction de plus de "parité et d'égalité dans la relation euro méditerranéenne. En effet, "les pays du Sud considèrent toujours que la relation entre l'Union européenne et eux-mêmes est un peu inégale, asymétrique". Il existe un décalage entre "l'Union européenne, avec sa force sa solidité politique, ses moyens financiers" et chacun des pays de la Méditerranée.

Second défaut du processus de Barcelone, l'existence "d'objectifs trop globaux, trop généraux", auquel Pierre Sellal oppose un travail "sur des projets précis, concrets, qui construiraient des solidarités effectives et qui marqueraient le commun attachement à régler des problèmes qui nous sont communs". Il cite l'exemple de la pollution en Méditerranée ou encore le cas des incendies de forêts.

"C'est en cela que la comparaison qui avait été faite avec la démarche de Jean Monnet avait du sens" indique Pierre Sellal.

Revenant sur l'accueil mitigé des partenaires européens à ce projet, Pierre Sellal, explique que la France ne cherchait pas " à détourner les pays du Nord, à commencer par l'Allemagne, de la cause de la coopération en Méditerranée". Bien au contraire, "la France a toujours travaillé à ce que la Méditerranée soit une grande politique de l'Union en tant que telle" et elle veille à "y associer tous les pays de l'Union européenne".



Quel sera le rôle du Président du Conseil européen ?

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Extraits de l'entretien

Le traité de Lisbonne instaure une présidence fixe du Conseil européen élue pour deux ans et demi, renouvelable une fois. Cette modification est souvent présentée comme l'un des changements institutionnels majeurs apportés par le nouveau traité. Interrogé sur le rôle de ce président stable, Pierre Sellal souligne tout d'abord l'importance du Conseil européen, le qualifiant de "clé de voûte du système institutionnel".

"L'actualité européenne est chaque année dominée par les trois ou quatre sessions du Conseil européen", souligne-t-il, "c'est le plus grand moment de la vie européenne". Alors que le Conseil européen est une "institution qui n'existait pas au moment du traité de Rome", il est progressivement devenu "l'instance centrale du système". En effet, le Conseil européen "défini les grands objectifs, les orientations et débloque les négociations les plus délicates" à l'échelle européenne.

La présidence semestrielle ne facilite pas ce rôle fondamental du Conseil européen, et peut même s'avérer être un "handicap". Pour illustrer les difficultés consécutives à la présidence tournante, Pierre Sellal revient sur le rôle de représentation du Président du Conseil européen. Un Président du Conseil européen changeant oblige "nos partenaires à s'habituer à un nouvel interlocuteur" tous les six mois et "ne permet pas de construire, dans la durée une relation solide" explique-t-il.

D'où l'intérêt d'un président stable. Ce dernier "aura l'avantage de pouvoir travailler à la préparation des réunions du Conseil européen, de conduire les réunions du Conseil européen et d'exercer à son niveau, vis-à-vis des autres chefs d'Etat ou de gouvernement, la fonction de représentation du Conseil de l'Union".

A côté des objectifs globaux, un "travail de définition plus précise et concrète" du rôle du Président sera à effectuer, précise l'Ambassadeur. En effet, le Président du Conseil européen devra travailler en lien avec les autres visages de l'Union européenne comme le Président de la Commission européenne et le Haut Représentant. "On travaille actuellement à la définition plus précise du rôle de chacun" commente Pierre Sellal. "C'est l'une des responsabilité de la Présidence française de l'Union européenne, en tant que dernière présidence tournante de faire en sorte que tout soit prêt pour le 1er janvier 2009".



Entretien réalisé le 07/03/08