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Pierre Moscovici : "Notre rôle est avant tout politique"

Actualité 10.11.2014

Pour l'une de ses premières conférences de presse comme commissaire européen, Pierre Moscovici a, le 10 novembre à Paris, adressé un message politique sans ambiguïtés. Rappelant qu'il est désormais à la tête de deux directions générales, le nouveau commissaire européen qui a tout juste pris ses fonctions a déroulé un à un ses arguments sur plusieurs dossiers prioritaires et sujets d'actualité, dont le scandale d'évasion fiscale du Luxembourg sur lequel Jean-Claude Juncker reste pour l'instant muet. M. Moscovici a expliqué comment il entendait exercer ses fonctions en Europe mais également en France. Après son audition devant les députés européens début octobre, l'exercice pour cet habitué des journalistes était très attendu.

Pierre Moscovici

"Un nouveau plan d'investissement pour la fin de l'année"

Pour Pierre Moscovici, le message de la Commission européenne est clair : les cinq prochaines années seront déterminantes pour l'avenir de l'Europe. Il s'agit de "l'Europe de la dernière chance", comme le martèle M. Juncker. Clés de la relance économique, les réformes inévitables et le plan d'investissement coordonné par le Vice-Président Jyrki Katainen. Un plan sur lequel la Commission "travaille d'arrache-pied" et qui devrait s'appuyer largement sur la Banque européenne d'investissement, "bras armé" de ce nouveau dispositif.

D'après l'ancien ministre de l'Economie, les investissements devront être ciblés sur les emplois de demain et la priorité sera donnée aux secteurs de l'énergie, des transports, du numérique ou encore de l'éducation, avec un financement "équilibré" entre public et privé. Ce plan devrait être présenté "bien avant la fin de l'année".

M. Moscovici a par ailleurs insisté sur la lutte contre le chômage des jeunes : "s'il devait y avoir une priorité, ce devrait être celle-là", a-t-il affirmé.

L'avis de la Commission sur les budgets reporté

Interrogé sur la situation économique de la France, le commissaire européen a été clair. "Je ne crois pas au french bashing, la France n'est pas l'homme malade de l'Europe, elle est la deuxième économie de la zone euro et la cinquième économie mondiale", a-t-il rappelé, tout en soulignant que le pays devait régler son problème de finances publiques et s’atteler à des "réformes structurelles claires". Concernant les autres pays de l'UE, Pierre Moscovici a annoncé un déplacement dans les prochains jours en Grèce et à Chypre. Un premier déplacement symbolique qui "marquera des inflexions".

M. Moscovici a également annoncé que le prochain avis de la Commission européenne sur les budgets européens, initialement attendu le 12 novembre, était repoussé de quelques jours.

LuxLeaks : "Jean-Claude Juncker n'est pas fragilisé"

Difficile de ne pas aborder le scandale "LuxLeaks" qui empoisonne les premiers pas du Président Juncker. Prudent, Pierre Moscovici a rappelé que l'enquête avait démarré sous l'ancien commissaire à la concurrence, Joaquin Almunia.

Selon M. Moscovici, l'ancien Premier ministre du Luxembourg est aujourd'hui conscient que "nous sommes entrés dans une nouvelle période" de lutte contre l'évasion fiscale au niveau mondial. En tant que président de la Commission, M. Juncker agirait donc différemment du passé et ne serait pas fragilisé par cette affaire. "D'ici 2016, l'échange automatique d'informations sera un standard mondial", estime M. Moscovici : "C'est un engagement que je prends, car j'ai la confiance du président de la Commission européenne".

Rappelant que plusieurs projets concernant la fiscalité européenne étaient aujourd'hui "en rade" (notamment la fiscalité de l'énergie ou l'harmonisation de l'assiette de l'impôt sur les sociétés), M. Moscovici a par ailleurs jugé que la prochaine mise en oeuvre de la taxe sur les transactions financières serait "un levier considérable" pour remettre les autres sujets à l'ordre du jour. "Il se peut que nous ayons un accord avant la fin de l'année", a-t-il annoncé.

Un ambassadeur de la Commission en France

En France, le commissaire a tenu a rappeler qu'il serait l'ambassadeur de la Commission européenne en France et non un ambassadeur de la France à Bruxelles. Le nouveau commissaire entend revenir régulièrement dans l'Hexagone. "Je ne veux pas oublier mon pays", a-t-il souligné.

Commentant sa récente conférence de presse sur les prévisions économiques de l'Union européenne, la semaine dernière à Bruxelles, le commissaire européen a jugé que l'exercice devrait plutôt être effectué par les membres des directions générales. "Je vais faire en sorte que cela change", a-t-il prévenu : "les commissaires européens sont là pour analyser des chiffres, non pour les présenter (...). Notre rôle est avant tout politique".

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