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Philippe Moreau-Defarges se demande où va l'Europe

Actualité 30.05.2006

Où va l'Europe ? - © Eyrolles, 2006Dans son dernier ouvrage, Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’Institut Français des Relations Internationales (IFRI), prend le pouls de l’Europe. Le diagnostic qu’il dresse est sans appel : la "fatigue" qui l’affecte s’est installée pour "plusieurs années".

Le "mal " est apparu au grand jour en 2005, année du rejet du projet de Traité constitutionnel européen par la France et les Pays-Bas. Il a, selon Philippe Moreau Defarges, pris racine dans les "peurs et crispations", à la fois causes et conséquences de la dégradation de l’économie et des relations sociales, dans la désaffection des peuples pour une Europe faite de règles et de procédures, mais aussi dans l’incertitude sur les frontières de l’Union et dans la perte d’influence de l’Europe sur l’échiquier mondial.

Alors, "où va l’Europe ? " Le médecin ne se fait pas prophète. Toutes les issues sont possibles, de la "décomposition" au "redémarrage" en passant par une éventuelle "stagnation", voire une "relance partielle". Mais au final, "une seule évidence s’impose : si l’Europe ne surmonte pas cette crise par un projet fort, elle sera poussée sur le bas-côté de l’histoire". Fort de cette conviction, Philippe Moreau Defarges passe en revue les différents défis à relever.

Les défis économiques et démocratiques : "l’Europe au pied du mur"

L’auteur voit dans la croissance économique "le défi majeur, le défi central de l’Europe". Or les difficultés sont colossales : chômage, inflation, stagnation, émergence de nouvelles puissances économiques, "asphyxie des systèmes sociaux" notamment. L’Europe des Trente Glorieuses est bien loin. Des fractures sont apparues "entre ceux qui s’adaptent et ceux qui se retrouvent sur le côté de la route". La Commission européenne est devenue le bouc émissaire des gouvernements. Les modèles économiques varient d’un Etat à l’autre, sans qu’aucun ne parvienne à trouver non pas tant un remède-miracle que les moyens d’enrayer les effets de la crise.

Philippe Moreau Defarges appelle à surmonter ces clivages qui rendent l’Europe "boiteuse". Comment s’y prendre ? Mettre en place des "débats nationaux", "prendre pleinement conscience du sens de l’engagement européen", se soucier de la "question sociale" au niveau européen. Quant au déficit démocratique, l’auteur prescrit la "reconnaissance de [l’] horizon fédéral" de l’Europe, et se demande s’il ne serait pas opportun de "créer un authentique gouvernement européen".

L’Europe dans le monde : quelle "assise géopolitique" ?

L’Europe ne parvient pas à se définir ; elle "n’a pas de vision géopolitique d’elle-même". Ses frontières imprécises en témoignent. La notion d’Europe est éminemment subjective. Ainsi, pour l’auteur, "l’entrée de la Turquie dans l’UE dépendra (…) [de la] capacité de la Turquie à convaincre les Européens qu’elle est des leurs", et du "désir des Européens d’embarquer la Turquie". Or l’UE ne pourra pas intégrer tous les Etats voisins, au gré des "vœux des populations". Elle doit en revanche donner un nouvel envol aux partenariats conclus avec les pays du bassin méditerranéen et avec la Russie, ce qui l’aidera à "diffuser ses valeurs" et à "multiplier les interdépendances".


Philippe Moreau-Defarges, Où va l'Europe ?, Eyrolles, 2006