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Philippe Maystadt : "La crise a mis en lumière le rôle crucial des institutions publiques de financement"

Actualité 05.11.2010

Philippe Maystadt est Président de la Banque européenne d'investissement Alors qu'à l'occasion du dernier Conseil européen les chefs d'Etat et de gouvernement se sont accordés pour renforcer le Pacte de stabilité et de croissance, il revient pour Toute l'Europe sur le rôle essentiel joué par l'institution financière européenne dans la gestion de la crise, notamment via le Plan de relance européen, et sur ses actions futures afin de relancer la croissance sur le long terme en Europe.

Toute l'Europe : Quand et comment la Banque européenne d’investissement a-t-elle été impliquée dans le Plan de relance européen ?

Philippe Maystadt : La BEI a participé dès 2008 à l’effort de soutien à l’économie en répondant à la demande du Conseil européen d'accroître le volume de ses financements pour tenter d'atténuer la forte contraction de l'investissement. Elle a mis en place un ensemble ambitieux de mesures pour lutter contre la crise, sachant que ce dispositif était appelé à être transitoire, c'est-à-dire limité aux années 2009-2010, capable d’apporter rapidement un soutien concret à l'activité économique et qu’il devait être ciblé sur les secteurs de l'économie et les régions d’Europe les plus touchés par la crise.

Dès le début de la crise, nous avons dû sortir du schéma classique de notre activité, car il a fallu s’adapter à la succession des événements, touchant d’abord le secteur financier puis l’économie réelle. Nous avons augmenté considérablement notre volume de prêts pour atteindre 79 milliards d’euros rien que pour l’année 2009, soit 40% de plus qu’en 2008. Cet effort sans précédent a été associé au lancement d'autres mécanismes de financement pour tenter d'atténuer les difficultés d'accès au crédit, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. Nous avons également intensifié notre activité de prêts à l’appui de la réalisation des objectifs de l’Union européenne : soutien à la lutte contre le changement climatique, à l’économie de la connaissance et aux projets liés à l’énergie et aux infrastructures. En bref,  nous avons tout mis en œuvre pour répondre le plus efficacement possible à la crise économique et financière mondiale.


Toute l'Europe : Le Plan de relance européen a été décidé il y a bientôt deux ans maintenant. Quel bilan tirez-vous de sa mise en œuvre ?

Philippe MaystadtPhilippe Maystadt

(Belgique) est le Président de la Banque européenne d'investissement (BEI) depuis le 1er janvier 2000. Son mandat a été renouvelé en 2006. Après avoir été député puis sénateur en Belgique, Philippe Maystadt a occupé plusieurs postes dans le gouvernement belge de 1980 à 1998.

Responsabilités et CV de Philippe Maystadt


Philippe Maystadt :
Il fallait agir rapidement et résolument pour mettre fin aux turbulences économiques. À l’instar d’autres grandes économies, l’Union européenne était confrontée à plusieurs défis majeurs : empêcher la faillite du système bancaire, restaurer la confiance, stimuler la croissance et l’emploi et enfin renforcer la supervision et la réglementation financière. Avec le recul, il apparaît aujourd'hui clairement que l’augmentation, en 2009, de notre volume d’activité pour soutenir l’économie a été un élément important de la réponse de l’Union européenne face à la crise.

Nous avons su tirer profit de l'excellente qualité de notre signature pour apporter des financements là où les banques commerciales ne souhaitaient pas ou ne pouvaient pas le faire. La BEI a relevé le défi et a, une nouvelle fois, mis en lumière le rôle crucial que les institutions publiques de financement peuvent jouer pour fournir les financements à long terme dont l’économie a besoin.


Toute l'Europe : En 2009 la BEI a atteint un volume de prêts record. Quelle part de cette enveloppe a été consacrée à la relance économique ? Pour quels types de projets ? Qu’en est-il pour l’année 2010 ?

Philippe Maystadt : Trois axes principaux peuvent être dégagés : les PME, l’aide aux régions les moins favorisées (ce que nous appelons la convergence) et la recherche-développement.

En 2009, nous avons augmenté de 55% – à 12,7 milliards d'euros – l’enveloppe consacrée aux PME qui, comme vous le savez, sont les principales sources d’emplois en Europe. Nous avons parallèlement mis au point de nouveaux instruments financiers pour renforcer les fonds propres de cette catégorie d'entreprises. Nous sommes en bonne voie pour atteindre l’objectif de 30 milliards d'euros de prêts supplémentaires aux PME pour la période 2008-2010, objectif que nous nous étions fixé dans le contexte du Plan de relance économique.

Nous avons également aidé davantage les régions économiquement défavorisées pour lesquelles nos prêts se sont élevés en 2009 à 29 milliards d'euros, soit 36 % de plus qu’en 2008. Un bon équilibre a été respecté sur le plan géographique et les douze nouveaux États membres ont reçu 13 milliards d'euros. Par ailleurs, la BEI a continué d’utiliser les deux nouvelles initiatives lancées en partenariat avec la Commission européenne pour améliorer la convergence : JASPERS pour l'assistance technique aux infrastructures, à l’environnement et à l’énergie et JESSICA pour le développement urbain durable.

Pour sa part, l’économie de la connaissance a bénéficié en 2009 de 18,2 milliards d'euros de financement, soit une augmentation de 50 % d’une année sur l’autre. Cela constitue un effort exceptionnel pour apporter une réponse à la crise économique en augmentant nos financements en faveur d’investissements d’avenir.

Enfin, il ne faut pas oublier les efforts spécifiques que nous avons déployés pour lutter contre le changement climatique. Ils se sont traduits par près de 17 milliards d'euros de prêts en faveur de projets contribuant à la réduction des émissions de CO2, ce qui représente une progression de 73 % par rapport à 2008.

Cette année, en 2010, la BEI va prêter autour de 68-69 milliards d’euros. Ce qui signifie que nous aurons tenu notre engagement de prêter 50 milliards de plus en 2009-2010 par rapport au niveau d’avant la crise.


Toute l'Europe : Que se passera t-il après le Plan européen de relance économique ?

Philippe Maystadt : La BEI devra réorienter ses priorités et cibler des opérations dans les domaines où elle peut contribuer au mieux à augmenter le potentiel de croissance à long terme. L’économie européenne se trouve à la croisée des chemins. Les États membres de l’UE doivent réduire les mesures financières et budgétaires exceptionnelles prises tout en favorisant une croissance durable et stable. C'est pourquoi nous réexaminons actuellement notre stratégie afin de maximiser l'impact de nos instruments financiers sur les perspectives de croissance. C’est le sens de la stratégie Europe 2020 à laquelle la BEI entend contribuer.

Compte tenu de la conjoncture actuelle, ce sont les prêts présentant un risque plus élevé – dans des domaines tels que la recherche-développement et l'innovation – qui ont les plus grandes répercussions sur le potentiel de croissance. Pour le dire simplement, une prise de risque accrue se traduit par une valeur ajoutée plus grande. Mais ces investissements exigent des réserves en capital plus importantes. La baisse de la demande de prêts classiques des grandes entreprises devrait nous permettre de diminuer le volume total de nos prêts pour accroître le volume des investissements plus risqués, sans mettre en péril notre solidité financière et notre notation AAA. Cela fait partie de notre stratégie pour les années à venir, stratégie que l’on pourra trouver expliquée plus en détails dans notre Corporate Operational Plan 2011-2013.




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