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Pauvreté : 87 millions d'Européens touchés

Carte et comparatif 08.08.2018 Agathe Peigney (avec la rédaction)

Au sein de l'UE, 87 millions d'Européens vivent sous le seuil de pauvreté, soit plus d'un habitant sur 6. Une situation ancienne que la crise économique a contribué à aggraver. Aujourd'hui, comment l'Union européenne et les Etats membres y font-ils face ?

87 millions de pauvres

Le taux de pauvreté correspond à la proportion d'individus (ou de ménages) dont le niveau de vie est inférieur, pour une année donnée, à un seuil de pauvreté. On privilégie en Europe le seuil de 60% du niveau de vie médian (Insee).

En 2015 (derniers chiffres disponibles), l'institut européen de statistiques Eurostat estime à 87 millions le nombre de personnes pauvres en Europe.

En 2015, ce sont dans les pays d'Europe du Nord et de l'Ouest que se situent les seuils de pauvreté les plus élevés : 1 185 euros pour l'Autriche, ou encore 1 085 euros pour la France. Tandis que les seuils de pauvreté les plus faibles concernent la Roumanie (400 euros), suivi par la Hongrie (440 euros). Toutefois le seuil de pauvreté dépend de la richesse d'une société. Il est donc relatif.

Ce sont la Roumanie (25,3%), la Bulgarie (22,9%) l'Espagne (22,3%) et la Lituanie (21,9%) qui ont les taux de pauvreté les plus élevés en Europe. La Bulgarie apparaît ainsi comme l'un des pays européens les plus confrontés à la pauvreté, mais occupe la première place en termes de vitesse d'augmentation des revenus de sa population – un peu plus de 10% chaque année. Cependant, combinant une pénurie de main-d'œuvre qualifiée et le vieillissement accéléré de sa population, le potentiel économique du pays risque de s'épuiser rapidement.

De l'autre côté du spectre, le niveau de pauvreté de la France se situe parmi les plus bas d'Europe, avec un taux à 13,6%. La République tchèque (9,7%), la Finlande (11,6%) ou le Danemark (11,9%) figurent également parmi les moins touchés.

Depuis le milieu des années 2000, le taux de pauvreté n'a baissé significativement qu'en Lettonie (-4,1 points), au Royaume-Uni (-2,8 points) et en Finlande (-2 points), alors qu'il a fortement augmenté en Suède (+4 points), en Espagne (+2,5 points), aux Pays-Bas (+2,3 points), en Estonie (+2,2 points) et en Hongrie (+2,1 points).

Risque d'exclusion sociale

Sans être considérée comme pauvre, une personne peut se retrouver en situation de risque d'exclusion sociale, que l'on estime par le biais de deux autres indicateurs. D'abord par la situation de privation matérielle sévère, c'est-à-dire une incapacité durable à couvrir certaines dépenses. Ensuite par l'intensité du travail dans un ménage. Il s'agit du rapport entre le nombre de mois durant lesquels les membres du ménage "actifs" ont effectivement travaillé, par rapport au nombre de mois durant lesquels ils auraient pu travailler. 

Selon les données d'Eurostat, environ 119 millions de personnes – soit 23,7% de la population de l'UE – étaient menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale en 2016. Ce pourcentage touche particulièrement les jeunes et les femmes. Ces dernières n'ont en effet un taux d'emploi que de 64% contre 76% pour les hommes, tandis qu'elles pâtissent d'un écart de salaire négatif de 16,3% par rapport aux hommes. S'agissant des jeunes, en avril 2018, un peu moins de 3,5 millions de moins de 25 ans étaient au chômage, dont 2,4 millions environ dans la zone euro. Cette tranche d'âge représente 15,3% de la population de l'UE et 7,1% de la population active.

En définitive, la part de la population européenne en risque de pauvreté ou d'exclusion sociale est donc plus importante que la population considérée comme pauvre.

Les mesures mises en place par les Etats membres

Les différences des taux de pauvreté entre Etats membres s'expliquent en partie par des différences entre les systèmes nationaux de transferts sociaux, et plus particulièrement de soutien au revenu. Les Etats membres mettent en œuvre des politiques différentes pour lutter contre la pauvreté et l'exclusion sociale.

S'appuyant sur un système social redistributif, la France a voté en 2013 un premier plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, renouvelé pour la période 2015-2017. Des concertations ont eu lieu de janvier à mars 2018 en vue d'un nouveau programme : elles ont réuni des membres de la direction générale de la cohésion sociale, des acteurs de terrain (élus locaux, représentants associatifs) ainsi que des personnes en situation de pauvreté. La concrétisation de ces pourparlers devrait avoir lieu à l'automne prochain. L'effort dans la lutte contre la pauvreté repose majoritairement sur les aides sociales (allocations logement, prestations familiales), ainsi que sur l'allègement des charges fiscales ou la prime d'activité.

D'autres moyens sont également testés, notamment celui d'assurer aux personnes dans la pauvreté un revenu le plus régulier possible. La Finlande a ainsi décidé d'expérimenter le revenu universel en versant chaque mois 560 euros à 2 000 demandeurs d'emplois âgés de 25 à 58 ans et tirés au sort. Cependant, non-satisfait des résultats, le gouvernement finlandais a décidé de stopper l'expérience avant son terme, en préférant se rapprocher du modèle britannique du "crédit universel".

Ce dernier fusionne plusieurs types de prestations (sociales et uniques) dans un crédit unique, revalorisé annuellement de 1%. Il est complété par un plafond de 500 livres (559 euros) sur le compte du crédit universel par semaine, pour les couples et parents isolés. Mis en place en 2013, il vise à inciter davantage les personnes au chômage à retrouver rapidement un travail, à réduire la complexité de la sécurité sociale et à terme la pauvreté.

De son côté, le Parlement italien a voté en mars 2017 une mesure instaurant un revenu mensuel de 480 euros pour lutter contre la pauvreté, sous condition que les bénéficiaires s'engagent à scolariser et faire vacciner leurs enfants, et pour les chômeurs à retrouver un emploi.

Que fait l'UE pour lutter contre la pauvreté ?

Les politiques de lutte contre la pauvreté relèvent donc avant tout du ressort national. L'Union européenne complète l'action des Etats membres par plusieurs initiatives, notamment la méthode de coordination dans le domaine social, et par des programmes financiers (comme le Fonds social européen) ou le programme PROGRESS, afin de renforcer la coopération au sein de l'Union dans le domaine social.

La Stratégie Europe 2020 – le programme de l'Union européenne en faveur de la croissance et de l'emploi – se focalise plus spécifiquement sur la lutte contre la pauvreté. Elle fixe pour la première fois un objectif chiffré : réduire d'au moins 20 millions le nombre de personnes touchées ou menacées par la pauvreté et l'exclusion sociale. La première priorité de cette stratégie étant de favoriser l'emploi, bien que le lien entre pauvreté et chômage ne soit pas systématique.

Le Fonds social européen (FSE) accompagne pour sa part les demandeurs d'emploi et les inactifs vers l'emploi, notamment par le soutien à diverses initiatives telles que Wimoov, une plateforme de mobilité accompagnant les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville vers plus d'autonomie. Le FSE soutient également des structures d'insertion par l'activité économique. Il se concentre particulièrement sur les jeunes de moins de 30 ans, qui sont les plus concernés par la pauvreté. Ainsi, le FSE et l'Initiative européenne pour la jeunesse (IEJ) cofinancent la mise en place de parcours spécifiques d'insertion professionnelle. Il bénéficie pour cela d'un budget de 1,63 milliard d'euros.

En 2000, l'UE a également lancé une Méthode ouverte de coordination (MOC) via laquelle les Etats coordonnent leurs politiques de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Cependant de nombreuses critiques ont été émises sur son fonctionnement, telles que le manque d'implication de la part des acteurs.

Si le rapport d'Eurostat note une tendance à la baisse pour la proportion de personnes menacées de pauvreté ou d'exclusion sociale dans l'UE, plus de 115 millions de personnes sont néanmoins toujours dans cette situation en 2016. D'autant que la crise économique a mis en péril la pérennité des systèmes de protection sociale.