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Olivier Delorme : "la fragmentation des partis politiques grecs pourrait conduire à la sortie de la zone euro"

Actualité 04.05.2012

Les élections législatives grecques de dimanche prochain revêtent une importance particulière pour l'avenir du pays, aux niveaux national et européen. La montée des extrêmes apparait comme une forte probabilité et la fragmentation du paysage politique pourrait entrainer un blocage dans la formation d'un gouvernement. La multiplicité des formations anti-européennes constitue un risque réel d'une sortie de la Grèce de la zone euro, estime Olivier Delorme, interrogé par Touteleurope.eu.

La Nouvelle Démocratie et le PASOK pourraient être désavoués

Pas moins de huit partis sont susceptibles de faire leur entrée au Parlement grec à l'issue des élections législatives du dimanche 6 mai. Pour la première fois depuis la fin de la dictature des colonels en 1974 et le rétablissement de la démocratie, il semble qu'aucun des deux grands partis ne sera en mesure d'obtenir la majorité des sièges. Ni la Nouvelle Démocratie, parti conservateur, ni le PASOK, parti proche de la social-démocratie, respectivement crédités d'environ 24% et 16% des voix, ne pourrait gouverner seul. "En effet, le système proportionnel corrigé permet à un parti obtenant 3% des voix de siéger au Parlement et n'assure une majorité absolue à une formation qu'à partir du moment où elle atteint environ 40% des voix", explique Olivier Delorme.

Olivier Delorme, agrégé d'histoire, ancien maître de conférence à Science Po et romancier, a publié en 2009 : "Grèce : recomposition politique et ancrage européen" et est l'auteur de Histoire de la Grèce et des Balkans de Byzance à nos jours (à paraître en Folio Gallimard à l'automne).


Par conséquent, la formation d'un gouvernement de coalition sera sans doute nécessaire, alors que le pays n'en a connu qu'une seule fois (à l'exception de l'actuel gouvernement constitué en novembre 2011), en 1989, où conservateurs et communistes ont siégé ensemble dans un gouvernement chargé de mener à bien les procès liés aux affaires de corruption du gouvernement socialiste qui l'avait précédé. "Il semble même probable que ces deux partis ne seront pas en mesure de constituer à eux seuls une majorité, sans qu'on voit aujourd'hui quel parti pourrait leur fournir l'appoint nécessaire à un gouvernement stable", poursuit Olivier Delorme. En effet, la ND et le PASOK sont les deux seuls partis à accepter les demandes d'austérité de Bruxelles et à avoir l'expérience du gouvernement. Les six autres partis susceptibles d'entrer au Parlement appartiennent tous à la gauche radicale ou communiste, ou à la droite souverainiste voire extrémiste, et rejettent l'austérité – certain allant même jusqu'à prôner la sortie de la zone euro, voire de l'Union européenne.

La poussée de l'extrême droite comme "réponse à la détresse sociale"

Le LAOS – acronyme signifiant "peuple" en grec – est l'un des deux partis d'extrême droite. Attaché à une vision ultraconservatrice et traditionnaliste de l'orthodoxie, le parti a gagné en importance avec le développement de l'immigration incontrôlée et le rejet grandissant du bipartisme. En 2007, le parti fait son entrée au Parlement, recueillant 3,8% des voix et obtenant 10 sièges, puis progresse en 2009 avec 5,6% des suffrages et 15 sièges. Toutefois, la cote de popularité du parti tend à descendre. En effet, ses électeurs ne lui ont pas pardonné d'avoir participé au gouvernement d'union nationale de Loukas Papademos. "Le LAOS a accepté les mémorandums de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international, et cela lui a aliéné une partie son électorat nationaliste qui rejette ces orientations économiques", estime Olivier Delorme.

Chrysi Avghi – "l'Aube Dorée" en français – est l'autre parti d'extrême droite grec. Xénophobe, ce parti a repris des symboles, uniformes et saluts résolument fascisants. "Il s'agit d'une extrême droite violente, ultra nationaliste et anti-européenne, qui s'organise en groupes d'autodéfense dans certains quartiers d'Athènes où la misère et l'insécurité ont particulièrement explosé", explique Olivier Delorme. Ainsi, l'Aube Dorée apparaît comme une "réponse momentanée à la crise et à un flux migratoire qui provoque des réactions d'hostilité dans une société en voie de paupérisation accélérée". En Grèce, poursuit M. Delorme, "le souvenir d'une occupation nazie particulièrement dure et celui du régime des colonels restent encore prégnants et rendent improbables le fait que la percée que semble effectuer ce mouvement soit autre chose qu'une manifestation de désespoir face à l'absence de perspective politique et économique".

Trois partis de gauche radicale ou communiste pourraient également obtenir de nombreux sièges

En plus d'un désaveu de la Nouvelle Démocratie et du PASOK et de la montée de l'extrême droite, les partis de la gauche radicale devraient attirer une forte partie de l'électorat. La popularité des idées du parti communiste grec (KKE) n'est pas nouvelle. Obtenant régulièrement des scores proches de 8%, il pourrait même dépasser les 10% des suffrages. Le fort dogmatisme du parti et son idéologie proche du stalinisme n'ont pas entamé son poids politique. Le KKE propose la fin des mémorandums, la sortie de la zone euro et, si nécessaire, la sortie de l'Union européenne.

D'après les derniers sondages, la ND obtiendrait 24% des voix, le PASOK 16%, Syriza 13%, le KKE 11%, les Grecs Indépendants (droite souverainiste) 9%, la Gauche Démocratique 7%, l'Aube Dorée 5%, et le LAOS 4%.


Syriza, autre parti de la gauche radicale grecque, est la formation "qui a le plus profité de la crise", indique Olivier Delorme. L'ambition de Syriza, "formation politique qu'il est possible de rapprocher du Front de Gauche français en ce qu'il comporte de nombreux écologistes et intellectuels", est de rassembler toutes les forces à la gauche du PASOK. A l'image du KKE, Syriza fait montre d'une opposition farouche à l'encontre de Bruxelles et de la rigueur, mais sans prôner ouvertement la sortie de l'euro.

Enfin, entre PASOK et Syriza, dont elle est issue, se trouve la Gauche Démocratique. Si ce parti convient de la nécessité de profondes réformes et d'un effort de rigueur, s'il ne rejette pas en bloc les mémorandums, il en demande la renégociation et notamment l'ajout d'un volet croissance.

Pourrait-il, en définitive, servir d'appoint à la ND et au PASOK ? Il faudrait sans doute pour cela, estime Olivier Delorme, "qu'intervienne une inflexion des politiques européennes actuelles dans le sens de la croissance. C'est la raison pour laquelle beaucoup de Grecs considèrent avec attention l'élection présidentielle française et le discours européen de François Hollande. Dans l'impasse de la spirale récessionniste où la politique européenne a enfermé la Grèce, il apparaît en tout cas improbable qu'aucun gouvernement stable émerge de ces élections. Après l'impasse économique, les politiques décidées à Bruxelles, Berlin et Paris semblent bien aboutir également à une impasse politique".



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