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Olivier Breton : "François Hollande a envoyé un signal très fort à l'Allemagne"

Actualité 07.05.2012

Au lendemain de la victoire du candidat socialiste François Hollande, les réactions se multiplient en Europe avec l’espoir d’une nouvelle dynamique pour la construction européenne. Privilégiées par le président français sortant pendant ses cinq années de mandat, les relations franco-allemandes vont-elles changer à l’avenir ? Quelles seront les rapports entre Angela Merkel et le nouveau chef de l'Etat français ? Dans un entretien à Touteleurope.eu, Olivier Breton, directeur de publication du magazine Paris Berlin, livre son analyse sur le nouveau tandem franco-allemand.

Que va changer l’élection de François Hollande dans les relations franco-allemandes ?

A 17 mois d’une élection majeure pour Angela Merkel, la victoire de François Hollande donne un espoir au parti allemand SPD de l’emporter l’année prochaine. D’un point de vue SPD/PS c’est une bouffée d’espoir de l’emporter sur la CDU. Les deux partis sont en train de dépasser la fracture qu’avait entrainée les choix de Schröder à son époque entre les PS et le SPD.

Concernant les futures relations franco-allemandes, tout va dépendre du choix du ministre des Affaires étrangères et de l’implication du nouveau chef de l’Etat par rapport aux Allemands.

"Donner à la construction européenne une dimension de croissance, d'emploi, de prospérité, bref d'avenir et c'est ce que je dirai le plus tôt possible à nos partenaires européens et d'abord à l'Allemagne, au nom de l'amitié qui nous lie et au nom de la responsabilité qui nous est commune".

Extrait du premier discours de François Hollande après sa victoire, 06/05/12, prononcé à Tulle.

Dans son discours hier soir, François Hollande a envoyé un signal très fort à l’Allemagne. Le chef de l’Etat a aussi déclaré qu’il se rendrait très prochainement à Berlin.

Il faut noter également que plusieurs proches du nouveau chef de l’Etat ont des liens particuliers avec l’Allemagne : Jean-Marc Ayrault, germanophone, et également Jean-Pierre Jouyet pressenti au secrétariat générale de l’Elysée.

Après l’implication assez surprenante d’Angela Merkel pendant la campagne présidentielle française, François Hollande aurait pu se fâcher. Mais le pragmatisme allemand l’emporte toujours et l’Allemagne a montré dernièrement qu’elle était prête à faire des concessions.

Une main a été tendue à François Hollande et les Allemands devraient être très vite à l’écoute du nouveau gouvernement.

Angela Merkel refuse de renégocier le Pacte budgétaire en cours de ratification, ce que souhaite à l’inverse le nouveau chef de l’Etat français. Comment les deux pays pourront-ils surmonter ce différent ?

Il faut préciser deux aspects. D’une part, le Pacte budgétaire n’est pas encore ratifié, il y a donc une sorte fenêtre institutionnelle qui permet entre la signature et la ratification de faire des amendements sans remettre en cause toutes les discussions.

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D’autre part, les Allemands ont déjà fait plusieurs pas en direction de cette renégociation en indiquant que la discussion restait ouverte. Si la question porte uniquement sur la notion de croissance et d’emploi, les Allemands resteront à l’écoute d’amendements éventuels.

La divergence sur la renégociation du traité n’est pas majeure à ce point, surtout quand on connait les contestations qui commencent à naitre outre-Rhin et le désir de moins d’austérité

Beaucoup d'Etats membres ont reproché la domination du couple franco-allemand sur l'agenda européen. Faut-il un rééquilibrage, une Europe moins centrée sur ce couple ?

La notion du moteur de l’Europe reste une vérité économique et financière. Cela reste légitime tant qu’on est dans une Europe ultralibérale et uniquement économique.

A partir du moment où l’Europe est basée sur d’autres valeurs, on peut penser différemment cette Europe. C’est le point de vue de Martin Schultz, président du Parlement européen, qui déclarait mi-mars que la domination franco-allemande était logique d’un point de vue économique mais qu'elle ne l’était pas d’un point de vue "moral".

Ce qu’on voit en Grèce oblige à plus de modestie et à avoir sans doute un regard un peu moins technique sur les populations qui subissent de plein fouée la crise.


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