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Nucléaire : des stress tests … et après ?

Actualité 07.04.2011

Hier avait lieu au Parlement européen le débat sur les conséquences à tirer de la catastrophe de Fukushima, au Japon. La centrale nucléaire nippone a en effet subi les répercussions du tremblement de terre et du tsunami qui ont frappé l'île il y a quelques semaines. Un accident nucléaire qui a vivement relancé le débat sur le recours à l'énergie nucléaire en Europe. Alors qu'une résolution est soumise aux votes ce matin en session plénière, retour sur les enjeux du débat.

Un Parlement européen qui fait bloc sur les stress tests … 

Les centrales nucléaires produisent aujourd'hui près d'un tiers de l'électricité et 15% de l'énergie consommée dans l'Union européenne. La majeure partie des réacteurs nucléaires aujourd'hui en activité se situent aujourd'hui sur le territoire européen, même si tous les Etats membres n'en ont pas construit. Ainsi, on compte actuellement 144 réacteurs opérationnels dans 16 Etats membres, et 6 en construction. L'Etat membre possédant le plus de réacteurs en activité est la France, qui en compte 59.

Voir le comparatif

Hier dans l'hémicycle, les eurodéputés se sont réunis pour débattre avec la Commission européenne et la présidence hongroise du Conseil de l'Union européenne des conséquences à tirer en Europe de la catastrophe nucléaire de Fukushima.

La ministre hongroise chargée des Affaires européennes, Enikö Györi, a rappelé la décision prise par le Conseil européen de soumettre les centrales nucléaires européennes à des 'stress tests', sur le même modèle que ceux imposés aux banques suite à la crise.

Présent lors de ce débat, le commissaire chargé de l'Energie, Günther Oettinger, a rappelé que ces tests de résistance visent à évaluer la capacité des centrales à résister à trois types de 'stress' : les tremblements de terre et les inondations, les défaillances internes aux centrales elles-mêmes, et enfin les cyber-attaques ou les chutes d'avion sur les centrales. Il a précisé que selon les demandes du Conseil les autorités chargées de mettre en œuvre ces tests communiqueront à la mi-mai les critères retenus pour ces évaluations, ces dernières devant être terminées pour la fin de l'année 2011.

Le commissaire a également indiqué que, les radiations ne s'arrêtant pas aux frontières, l'Union européenne travaillerait étroitement avec ses voisins afin que des évaluations soient également menées dans leurs centrales. La Commission européenne a ainsi d'ores et déjà pris contact avec la Russie et l'Ukraine, et devrait le faire dans les jours à venir avec la Suisse et l'Arménie. Seront également impliqués les pays qui envisagent de construire des centrales, comme la Turquie.

Comme le démontre la résolution soumise au vote de la plénière ce matin, les conditions de mise en œuvre de ces stress tests font consensus au sein du Parlement. Ainsi, comme l'ont rappelé plusieurs eurodéputés, à l'instar de la présidente de la délégation française des socialistes au Parlement européen Catherine Trautmann, "les stress tests doivent être effectués par des autorités indépendantes et de façon transparente". Une indépendance remise en cause par Corinne Lepage (ADLE) qui a également demandé que soient rendues publiques les conclusions de ces expertises.

… mais qui reste divisé sur la question de la sortie du nucléaire

Mais le véritable enjeu du débat porte sur les conséquences à tirer de ces stress tests. Certes, il semble convenu que les centrales nucléaires qui ne passeront pas l'évaluation devront être fermées. Mais l'Europe ne semble pas encore prête à s'entendre sur le principe d'une sortie du nucléaire, sur un calendrier, et sur les moyens d'accompagner cette sortie.

Le commissaire Oettinger a ainsi précisé qu'une décision européenne sur ce sujet lui paraissait pour l'instant hors de portée, les Etats membres souhaitant conserver la main dans ce domaine. Il a également souligné les grandes disparités en Europe concernant le nucléaire : alors que la France produit 76% de son électricité en utilisant cette ressource, cela ne concerne que 1% de l'énergie autrichienne (voir comparatif en encadré).

Au sein du Parlement, les clivages nationaux sur cet enjeu se retrouvent clairement : alors qu'Alain Lamassoure (PPE) soulignait hier devant la presse qu'il jugeait 'prématurée' et même 'absurde' la décision prise par l'Allemagne de fermer certaines de ses centrales avant même le résultat des stress tests, son collègue allemand M. Liese (PPE également), appelait lors du débat à se tourner vers les énergies renouvelables.

Une sortie du nucléaire est aujourd'hui soutenue par de nombreux groupes politiques au Parlement dont les Verts bien entendu, mais également les Socialistes. Les points de divergence sont donc ailleurs.

En effet, le Parlement ne semble pas encore réussir à s'accorder sur le calendrier à mettre en place pour cette sortie du nucléaire, alors que la date de 2050 est régulièrement évoquée. Mais comment assurer la transition ? Comment continuer à assurer l'approvisionnement en énergie dans l'ensemble de l'Union tout en augmentant son indépendance énergétique ? Que faire du secteur du nucléaire, très important notamment en France, pour éviter un choc économique trop important ?

Autant de questions qui pourraient influer sur le vote de la résolution, ce matin dans l'hémicycle.