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Nouvel épisode dans le conflit turco-chypriote

Actualité 20.09.2011

Le conflit entre la Turquie et la République de Chypre est une nouvelle fois exacerbé depuis que cette dernière a annoncé son intention de lancer des explorations de gaz et de pétrole dans la Méditerranée. Le Premier ministre turc Tayyip Erdogan a vivement réagi en annonçant à son tour une possible exploration de gaz dans la même zone, tout en n'excluant pas une présence militaire à ses côtés.

La semaine dernière, la République de Chypre a annoncé son intention de mener des exploitations de gaz et de pétrole au large de l'île divisée. Cette recherche sera faite en coordination avec Israël, un accord délimitant les zones économiques exclusives entre les deux pays rendant possible cette coopération commune. Cette région méditerranéenne regorge en effet de grandes réserves de gaz sous-marines.

En réaction à cette annonce, la Turquie a vivement contesté le droit de Chypre à mener une telle opération. Ankara souligne en effet qu'elle ne peut le faire tant que l'île n'est pas unifiée. Le gouvernement turc a également annoncé son intention de conclure un accord similaire avec la République turque de Chypre du Nord. Dénonçant un acte provocateur, Nicosie a souligné qu'un tel accord serait illégal au regard du droit international.

De vives tensions dans les relations entre la Turquie et Israël

Mai 2010 : reprise des négociations entre les deux communautés hypriotes

Juillet 2008 :
acceptation du principe d'une "fédération bi-communale et bizonale basée sur l'égalité politique" comprenant un gouvernement fédéral ayant la personnalité morale à l'international et deux Etats fédérés grec et turc totalement égalitaires.

Décembre 2006
: écartement de 8 chapitres de négociations, la Turquie refusant d'appliquer à Chypre le protocole dit d'Ankara.

2004 : relance des négociations d'adhésion de la Turquie à l'UE. Entrée de Chypre dans l'UE.

Avril 2003 : le traité d'adhésion de Chypre à l'UE est signé.

Janvier 2002 : début des négociations directes entre turcs et chypriotes

Mars 1998
: début des négociations d'adhésion de Chypre à l'UE.

Décembre 1997 : le Conseil européen de Luxembourg décide d'écarter la Turquie comme candidate potentielle de l'UE.

Juin 1993 : la Commission européenne estime recevable la demande d'adhésion de Chypre à la CE.

Juillet 1990 : la République de Chypre demande son adhésion à la CE.

Février 1990 : début de l'Union douanière euro-turque.

Avril 1987 : dépôt formel d'une candidature de la Turquie pour une adhésion à la CE.

1977 : signature sous l'égide de l'ONU d'un accord basé sur le principe d'un Etat fédéral bi-communautaire, bi-zonal et non-aligné.

1974 : division de Chypre en deux territoires : la République turque de Chypre du Nord et la Réublique de Chypre (Sud).

Mais la crispation turque vient également de la coopération de Chypre avec Israël. Depuis mai 2010, la Turquie souhaite que l'Etat hébreu s'excuse officiellement suite à la mort de neuf de ses ressortissants lors d'un raid israélien contre une flottille se rendant vers la Bande de Gaza. En réponse à cet incident, Ankara a expulsé l'ambassadeur israélien de son territoire et a suspendu ses accords militaires avec Israël.

Pour contrer l'annonce chypriote, le Premier ministre turc Tayyip Erdogan a signifié qu'il lancera aussi des travaux d'exploitation dans leur zone d'exclusion économique dès la semaine prochaine. Début septembre déjà, il avait mis en garde Israël sur sa coopération avec Chypre affirmant qu'"Israël et Chypre ne seront pas les propriétaires de ces droits (d'exploitation)".

L'offensive turque est donc dirigée contre Israël comme l'a clairement laissé entendre le discours de Tayyip Erdogan sur Al-Jazira le 9 septembre 2011 : "La Turquie sera ferme sur son droit à contrôler les eaux territoriales dans l'Est de la Méditerranée" et "a entrepris des mesures pour empêcher Israël d'exploiter unilatéralement les ressources naturelles de cette région".

Mais le comportement d'Ankara s'avère plus violent. En effet, les bateaux d'exploitation turcs seront encadrés militairement : "Que ce soient nos frégates et divers navires d’assaut, ou que ce soient nos forces aériennes, tous deux seront sur zone pour surveiller ce qui s’y passe », précise Tayyip Erdogan.

Une menace pesant sur les négociations d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne

L'Union européenne a vivement condamné la démarche turque. Maja Kocijancik, porte-parole de la haute-représentante de l'Union pour les Affaires étrangères Catherine Ashton, a appelé la Turquie "à s'abstenir de toute sorte de menace, ou sources de frictions, ou d'actions qui pourraient affecter de manière négative ses relations avec Chypre".

Le ministre turc de l'Energie, Taner Yildiz, a annoncé que le projet de forage chypriote pourrait cependant accélérer une décision d'Ankara concernant ses relations avec les 27.

L'Union européenne est en effet en charge d'amener la zone turque de Chypre (Nord) et la République de Chypre (grecque), séparées depuis 1974, à une réconciliation, se substituant ainsi au Nations-Unies. Maja Kocijancik a ainsi rappelé que "l'UE souhaitait une 'solution globale' de ce problème, et que 'toutes les parties devraient faire  preuve de retenue et faire  leur possible pour faciliter le succès du processus' de pourparlers entre Chypriotes grecs et Chypriotes turcs".

Or la question chypriote est liée à la question de l'adhésion de la Turquie et inversement, l'adhésion de la Turquie à l'UE est liée également à la question chypriote. Dans ce contexte, en 2006, Tayyip Erdogan avait affirmé qu'" il préférerait suspendre les négociations que de faire des concessions sur la question chypriote. Tant que les Chypriotes turcs resteront isolés, nous n'ouvrirons ni nos ports ni nos aéroports. Tant pis si les négociations [avec l'UE] s'arrêtent".

Le vice Premier ministre turc, Besir Atalay a cette semaine réaffirmé ses menaces de geler les relations avec l'UE si une solution n'était pas trouvée au sujet de la division de Chypre lorsque la présidence tournante du Conseil de l'UE reviendra à la République de Chypre en juillet 2012. Ce sur quoi la porte-parole de la haute représentante a répondu qu'un changement de calendrier des présidences n'était pas à l'ordre du jour.