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Nouveau gouvernement Tsipras : et maintenant ?

Actualité 25.09.2015

Réélu le 20 septembre dernier après une démission surprise un mois avant, Alexis Tsipras reprend les rênes du pays. La première tâche pour le nouveau Premier ministre consiste à créer un gouvernement de coalition, avec le précédent parti allié, les "Grecs indépendants" (ANEL) de Panos Kammenos. Mais il lui faut surtout faire face aux créanciers qui attendent une nouvelle fois du jeune dirigeant des résultats concrets sur les réformes annoncées. Car même après le 'non' au référendum du mois de juillet, la Grèce doit mettre en œuvre l'accord conclu le 14 août sur le nouveau mémorandum et répondre aux exigences de ce troisième plan d'aide conclu avec Bruxelles.

Les hommes de confiance du gouvernement Tsipras 2

Le nouveau gouvernement d'Alexis Tsipras n'offre pas de grand changement : il s'agira d'une nouvelle coalition entre la gauche radicale Syriza et les Grecs indépendants (ANEL) qui ont remporté 10 sièges. Les deux partis ont déjà travaillé ensemble et disposeront d'une marge de manoeuvre très faible dans un contexte économique très fragile.

Moins de vingt-quatre heures après avoir prêté serment, la nouvelle équipe doit déjà faire face à une première difficulté. Le secrétaire d’État aux Infrastructures Dimitris Kammenos vient en effet d'être contraint de démissionner par Alexis Tsipras dans la nuit du 23 au 24 septembre. Issue du parti Anel, M. Kammenos est accusé d’avoir tenu des propos antisémites et homophobes et d'avoir comparé le plan de redressement proposé par les créanciers européens avec le camp d’extermination d’Auschwitz. Un 'couac' dont le Premier ministre à nouveau au pouvoir aurait aimé se passer.

Dans ce gouvernement de "continuité", Alexis Tsipras a choisi de reconduire certains hommes forts de son précédent gouvernement. Parmi eux figure l'homme clé des négociations de cet été, Euclide Tsakalotos, ministre des Finances. Après l'inconstant Yannis Varoufakis, la nomination de cet économiste rassurera la Commission européenne qui compte bien sur son pragmatisme et son aplomb pour faire respecter le troisième plan d'aide. Tsakalotos sera secondé par Georges Chouliarakis, chargé de la comptabilité générale de l’Etat. Un spécialiste du dossier grec qui a longtemps fait partie de l'équipe de négociations. Appartenant également à la garde rapprochée de Tsipras, Yannis Dragasakis reste vice-président du gouvernement, et Georges Stathakis obtient le portefeuille de l’Economie, du Développement et du Tourisme. Ils constituent à eux quatre les hommes de confiance du Premier ministre qui auront la lourde tâche de coordonner l'application du mémorandum.

Le chef du parti souverainiste des Grecs indépendants Panos Kammenos conserve le ministère de la Défense. Le portefeuille de l'Intérieur est attribué à Panayotis Kouroublis, ancien ministre de la Santé. Ioannis Mouzalas, ministre sortant du gouvernement par intérim, dont l'action sur l'afflux des migrants en Grèce a été efficace, conserve son portefeuille.

A noter, le rôle et la nomination d’Alexis Haritsis. En tant que ministre délégué à la Gestion des fonds structurels européens, il devra gérer l’allocation des fonds européens. Un poste clé pour les créanciers, qui souhaitent mieux contrôler les fonds attribués à la Grèce.

Au total, le nouveau gouvernement comprend seize ministres et une trentaine de ministres adjoints et de secrétaires d'Etat, dont sept femmes.

Un troisième plan d'aide sur les rails

Après le référendum du 5 juillet et la poursuite de nouvelles négociations, Alexis Tsipras et ses partenaires de la zone euro ont trouvé un accord le 13 juillet, validé par l'Eurogroupe le 14 août, qui lui impose de nouvelles mesures drastiques. Le troisième programme d’ajustement économique pour la Grèce a débuté officiellement lors de la signature du protocole d’accord le 19 août. D'une durée de trois ans, le programme court donc jusqu’en août 2018.

Le programme de réformes inscrit dans le protocole d’accord s’articule autour de quatre piliers : rétablir la viabilité des finances publiques, garantir la stabilité financière, renforcer la compétitivité et la croissance et moderniser l’État et l’administration publique. Parmi les réformes attendues, figurent les réformes de la santé, des retraites et du secteur bancaire, et la reprise des privatisations sur laquelle Alexis Tsipras s'opposait jusqu'à présent.

L’enveloppe financière pour toute la durée du programme s'élève à 86 milliards d’euros. Selon la Commission européenne, il comprend un "coussin" allant jusqu’à 25 milliards d’euros pour faire face aux éventuels besoins de recapitalisation des banques et aux éventuels coûts de résolution.

Dans un premier temps, ce troisième plan d'aide ne sera cofinancé que par l'Union européenne. Le Fonds monétaire international, qui a assuré lundi dans un communiqué, "attendre avec impatience de travailler avec le nouveau gouvernement sur les mesures nécessaires pour mettre la Grèce sur le chemin d'une croissance durable" doit se réunir courant octobre.

Les réunions reprennent donc entre Athènes et Bruxelles. Alexis Tsipras doit rencontrer prochainement la chancelière allemande Angela Merkel et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. Ce dernier l'a félicité en début de semaine et lui a rappelé qu'il y a "beaucoup de travail à faire et pas de temps à perdre".

 

Tsipras réélu : mènera-t-il une politique d’austérité de gauche ? Par 28 minutes d'Arte (1'43)