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Nonna Mayer : "Les partis de droite extrême sont encore les derniers à vendre du rêve"

Vidéo 29.01.2014

Les partis populistes ont-ils changé ? Quelles sont les raisons de leurs succès actuels ? Vont-ils continuer à progresser ? A l'approche des élections européennes, la politologue Nonna Mayer répond à nos questions sur la récente transformation de ces partis dans les Etats membres de l'Union européenne.

Les habits neufs du populisme

Nonna Mayer est politologue, directrice de recherche au CNRS et chercheuse au Centre d’études européennes de Sciences-Po. Spécialiste des droites extrêmes, elle a consacré plusieurs livres et articles à l'analyse des partis populistes en Europe, et notamment au Front national en France.

Interrogée lors d'un colloque sur la montée des populismes en Europe, Nonna Mayer considère, à propos du parti de Marine Le Pen, que "le coeur de son programme n'a pas changé". La base programmatique du Front national est toujours "la préférence nationale : réserver les emplois, les logements, les aides sociales… aux Français". Ce qui change, c'est à la fois "la manière de le dire" et "l'ennemi principal", à savoir l'Islam.

Comme les autres partis populistes en Europe, le Front national est ainsi parvenu à renverser le discours afin de devenir "démocratie-compatible". L'idée qu'il véhicule ainsi est que, contre l'Islam, "c'est le FN qui défend les valeurs de la démocratie, de la République : la laïcité, les droits des femmes, des homosexuels, des juifs…"

Mais tous ces partis sont bien, contrairement à ce que prétend par exemple Marine Le Pen et avant elle son père à propos du FN, "de droite extrême". Bien qu'ils n'aient "rien à voir avec l'extrême-droite des années 1930", non seulement ils "appartiennent à la droite, dans leur rapport à l'autorité, à la hiérarchie, à l'ordre et au rejet des étrangers, des immigrés, de l'autre", mais de plus "ils vont beaucoup plus loin que tous les autres. Ce sont ces idées portées à l'incandescence".

Contre l'usure du socle partisan et la mondialisation, le "rêve" de la droite extrême

Or depuis plusieurs années, ces partis rencontrent un succès important, traduit lors des scrutins électoraux, dans un certain nombre de pays d'Europe. Comment expliquer un tel engouement ? "Le contexte est porteur", juge la politologue. "C'est celui de la mondialisation", dont la construction européenne représente "la forme la plus concrète". Dès lors, une partie des travailleurs se sent particulièrement exposée et vulnérable.

Contre les partis traditionnels, la force des populismes leur vient aussi du manque d'exercice du pouvoir… Leurs programmes et leurs leaders ont, pour une partie de la population, le mérite d'être facilement compréhensibles et de proposer des mesures qui apparaissent à la fois novatrices et simples à mettre en œuvre. "Paradoxalement, ces partis de droite extrême sont les derniers à vendre du rêve…", constate ainsi Nonna Mayer.