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Nicolas Sarkozy condamne la décision russe sur l'autonomie de l'Ossétie du Sud

Actualité 26.08.2008

Alors qu'une réunion extraordinaire du Conseil européen doit avoir lieu lundi 1er septembre pour traiter de la situation en Géorgie, la Russie vient d'annoncer qu'elle reconnaissait l'indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. Une décision vivement condamnée par Nicolas Sarkozy, Président en exercice de l'Union européenne, qui a rappelé son attachement à l'intégrité territoriale de la Géorgie.

Contexte

Vendredi 8 août 2008, la Géorgie a lancé une offensive dans la province séparatiste d'Ossétie du Sud qui a fait sécession il y a plus de 15 ans. Alors que les troupes géorgiennes prennent la "capitale" de la Province, les Russes, alliés des Ossètes, ripostent et bombardent la ville géorgienne de Gori.

Très vite, les combats tournent à l'avantage de la Russie qui bombarde le port de Poti sur la mer Noire. Dès le Samedi 9 août, le Président géorgien propose, en vain, un cessez-le-feu à la Russie et annonce le lendemain un retrait quasi-complet de ses troupes, permettant ainsi à la Russie de prendre le contrôle de Tskhinvali, "capitale" sud-ossète.

Mais les Russes poursuivent les opérations militaires, franchissent la ligne de démarcation prenant ainsi la ville géorgienne de Senaki et rejettent les propositions de l'Union européenne pour un cessez-le-feu avec la Géorgie. Président en exercice de l'Union européenne, Nicolas Sarkozy s'est rendu, mardi 12 août, à Moscou puis à Tbilissi, capitale géorgienne pour négocier directement avec les dirigeants des deux pays.

L'Union européenne au cœur des négociations russo-géorgiennes

Après avoir obtenu l'engagement d'un cessez-le-feu russe, Nicolas Sarkozy, président en exercice de l'Union européenne, s'est rendu à Moscou où il a rencontré le Président russe Dmitri Medvedev et son premier ministre Vladimir Poutine.

Cinq heures de négociations ont été nécessaires pour que les trois hommes aboutissent à un plan de paix en six points que le président en titre de l'Union européenne a ensuite présenté à Mikhaïl Saakachvili. Ce plan est une version amendée et enrichie de l'ancien plan proposé par l'Union européenne et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), signé la veille par le président géorgien.
1 million d'euros d'aide humanitaire

C'est la somme dégagée par la Commission européenne pour aider à couvrir les besoins des populations touchées par les combats en Ossétie du Sud et dans le reste de la Géorgie.

Le Haut Commissariat aux réfugiés a annoncé mardi 12 août qu'au moins 100 000 personnes ont été déplacées à cause du conflit entre la Russie et la Géorgie. 

Le service d'aide humanitaire de la Commission européenne est présent en Géorgie depuis 1993 et a fourni, aide d'urgence actuelle non compris, 104 millions d'euros d'aide humanitaire.

Les six points de ce nouveau plan sont :

  • Un accord sur le non-recours à la force.

  • L'arrêt de l'ensemble des actions militaires.

  • Le libre accès pour l'aide humanitaire.

  • Le retour des forces armées géorgiennes dans leurs bases permanentes.

  • Le retour des forces armées russes sur les positions qu'elles occupaient avant le début des hostilités. Dans l'attente d'un mécanisme international, les forces de paix russes pourront mettre en œuvre des mesures supplémentaires de sécurité.

  • Le lancement de négociations internationales sur le statut de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, les deux territoires séparatistes pro-russes de Géorgie, et sur les moyens d'y assurer la sécurité.


Changement de taille, par rapport au premier plan de paix accepté par la Géorgie, le principe de l'intégrité territoriale géorgienne n'apparaît pas dans le texte au profit du respect de la souveraineté de la Géorgie. Un autre sort que le retour dans le giron géorgien serait donc envisageable pour les provinces d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie.

Une proposition qui semble loin d'être acceptable pour le président Saakachvili. Il a, en effet, accepté le plan de paix proposé par Nicolas Sarkozy à condition que soit écarté la perspective de discussions ultérieures sur le statut de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.

Bien que ce changement dans le texte ait reçu l'accord du président russe, les questions de fond sur la souveraineté de la Géorgie sur ses provinces d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie semblent loin d'être résolues. Le premier ministre russe Vladimir Poutine a ainsi déclaré que la Géorgie avait porté un "coup mortel" à son intégrité territoriale en faisant entrer ses troupes en Ossétie du Sud.

Le Parlement européen soutient la Géorgie, mais ne lui ôte pas toute responsabilité

Réunis en session extraordinaire à Bruxelles le 20 août, les eurodéputés de la la commission des affaires étrangères, la sous-commission de la sécurité et de la défense et la délégation pour les relations avec le Caucase du sud ont accueilli Eka Tkeshelashvili, ministre géorgien des Affaires étrangères.

Me Tkeshelashvili a rappelé aux représentants du Parlement européen que le retrait des troupes russes de la région d'Ossétie du Sud, qui aurait du être effectif vendredi 22 août, était loin d'être accompli. Elle a également insisté sur les problèmes humanitaires que causent cette occupation, et a demandé à l'Union européenne d'envoyer une force de maintien de la paix sur place.

Un appel qui a été soutenu par une large majorité des députés présents, notamment ceux des pays d'Europe de l'Est qui ont vécu sous le joug russe pendant plus de quarante ans. Ces derniers ont même demandé que l'Union fasse pression sur le gouvernement russe en menaçant de geler les négociations du nouvel accord bilatéral.

Ce soutien fort à la Géorgie n'a cependant pas empêché un certain nombre de députés, dont le socialiste allemand Klaus Hänsch, de rappeler que la Géorgie a également une part de responsabilité dans ce conflit puisqu'elle est à l'origine de la première attaque. Il a donc appelé l'Union européenne à la prudence, ou du moins à la nuance, précisant que "la façon dont nous agissons aujourd'hui en Géorgie servira d'exemple pour le futur".

Un Conseil européen pour discuter de la situation en Géorgie

Vendredi 22 août, les Russes ont affirmé avoir effectué un retrait complet de leurs troupes, se conformant ainsi à l'accord de cessez-le-feu. Un point de vue que sont loin de partager les Occidentaux.

Si les troupes russes se sont bien retirées d'une partie du territoire géorgien, le porte-parole de l'état-major russe a annoncé que les "Forces de maintien de la paix" allaient rester non seulement autour de l'Ossétie du Sud, comme prévu dans l'accord, mais également dans une zone tampon semblable, plus étendue, au sud de l'Abkhazie.

Face au refus constant de la Russie de se retirer de cette zone, le chef de l'Etat, Nicolas Sarkozy, a annoncé la convocation lundi 1er septembre d'une réunion extraordinaire du Conseil européen pour discuter de l'aide à la Géorgie et de l'avenir des relations avec la Russie. Ce Conseil européen répond à la demande formulée par la Pologne et plusieurs Etats européens ayant été sous le joug soviétique pendant la Guerre Froide.

Les avis divergent en effet sur la position à tenir face à la Russie. La Pologne et les pays d'Europe de l'Est sont favorables à une très grande fermeté alors que la France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie penchent pour une position plus équilibrée mêlant fermeté et dialogue.

Cette réunion extraordinaire comportera donc deux volets. Le premier, concernant l'aide à la Géorgie, portera essentiellement sur la question de l'aide humanitaire, de la reconstruction du pays et de la capacité de l'Union européenne à envoyer des observateurs sur le terrain pour accélérer la mise en œuvre du mécanisme international prévu par l'accord de cessez-le-feu.

Le second volet concerne les relations de l'UE avec la Russie. Dans le respect des divergences d'appréciation entre Etats européens, la France souhaite plaider pour une position unie sur le dossier russe, ce qui permettrait, pour la première fois, à l'Europe d'émerger comme un acteur global majeur.

La France souhaite donner une semaine à la Russie pour finir d'évacuer Poti et Senaki et déployer le "mécanisme international" des observateurs étrangers qui doivent prendre le relais de l'armée russe. Tout en maintenant le dialogue, pour éviter un risque de chantage à l'énergie, dont l'Europe de l'Est est très dépendante, la France souhaite que l'Europe reste intransigeante face à la Russie.

La reconnaissance russe de l'indépendance de l'Ossétie du Sud

Moins d'une semaine avant la réunion extraordinaire du Conseil européen qui doit traiter de la situation en Géorgie, et qui a également prévu d'aborder la question des relations diplomatiques entre l'Union européenne et la Russie suite au conflit, les autorités russes ont annoncé, mardi 26 août, qu'elles reconnaissaient l'indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud.

Une décision qui a été rapidement et vivement condamnée par Nicolas Sarkozy, chef de l'Etat français et Président en exercice de l'Union européenne. Dans un communiqué officiel, il a précisé que cette décision est "contraire aux principes d’indépendance, de souveraineté et d’intégrité territoriale de la Géorgie, reconnus par la Charte des Nations Unies, l’Acte final de la conférence sur la sécurité et la coopération en Europe et les Résolutions pertinentes du Conseil de sécurité."

La Présidence française du Conseil de l'UE a également rappelé "avec force son attachement au principe d’intégrité territoriale de la Géorgie dans ses frontières internationalement reconnues."

La Présidence française de l'UE, qui a joué un rôle de médiateur dans la résolution du conflit entre la Russie et la Géorgie qui a commencé début août, a appelé à "une solution politique des conflits en Géorgie" et a précisé qu'elle "examinera de ce point de vue les conséquences de la décision de la Russie".

 



Sources

Déclaration de La Présidence du Conseil de l’Union européenne après la reconnaissance par les autorités russes de l’indépendance de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud - 26/08/08 - Présidence de la République française
Conseil européen exceptionnel sur la Géorgie - Présidence française de l'Union européenne - 24/08/08
La ministre géorgienne des Affaires étrangères réclame l'envoi d'une mission européenne en Géorgie - Communiqué de presse - Parlement européen - 21/08/08
Communiqué de presse - Session extraordinaire du Conseil Affaires général et relations extérieures - Conseil de l'Union - 13/08/08
 La Commission européenne annonce une aide humanitaire rapide en faveur des civils touchés par le conflit entre la Géorgie et la Fédération de Russie - Commission européenne - 10/08/08
 Conseil général affaires extérieures consacré à la situation en Géorgie - Présidence française de l'Union européenne - 13/08/08