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Nicolas Bouzou : "Il ne faut pas attendre grand chose du G20"

Actualité 02.04.2009

Alors que les dirigeants des 20 pays les plus riches au monde tentent de trouver une solution à la crise économique à Londres, Touteleurope.fr a rencontré l'économiste Nicolas Bouzou, directeur et fondateur de la société d'études Asterès, directeur d'études au sein du MBA Law and Management (université Paris-II-Assas).

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"Il ne faut pas tomber dans le panneau du protectionnisme"

54%

C'est le pourcentage d'Européens qui se déclarent en faveur du protectionnisme à l'échelle de l'Union européenne selon on sondage publié par La Tribune
Alors que le G20 s'ouvrait par un dîner officiel à Londres le soir même, La Tribune publiait mercredi 1er avril un sondage annonçant qu'une grande majorité d'Européens se déclarent en faveur du protectionnisme pour sortir de la crise économique.

Le protectionnisme à l'échelle européenne sera-t-il la solution. Pour l'économiste Nicolas Bouzou la réponse est claire : "Bien sûr que non ? Les inconvénients apportés par le protectionnisme sont bien supérieurs aux avantages".

Cependant, il avoue "ne pas être surpris par ce sondage", rappelant "qu'en période de crise on a toujours une tendance au repli sur soit et donc au protectionnisme".

Nicolas Bouzou rappelle à ce titre la crise des années 1930 pendant laquelle "cette simple volonté c'était traduite en politique économique puisque l'on avez eu des mesures protectionnistes qui avaient aggravé la récession". Et appelle les dirigeants à "ne pas tomber dans ce panneau-là" à nouveau.

4 mesures pour ne pas tomber dans le protectionnisme

La Fondation pour l'innovation politique vient de publier une étude de Nicolas Bouzou intitulée "Quatre propositions pour que l'Europe ne tombe pas dans le protectionnisme ".

Il s'agit :

  • de renforcer le potentiel d'innovation de l'Union européenne. "Cela passe par des investissements accrus en recherche et développement", domaines dans lequel "nous avons un déficit en Europe" explique Nicolas Bouzou. Il s'agit notamment de faire des incitations fiscales. Il propose à ce titre un rapprochement de la recherche publique et de la recherche privée, à l'image des Etats-Unis ;

  • de renforcer le financement en matière d'innovation, en "faisant venir les capitaux privés vers les PME en forte croissance", encore une fois pour ne pas se laisser distancier par les Etats-Unis. Nicolas Bouzou souligne là encore qu'il est "important que cela se fasse au niveau communautaire" ;

  • de "continuer à harmoniser nos normes et réglementations à l'intérieur du marché européen", pour "qu'une entreprise qui naît en France ou en Allemagne puisse (...) s'adresser au marché européen". Il faut donc "parachever notre marché unique, en particulier dans le domaine des services, qui est le plus dynamique";

  • une "meilleure coordination des politiques économiques, et en particulier des politiques budgétaires". Il ne faut pas pour autant "une politique budgétaire unique fondée sur un budget européen complétement mutualisé, mais il faut trouver des instances de coordination, notamment des plans de relance".

"Le G20 est une instance de concertation, elle ne prend pas de décisions"

Que peut-on attendre du G20 de Londres ? "Beaucoup moins de choses que ce qu'on en attend aujourd'hui" répond Nicolas Bouzou. En effet, l'économiste explique que "le G20 est finalement une instance de concertation, ce n'est pas là qu'on prend des décisions".

De plus, "les problèmes que l'on a à régler, notamment en matière de régulation financière, sont des problèmes extrêmement complexes, extrêmement précis".

Pour Nicolas Bouzou "ce n'est pas un seul G20 qui va permettre de régler ces problèmes". Ce G20 "est très utile, mais pour mettre sur la table un agenda, pas pour résoudre des problèmes, c'est beaucoup trop tôt".