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Muhamedin Kullashi : "il est plus difficile aujourd'hui d'entrer dans l'UE mais nous l'assumons"

Actualité 29.11.2012

A l'occasion d'une conférence organisée par la DILA et Toute l'Europe, l'Ambassadeur de la République du Kosovo à Paris, Son Excellence Muhamedin Kullashi, revient sur le processus d'intégration européenne de son pays. Treize ans après la fin de la guerre, le pays poursuit à vive allure sa reconstruction économique et politique tout en respectant à la lettre les critères de la Commission européenne pour franchir de nouvelles étapes et décrocher son entrée dans l'Union. Entretien.

Adhésion à l'UE : la Serbie et la reconnaissance du Kosovo

L'indépendance du Kosovo a été reconnue par 22 pays membres de l'UE, dont la France le 18 février 2008, au lendemain de sa déclaration d’indépendance. Parmi les pays refusant de reconnaître le pays se trouve son voisin la Serbie. Une situation diplomatique compliquée que Bruxelles tente de gérer. Le 16 octobre dernier, le président serbe Tomislav Nikolic a déclaré que la Serbie renoncerait à rejoindre l’Union européenne si Bruxelles venait à lui demander officiellement de reconnaître le Kosovo. "Si l’on nous pose officiellement la condition de choisir entre l’UE et le Kosovo, nous renoncerons à la voie européenne", a déclaré M. Nikolic.

Principales dates

Novembre 2012 : adhésion du Kosovo à la BERD.
Avril 2011 : Election d'Atifete Jahjaga
2008 : Mise en place de la mission EULEX
17 février 2008 : le Kosovo déclare son indépendance
10 juin 1999 : la résolution 1244 du Conseil de sécurité place le Kosovo sous l’autorité provisoire des Nations unies
1998 : Les forces de Milosevic répriment brutalement l'UCK et ses partisans.
1997 : Apparition de l'Armée de libération du Kosovo (UCK), qui engage une guérilla contre les forces serbes.
1992 : Rugova, élu "président" du Kosovo, prône la résistance passive pour obtenir l'indépendance et organise des institutions parallèles.
1989 : Milosevic fait réviser la constitution serbe, réduisant considérablement l'autonomie du Kosovo.
1946 : Le Kosovo est intégré à la Fédération yougoslave de Tito.

"Il y a eu plusieurs déclarations inquiétantes de la part de M. Nikolic", reconnaît Muhamedin Kullashi. "Déjà, au moment de son élection, il avait nié le génocide de Srebrenica, ce qui a beaucoup choqué. De plus, son Premier ministre a été le Porte-parole de Milosevic pendant les quatre guerres".

Mais l'Ambassadeur du Kosovo se veut optimiste. "Nous avons l'impression qu'une attitude pragmatique pourrait se dégager de la part du gouvernement en Serbie, notamment grâce au travail de l'Union européenne".

Pour M. Kullashi "il faut noter tout de même une avancée par rapport à l'équipe précédente : le Premier ministre actuel de la Serbie et celui du Kosovo se sont rencontrés à deux reprises avec Mme Ashton et ce n'était pas des rencontres de courtoisie mais des rencontres sur des questions concrètes. Au mois de décembre il y aura une autre rencontre".

"Il y a une ambiguïté mais en même temps il y a des gestes pragmatiques" résume l'Ambassadeur qui rappelle que son pays et la Serbie "ont des intérêts réciproques" et qu'il y a un déjà  des liens très forts au niveau de la société civile.

Par ailleurs, M. Kullashi souligne l'importance de la déclaration du président du Parlement européen, Martin Schultz, qui a indiqué que la Serbie ne pourrait pas entrer dans l'UE sans la reconnaissance du Kosovo. Le message est "clair", explique M. Kullashi, et cette reconnaissance se fera "progressivement". "Pour cela il faut travailler à la normalisation" et la Serbie devrait renoncer à cette politique négative qui n'est pas la politique de bon voisinage et "permettre par exemple au Kosovo de participer aux conférences régionales".

Concernant les pays membres de l'UE qui ne reconnaissent pas le Kosovo, M. Kullashi souligne que "tous ces pays participent à tous les projets communs de l'UE au Kosovo". "C'est le poids de l'UE". "Il y a des pays qui reconnaissent nos passeports", note l'Ambassadeur qui souligne que le Kosovo a d'"excellents rapports avec la Grèce". Dans ce cas précis, "la non reconnaissance est liée au problème de Chypre".

Cette reconnaissance est "un test". "Quand on fait partie d'une famille commune, ces cinq pays devraient se poser la question de savoir quelle est l'importance de dégager une politique étrangère commune étrangère" pour l'UE.

L'intégration des Serbes a beaucoup avancé au Kosovo. "Nous avons trois ministres serbes dans le gouvernement, et une dizaine de députés qui parlent serbe". Le serbe est également la deuxième langue du pays, rappelle l'Ambassadeur. Mais "le problème qui reste comme défi est celui du Nord, un espace flou où trois communes sont gérées plutôt par la communauté internationale avec un important réseau mafieux et des structures parallèles". "La Serbie doit démanteler ces structures qui d'ailleurs ne profitent même pas à la population serbe dans cette zone sans police, sans Etat de droit".

Dans le dernier rapport de la Commission européenne, il est demandé à la Serbie de "respecter l'intégrité du Kosovo" et de "démanteler cette zone". C'est un critère pour que la Serbie continue son chemin vers une adhésion à l'Union européenne.

EULEX : une mission sans précédent

Depuis la proclamation de l'indépendance du Kosovo en février 2008, l'UE a mis en place la mission EULEX Kosovo, dans le cadre de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Composée de 2000 experts, cette "mission sans précédent par son ampleur" vise à promouvoir l'Etat de droit au Kosovo dans le domaine de la justice et des douanes.

"Avant cette mission l'UE avait déjà réalisé un travail d'intégration, de réconciliation. Les Etats-Unis ont également travaillé pour y parvenir", rappelle l'Ambassadeur. Aujourd'hui, "le rôle de la mission est multiple : travailler sur les liens inter-ethniques par l'intégration, par le travail institutionnel, et également améliorer la question de la justice". "De nombreux procès sont en cours, un ancien ministre vient notamment d'être d'être arrêté pour crimes de guerre". "Heureusement la mission Eulex est là et ce travail permet la reconstruction du pays, de ses institutions, et prépare l'avenir européen".

L'Entrée de la Croatie dans l'UE au 1er juillet 2013 : une perspective encourageante

Le 1er juillet 2013, l'UE accueillera son 28ème membre : la Croatie. Après six années de négociations (de 2005 à 2011) et une demande d'adhésion à l'UE en 2003, Zagreb a obtenu le feu vert de Bruxelles et sera ainsi, après la Slovénie en 2004, la deuxième des six ex-républiques yougoslaves à adhérer à l'UE.

Le parcours de la Croatie est "un très bon exemple pour nous tous dans la région", a indiqué l'Ambassadeur du Kosovo en soulignant le "travail patient et sérieux qui a été réalisé" en respectant les critères de la Commission européenne. "Car cela n'a pas été facile pour ce pays également touché par la guerre et qui a dû faire face à de nombreuses séquelles". De plus le pays a dû se plier aux nouvelles exigences de Bruxelles car "il est plus difficile aujourd'hui d'entrer dans l'UE mais nous l'assumons".

Le Kosovo, un modèle de parité dans les institutions pour ses voisins

Au Kosovo, la femme est très présente dans les institutions, des chiffres qui pourraient faire rougir plusieurs pays européens encore loin de la moyenne européenne (27,29%).

"Grâce à un soutien international et un travail important des associations, le Kosovo compte 33% de députées au Parlement", a tenu a souligné M. Koulashi. Aux côtés de la présidente Mme Atifete Jahjaga, deux ministres sont également des femmes, dont la ministre pour l'intégration européenne. Il faut noter également la présence de la femme dans d'autres secteurs, "un aspect encourageant", se réjouit l'Ambassadeur.

L'euro, un premier pas vers l'UE

L'euro est la monnaie officielle du Kosovo depuis le 1er janvier 2002. "Les économistes estiment que l'euro a apporté une stabilité à l'économie du Kosovo et prédisent que  cela devrait beaucoup faciliter l'entrée du Kosovo dans l'UE", indique M. Kullashi. "C'est que jusqu'ici que cela a été dur", explique l'Ambassadeur, "mais c'est une discipline que la population kosovar a accepté". "L'euro au Kosovo est un symbole qui fait signe vers l'UE", souligne l'Ambassadeur qui cite un autre symbole européen au Kosovo qui est celui du drapeau. "Choisi par une commission parlementaire parmi 900 propositions, il est un clin d'œil au drapeau européen".

L'Ambassadeur insiste également sur la rapidité avec laquelle le pays a mis en place ses réformes depuis 1999 grâce aux Européens mais également aux Américains. "Les Européens sont ceux qui ont réalisé le plus d'efforts économiques et financiers mais le rôle des Américains au Kosovo est également très important".

"Nous sommes présents au FMI, à la Banque mondiale et depuis peu à la Banque européenne de développement". "Il y a une stabilité politique portée par la liberté et par ce projet vers l'intégration européenne", résume-t-il. 

Prochaines étapes

L'Accord de stabilisation et d'association constitue la prochaine étape vers l'UE. Pour y parvenir, le pays doit notamment avancer sur trois principaux dossiers : la reconnaissance du Kosovo par la Serbie, également par les cinq Etats membres manquants, et la résolution de la question des visas. En effet le Kosovo est le seul des Balkans occidentaux à ne pas bénéficier d’un régime d’exemption de visas pour faciliter la circulation de ses ressortissants au sein de l’UE.

"Il y a une déception dans l'opinion publique qui espérait des progrès sur ce dossier", explique M. Kullashi. Pour l'Ambassadeur, qui espère que le Kosovo obtiendra cette libération, "les raisons juridiques et techniques invoquées ne sont les causes principales du problème mais beaucoup plus la situation avec la migration de la population".



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EULEX Kosovo - Union européenne

Ambassade du Kosovo à Paris