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Moyen-Orient : l'Union européenne durcit ses sanctions contre l'Iran et la Syrie

Actualité 27.06.2012

L'Union européenne est à pied d'œuvre au Moyen-Orient. Réunis lundi à Luxembourg, les ministres des Affaires étrangères ont décidé d'un embargo sur le pétrole iranien en raison de l'absence de progrès sur la question du nucléaire. De plus, les chefs de la diplomatie des Etats membres se sont prononcé en faveur d'un durcissement des sanctions à l'égard de Bachar Al-Assad après qu'un avion de chasse turc a été abattu sans sommation par l'armée syrienne.

Embargo sur le pétrole iranien

Un embargo progressif avait été décrété par les 27 Etats membres de l'Union en janvier dernier, il a été confirmé lundi à Luxembourg. "Les contrats d'importation du pétrole iranien conclus avant le 23 janvier devront être rompus d'ici au 1er juillet", indique le communiqué. A partir de cette même date, les assureurs européens ne seront plus autorisés à couvrir le transport de pétrole iranien. "Il est important que les responsables iraniens comprennent la détermination de la communauté internationale, et que nous continuerons à intensifier la pression économique", dans le cas où l'Iran continuait à ne pas se montrer coopératif concernant son programme nucléaire, a déclaré William Hague (notre photo), ministre britannique des Affaires étrangères.

Ce délai de six mois avait été prévu pour que les pays européens les plus dépendants du pétrole iranien aient le temps de trouver de nouvelles sources d'approvisionnement. Un pays comme la Grèce achetait en effet plus de 30% de son pétrole en Iran, du fait du tarif préférentiel offert par Téhéran. La Grèce était d'ailleurs le seul pays à demander un report de l'entrée en vigueur de l'embargo, dans le but de ne pas encore accroître ses difficultés budgétaires.

La décision de l'embargo avait engendré une forte réaction de la part de Téhéran, qui avait rapidement stoppé ses exportations à destination de la France et du Royaume-Uni. Les cours du pétrole avaient logiquement augmenté en flèche, pour atteindre les 120 dollars pour le baril de Brent en février. De plus, les marchés craignaient que l'Iran ne mette sa menace de fermer le détroit d'Ormuz à exécution, passage par lequel transitent 40% du trafic maritime pétrolier. Le gouvernement n'avait finalement pas fait ce choix, particulièrement pour ne pas affecter les consommations asiatiques. La Chine achète en effet 22% du pétrole iranien, le Japon 14% et l'Inde 13%. L'Union européenne, quant à elle, achetait jusqu'ici environ 20% du pétrole iranien.

Par conséquent, l'Arabie Saoudite a été contrainte d'augmenter sa propre production de pétrole afin d'éviter une nouvelle flambée des cours. Anticipant l'entrée en vigueur de l'embargo, l'offre iranienne  diminue, avec une réduction de la production comprise entre 300 000 et 800 000 barils par jour, soit le niveau le plus bas depuis 20 ans. Et la situation ne semble pas près de s'apaiser. En atteste la récente décision des Etats-Unis de restreindre ses échanges commerciaux avec les pays continuant de s'approvisionner en Iran.

La prochaine réunion entre l'Iran, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la France, le Royaume-Uni et l'Allemagne doit avoir lieu le 3 juillet à Istanbul et Catherine Ashton, chef de la diplomatie européenne, a assuré que d'autres moyens sont envisagés "pour convaincre l'Iran de négocier" avec la communauté internationale.

Seizième train de sanctions contre la Syrie

Après de nombreux mois de condamnations répétées de la part de l'Union européenne et des pays membres de l'OTAN, les troubles en Syrie ont connu un nouveau rebondissement, vendredi. En effet, un avion militaire turc, traversant l'espace syrien, a été abattu sans sommation par les autorités syriennes. S'élevant unanimement contre cette "attaque inacceptable", les pays de l'Union européenne ont renforcé, pour la seizième fois, leurs pressions sur le pouvoir de Damas, toujours dans l'optique d'éviter une escalade de la violence. Ce dernier train de sanctions vise de nouvelles sociétés et des ministères, et est assorti d'un durcissement de l'embargo sur les ventes d'armes.

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé mardi que le régime de Bachar Al-Assad, président syrien, était "une menace ouverte et proche pour la sécurité de la Turquie". "Le peuple syrien est notre frère. La Turquie soutiendra le peuple syrien de toutes les manières nécessaires jusqu'à ce qu'il se sauve de l'oppression, du massacre de ce dictateur sanguinaire et de sa clique", a assuré M. Erdogan. Ahmet Davutoglu, ministre turc des Affaires étrangère a quant à lui prévenu que "personne ne peut se permettre de mettre à l'épreuve les capacités militaires de la Turquie", ajoutant néanmoins que l'option militaire n'était pas d'actualité dans l'immédiat.

Les positions turques ont naturellement été défendues par les ministres européens des Affaires étrangères. Qualifiant cet acte d'inacceptable, les ministres ont loué la réaction "très posée" de la Turquie. "Il est important que toutes les forces comprennent que la désescalade est désormais décisive", a déclaré Guido Westervelle, chef de la diplomatie allemande. Selon Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, "des organismes bancaires et de télécoms", en plus des ministères syriens de la Défense et de l'Intérieur, seront touchés par les sanctions européennes, comprenant des gels d'avoirs.

Mardi, les ambassadeurs des pays membres de l'OTAN ont, à leur tour, abondé dans le sens de l'Union européenne et condamné l'attaque syrienne. Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l'Alliance atlantique, a rappelé sur la sécurité des pays membres est "indivisible" et que les "développement à la frontières sud-est de l'OTAN continueront à être suivis de très près et avec une grande préoccupation". En outre, l'OTAN a également écarté la possibilité d'une intervention militaire, rejetée depuis les débuts des tensions. Toutefois, l'acte hostile dont a été victime la Turquie oblige l'Alliance atlantique à s'impliquer encore davantage sur le dossier syrien. Ankara a en effet saisi ses partenaires en vertu de l'article 4 du Traité de Washington, qui prévoit une consultation lorsqu'un Etat membre juge que sa sécurité, son indépendance, ou son intégrité territoriale, sont menacés.