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"Model European Union" : les institutions européennes comme si vous y étiez

Actualité 12.09.2018 François Pène

Du 4 au 8 septembre 2018 a eu lieu la première édition parisienne du Model European Union (MEU). Se transformant pour la semaine en acteurs de la vie politique européenne, une centaine d'étudiants et jeunes actifs venus d'une trentaine de pays ont participé à cette simulation. Entre leurs mains, de vraies propositions de réglementations européennes.

Simulation du Parlement européen au MEU de Paris 2018

Simulation du Parlement européen au MEU de Paris 2018 - Crédit : François Pène

Mercredi 5 septembre, premier jour des négociations. 14h30 : les sessions de travail reprennent après une pause bien méritée. Les couloirs se vident tandis que les participants rejoignent leur place. Pourtant, les tractations politiques ne s'arrêtent jamais vraiment, pendant un Model European Union. La moindre pause-café est l'occasion pour un lobbyiste de subtilement faire valoir ses vues à un ministre siégeant au Conseil. Et quoi de plus adéquat que le déjeuner pour nouer des alliances et discuter de la meilleure stratégie pour faire rejeter un amendement ?

On pourrait y croire… pourtant, ici, la politique est un jeu de rôle : la centaine d'étudiants internationaux réunis à Paris participe à une simulation. Chacun incarne un protagoniste différent : ministre au Conseil de l'UE ou député au Parlement européen. Mais pas question pour eux de défendre leurs convictions propres : la consigne est de respecter rigoureusement la ligne diplomatique du pays ou du parti politique qui leur a été assignée. Des lobbyistes ont aussi pour but d'influencer les négociations, dans un sens ou dans l'autre, tandis que des journalistes doivent informer le Conseil de l'avancement des négociations au Parlement – en prenant soin de ne pas se faire instrumentaliser par les différents partis.

La conférence est organisée par et pour les étudiants. Ceux-ci viennent d'horizons variés, mais au-delà de la simulation ont tous un fort attrait pour la politique internationale. Certains se destinent même à en faire leur métier : "Quoi de mieux pour changer l'Europe que de s'entraîner à la réformer ?", lance ainsi une participante.

Nathalie Loiseau, François de Rugy, Pierre Moscovici et Sylvain Waserman lors de la cérémonie d'ouverture du MEU de Paris 2018 - Crédit : Hugo Thome

C'est l'Assemblée nationale qui accueille l'événement, premier du genre organisé dans la ville lumière : le MEU de Paris est parrainé par Sylvain Waserman, l'un des vice-présidents de l'institution parlementaire. Membre de la commission des affaires étrangères, il se félicite de recevoir une telle initiative "à l'heure où l’Union européenne est confrontée à de nombreux défis et doit se réinventer". "La jeunesse européenne porte l’espoir d’un renouveau du projet européen", déclare-t-il. La salle Lamartine, recevant habituellement des commissions parlementaires bien françaises, s'est ainsi transformée en Parlement européen le temps d'une semaine. 

D'autres personnalités politiques de premier plan ont échangé avec les participants durant la cérémonie d'ouverture : le commissaire européen Pierre Moscovici, la ministre chargée des Affaires européennes Nathalie Loiseau, ainsi que François de Rugy, alors encore président de l'Assemblée nationale – il quittera son siège le lendemain.

Des sujets bien réels

Le concept, né à Strasbourg en 2007, s'est aujourd'hui développé et exporté un peu partout en Europe et dans le monde : plus de 20 simulations sont organisées chaque année, à Bruxelles et Strasbourg, mais aussi à Vienne, Sofia, Milan, Glasgow... À l'origine du projet, l'association BETA (Bringing Europeans Together Association) et ses succursales nationales fédèrent l'ensemble des MEU existants et accompagne les nouveaux, comme celui de Paris. 

Ce principe de simulation diplomatique s'inspire directement des "Model United Nations" (MUN), qui simulent les négociations multilatérales de l'Organisation des nations unies (ONU), et dont les plus importantes manifestations regroupent jusqu'à plusieurs milliers d'étudiants. En MUN comme en MEU, l'idée est d'utiliser les règles de procédure en vigueur dans les vraies institutions supranationales, en traitant de réels sujets et enjeux géopolitiques, et en respectant autant que possible l'agenda politique des acteurs.

Simulation du Conseil de l'UE au MEU de Paris 2018 - Crédit : François Pène

Dans les deux institutions recréées pour le MEU de Paris, les débats formels et les grandes déclarations alternent avec les discussions libres, permettant de construire des coalitions et de travailler sur la rédaction d'amendements. Le Conseil de l'UE débat exclusivement à huit-clos, tandis que les sessions du Parlement sont accessibles aux journalistes et lobbyistes. Comme dans le processus législatif européen réel, le texte fait la navette entre les deux institutions, où il est discuté et amendé à la recherche d'un compromis : pour chacun des sujets, un commissaire a la charge d'accompagner l'avancement de la proposition dans ce processus.

À l'honneur de cette première édition parisienne, deux thèmes sont débattus en alternance au Conseil de l'EU et au Parlement européen. Le premier concerne la régulation énergétique : quelle stratégie européenne pour diversifier son approvisionnement en gaz ? Sujet brûlant s'il en est, le Parlement européen – le vrai – votait une règlementation sur le sujet pas plus tard qu'en septembre 2017. Le second sujet des négociations portait sur les lanceurs d'alertes : là encore, les institutions européennes sont actives sur le sujet, avec l'adoption de nouvelles protections au niveau de l'Union, en avril 2018.

Les sujets comme le fonctionnement peuvent être complexes et techniques, avec des procédures souvent lourdes. Heureusement, les étudiants sont accompagnés, explique Rémi Carton, le directeur général de la simulation : "Contrairement aux MUN qui s'articulent autour d'un réseau mondial d'associations étudiantes qui préparent et entraînent les participants, ceux du MEU sont inscrits individuellement. Aussi, nous tenons à proposer des ateliers de formation au début de la semaine, pour que nos participants aient tous les mêmes cartes en main". Les règles de procédures leur sont ainsi rappelées, ainsi que les grands enjeux des sujets qu'ils auront à traiter : des experts, parlementaires et professionnels travaillant sur les problématiques énergétiques et de transparence, sont venus dispenser ces conférences. Parmi les différentes tables rondes, l'ancien ministre Michel Sapin était notamment présent pour parler de son expérience en matière de protection des lanceurs d'alerte, ainsi que Dominique Auverlot, conseillé spécial de France Stratégie sur les questions énergétiques.

Finalement, après trois journées complètes de négociations et de diplomatie parfois musclée, la proposition de directive sur la protection des lanceurs d'alerte a été rejetée : la définition du terme "whistleblower" a semble-t-il posé quelques soucis au Parlement. En revanche, la proposition de règlement sur la sécurité de l'approvisionnement en gaz naturel a quant à elle été approuvée. Les participants se sont donné rendez-vous pour l'édition 2019 du Model European Union de Paris.

Simulation du Parlement européen au MEU de Paris 2018 - Crédit : François Pène