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Migrations : le Parlement européen et la Commission renvoient les Etats membres à leurs responsabilités

Actualité 21.07.2017

Mercredi 21 juin s'est tenue à Bruxelles une conférence de haut niveau sur la gestion des migrations. Un événement orchestré par Antonio Tajani (notre photo), président du Parlement européen, et visant à accroître la pression sur les chefs d'Etat et de gouvernement. Ces derniers se réunissent en effet aujourd'hui et demain pour un Conseil européen qui devrait être l'occasion d'aborder cette question sensible qui agite l'Europe depuis plus de deux ans. Pour l'heure, les Etats membres ont été incapables de s'entendre sur un plan de répartition des réfugiés.

Antonio Tajani, président du Parlement européen

Au lendemain de la Journée mondiale des réfugiés, et à la veille d'un Conseil européen où les questions migratoires figurent à l'ordre du jour, l'organisation, par le Parlement européen, d'une conférence de haut niveau dédié à cet enjeu n'avait évidemment rien de fortuit.

Voulu par Antonio Tajani, président du Parlement depuis janvier dernier, l'événement, auquel s'est rendu Toute l'Europe, a réuni Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, Federica Mogherini, cheffe de la diplomatie européenne, ainsi que plusieurs commissaires européens, eurodéputés, parlementaires nationaux, élus locaux et professionnels en première ligne sur le terrain.

L'objectif ? Rappeler aux chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE la détermination des institutions européennes à mettre en œuvre une stratégie ambitieuse et commune pour maîtriser les flux migratoires auxquels l'Union est confrontée depuis plusieurs années.

Les choses ne peuvent rester en l'état

"Demain a lieu un Conseil européen qui pourrait être un tournant pour la politique européenne des migrations", a ainsi déclaré Antonio Tajani, prévenant d'emblée que "les choses ne peuvent rester en l'état". Sans circonvolutions, ce dernier a ensuite énuméré la liste des défis à relever : la guerre à mener contre les passeurs et trafiquants d'êtres humains, l'harmonisation du droit d'asile entre les Etats membres, et, bien sûr, l'amélioration de la solidarité interne entre les pays européens, en ordre plus que dispersé dans ce domaine.

A cet égard, le président du Parlement européen a tenu à réitérer le plein soutien de son institution à la décision de Jean-Claude Juncker de lancer une procédure d'infraction contre la Pologne, la Hongrie et la République tchèque, qui refusent catégoriquement de prendre part au plan européen de répartition des réfugiés. "Il est juste que la Commission fasse respecter les règles et le Parlement est à ses côtés", a martelé Antonio Tajani. "J'aurais voulu pouvoir convaincre", lui a répondu M. Juncker, rappelant qu'il ne prenait "pas de plaisir" avec ce type de procédure qui peut aboutir à une sanction financière de grande ampleur.

De fait, "pousser les Etats membres à dépasser leurs égoïsmes nationaux", pour reprendre les mots de M. Tajani, aura été le leitmotiv principal de cet après-midi de discussions au sommet.

"Un pays, de par sa situation géographique, ne peut avoir à tout assumer", a notamment fait valoir Jean-Claude Juncker, s'adressant directement aux Italiens et aux Grecs. Invité à s'exprimer hier, Vincenzo Melone, commandant général des garde-côtes italiens, a tenu à rappeler que son gouvernement "ne peut sauver tout le monde", et que ses services sont heureux de pouvoir bénéficier du soutien de navires appartenant à des ONG pour secourir les milliers de migrants osant la traversée de la Méditerranée. Sur le même ton, Vincenzo Bianco, maire de Catane en Sicile, a remercié le Parlement européen de son initiative : "nous nous sentons moins seuls", a-t-il déclaré dans l'hémicycle sous les applaudissements.

Sabotage

Toutefois, en dépit de l'action de la Commission et du Parlement, des appels répétés de l'Italie et de la Grèce, des politiques d'accueil menées en Allemagne ou en Suède, et désormais de la procédure d'infraction lancée par Jean-Claude Juncker, le fossé entre les Etats membres paraît toujours béant. En attestent certaines autres interventions, dont celle de Vaclav Hampl, président de la commission des Affaires européennes du sénat tchèque, pour qui les deux priorités sont plutôt de s'attaquer à l'immigration illégale et d'appliquer les lois en expulsant les personnes déboutées de leur demande d'asile.

Morgan Johansson, ministre suédois de la Justice et dernier orateur de la conférence, résume la situation sans ambages : des solutions de long terme ont été évoquées, mais "certains pays ont essayé de les saboter". Reconnaissant que les institutions européennes se sont montrées "constructives" et "responsables", M. Johansson a donc pointé du doigt le Conseil. "Des fois, il faut faire ce que nous ne voulons pas faire, c'est adulte", a-t-il asséné. Et de rappeler, dans une allusion directe à la possibilité de couper l'accès aux fonds de cohésion européens aux pays refusant la solidarité, que la Suède est contributeur net au budget de l'Union européenne depuis son adhésion en 1995 et qu'elle contribue largement à l'accueil des réfugiés.

Migrants secourus au large de l'île de Lesbos (Grèce)

Règlement de Dublin et partenariats avec l'Afrique

De pair avec une meilleure répartition des réfugiés sur le territoire de l'Union, l'harmonisation des droits d'asile et la réforme du règlement de Dublin – qui stipule que les demandes d'asile doivent impérativement être traitées dans le pays d'arrivée – sont également sur la table des négociations. Car comme l'a dénoncé Vincenzo Bianco, "il n'est pas acceptable que des Syriens ne soient pas considérés comme des réfugiés partout en Europe".

A cet égard, les eurodéputés travaillent actuellement sur une réforme du droit d'asile européen. Le rapport préliminaire, présenté en mars dernier par la députée européenne suédoise Cecilia Wikström, prévoit entre autres que "les transferts de demandeurs d’asile d’un pays de l’UE à l’autre devraient être déclenchés automatiquement quand le premier pays a atteint 100% du quota qui lui a été alloué", que le regroupement familial doit être plus rapide, et que les Etats membres refusant de participer au système de relocalisation ne soient plus éligibles aux fonds structurels et d'investissement européens. Autant de mesures qui devront recueillir l'assentiment d'une majorité de députés, puis être discutées par les pays européens. Ce qui ne devrait pas manquer de susciter de nouvelles turbulences vu que les Etats de l'est de l'Europe sont, ici aussi, visés.

Enfin, comme l'a notamment annoncé Federica Mogherini, Haute Représentante de l'UE pour les Affaires étrangères, la Commission et le Parlement européens entendent également inciter les Etats membres à renforcer leur action en direction de l'Afrique. Il faut "investir dans des partenariats politiques et économiques", ainsi que dans des "programmes spécifiques pour les femmes et les enfants", particulièrement vulnérables lors de leurs parcours vers l'Europe, a-t-elle déclaré.

Il est en outre nécessaire de mieux comprendre les motifs incitant les migrants à quitter leur pays, car "si nous n'intervenons pas, nous serons confrontés à des flux de dizaines de millions de migrants, d'Afrique principalement", a prévenu Antonio Tajani.

 

Par Jules Lastennet