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Michèle Striffler : "l’Union européenne doit être beaucoup plus ferme vis-à-vis d’Israël"

Actualité 02.06.2010

L’assaut du commando israélien contre la flottille humanitaire d’associations pro-palestinienne, qui aurait fait près de 10 morts, suscite toujours de vives réactions dans la communauté internationale. La semaine dernière, la députée européenne (PPE) Michèle Striffler s’est rendue sur le territoire occupé de Gaza, soumis à un blocus par Israël depuis 2007. Pour l’eurodéputée, l’Union européenne doit imposer la levée de ce blocus et imposer un changement d’attitude du gouvernement israélien.

Touteleurope.fr : La semaine dernière vous vous êtes rendue à Gaza en compagnie d’autres députés européens : quel était l’objectif de ce déplacement ?

Michèle Striffler : L’objectif du déplacement de toute la délégation était l’évaluation de l’avancement du processus de paix et le contrôle du bon acheminement de l’aide humanitaire et de la bonne utilisation des fonds européens. La délégation s’est ainsi divisée en deux : une partie est restée à Jérusalem pour continuer à travailler sur l’avancement du processus de paix, et l’autre partie dont j’étais, était à Gaza. 

Afin de donner libre accès à l’aide humanitaire il faut que ce siège soit levé. La reconstruction des bâtiments est suspendue, parce que l’importation de la matière première, le ciment, est interdite.

On ne peut donc pas reconstruire le pays. C’est une situation invraisemblable : l’Union européenne donne des fonds pour cette reconstruction, et celles-ci ne peuvent pas être achevées !

Il y a des milliers d’enfants qui ne sont pas scolarisés tout simplement parce qu’on ne peut pas construire des écoles.

C’est indigne de qui que ce soit !

Les fonds sont bien utilisés, mais la situation est bloquée… tout irait mieux si on avait le matériel.


Touteleurope.fr : Pourquoi demandez-vous à lever le siège de Gaza ?

M.S. : Ce blocus condamne les Gazaouis à vivre dans une pauvreté extrême : il faut savoir que 80% de la population dépend de l’aide alimentaire, et que ce siège crée non seulement un marché noir, qui lui-même renforce le pouvoir des factions les plus radicales, qui incitent les plus jeunes et les plus pauvres à les rejoindre.

La position d’Israël alimente donc cette situation catastrophique.


TLE : Comment l’Union européenne intervient-elle sur les territoires palestiniens ?

M.S. : Ces dernières années les financements européens ont considérablement évolué suite à la détérioration de la situation humanitaire. En 2009 ils atteignaient 66 millions d’euros, les fonds prévus pour 2010 s’élèvent pour le moment à 58 millions d’euros, et le total des financements des actions humanitaires entre 2000 et 2009 est de 476 millions d’euros.

Ces programmes humanitaires sont financés par la Commission européenne, et couvrent les soins de santé, l’aide alimentaire, le soutien psychologique, l’accès à une eau saine, les installations sanitaires, la réhabilitation et la protection des abris, la relance de l’emploi et de l’autosuffisance.

Les activités sont mises en œuvre par les partenaires opérationnels : les Nations unies et les ONG comme le mouvement de la Croix rouge.


TLE : L’action de l’Union européenne pour la résolution du conflit au Proche-Orient vous paraît-elle efficace ? Quelles évolutions sont nécessaires ?

M.S. : Pour le moment, l’action de l’Union européenne s’inscrit dans le Quartette pour le Proche-Orient (avec les Etats-Unis, la Russie et l’Organisation des Nations unies) depuis 2002. Son représentant, Tony Blair, n’est pas du tout suffisamment présent, on aurait pu être beaucoup plus efficace…

Catherine Ashton s’est rendue à Jérusalem et à Gaza en mars 2010, et a fortement soutenu les négociations du processus de paix qui est bloqué depuis décembre 2008. Elle maintient ce qu’on veut tous : deux Etats coexistants, Israël et la Palestine, dont les frontières précises doivent être fixées.

L’UE a un poids mais doit être beaucoup plus ferme, en particulier sur la levée du blocus à Gaza, qui est la clé du processus. On doit exiger le passage des matériaux de base, et le jour est venu où la communauté internationale doit réagir.

Il faut également que la colonisation s’arrête, et que, comme l’a demandé notre délégation, les 27 se réunissent de manière urgente pour débattre sur la levée de ce blocus qu’il faudra imposer à Israël.

Enfin, Israël a demandé à rentrer dans l’OCDE, et je crois que suite au drame de la « flottille de la liberté » qui a fait 10 morts, on doit demander une interruption tant qu’une enquête sur ce qui s’est passé n’a pas été menée à terme. Ce n’est pas évident à exiger, mais refuser l’entrée d’Israël dans l’OCDE si le gouvernement actuel est responsable de ce drame serait un signal fort.

Si on ne donne pas de signal fort, on n’y arrivera pas. Je crois que les dirigeants européens doivent dire aux dirigeants israéliens que leurs attitudes sont indignes du peuple israélien. Il faut qu’Israël respecte le droit international et reprenne ses esprits.

L'Union Européenne est le premier bailleur de fonds dans ces territoires. Il est temps qu'elle devienne un acteur politique fort aux côtés des Etats Unis pour la paix.



TLE : Quelle est votre réaction face à l’assaut israélien contre la « flottille de la liberté » ?

M.S. : Je suis indignée ! Quoi qu’il arrive, on ne tire pas sur une ONG humanitaire, c’est tout simplement scandaleux !

J’attends bien sûr les résultats de cette enquête, qui sera je l’espère menée par la communauté internationale.

Mais on ne me fera pas croire que des ONG aient pu faire peur à des militaires israéliens.


Si le blocus était levé, on n'en serait pas arrivé là.


TLE : La réaction de l’Union européenne à ce drame vous paraît-elle adaptée ? L’UE doit-elle prendre la tête d’une enquête sur ses circonstances ?

M.S. : Tout à fait ! Il ne faut pas laisser pas ça, il faut mener cette enquête et condamner les responsables. Et que cette acte serve d’amorce pour lever ce blocus sur Gaza et régler le problème humanitaire que j’ai pu constater de mes propres yeux la semaine dernière et qui complètement indigne de toute population.

 

 

En savoir plus :

 

Blog de Michèle Striffler

"Flottille de la liberté" : l’UE demande une "enquête complète" sur le raid israélien - Touteleurope.fr

Questions-réponses : l’Union européenne et le processus de paix israélo-palestinien - Touteleurope.fr

Proinsias de Rossa : "Plus aucun euro ne devrait être transféré à Israël tant que le blocus de Gaza persiste" - Touteleurope.fr