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Michèle Striffler : "Il est regrettable que les Européens aient agi en ordre dispersé en Haïti"

Actualité 20.01.2010

Réunis en session plénière hier à Strasbourg, les députés européens ont débattu du séisme en Haïti en présence de Catherine Ashton et de Karel De Gucht. L'occasion pour la Française Michèle Striffler, rapporteur permanent du Parlement européen pour l'aide humanitaire, 1ère vice-présidente de la commission du développement, d'évoquer le manque de cohérence de l'action européenne et de demander la mise en place d'une force civile européenne. Touteleurope.fr a recueilli ses réactions.

 

 

L'Union européenne a rassemblé une aide financière massive de 429 millions d'euros pour les victimes du séisme en Haïti. D'où proviennent ces fonds ?

 

Il y a tout d'abord l'enveloppe européenne d'urgence de 3 millions d'euros, enveloppe qui était disponible dès le départ. De plus, la Commission européenne a versé une aide de 30 millions d'euros, et les 27 Etats membres 92 millions. L'ensemble de ces fonds constituent l'enveloppe de l'aide humanitaire d'urgence.

 

Dans un deuxième temps, l'Union européenne a versé une aide de 100 millions d'euros pour la réhabilitation, plus 200 millions pour les travaux et les actions à plus long terme.

 

Ce qui fait au total environ 425 millions pour l'aide humanitaire et l'aide au développement et à la réhabilitation de l'île.


Quels sont les principaux reproches qui ont été formulés à l'égard de la façon dont cette aide européenne a été mobilisée ?

 

Il est clair que le système s'est mis en route très rapidement. Mais surtout en ordre dispersé. Il y a un manque évident de coordination au sein de l'Union européenne, je l'ai souligné en session plénière et lors de plusieurs réunions.

 

Il y a également, et je trouve ça dommage, notamment vis-à-vis des citoyens, un manque de visibilité de l'action européenne, par rapport notamment à tout ce que font les Américains. Or l'Europe donne plus d'argent !

 

Donc si l'Union européenne était mieux organisée, on aurait à y gagner du point de vue de la réactivité et donc de l'efficacité du dispositif, mais bien sûr aussi au niveau de la visibilité.

 

On a donc vivement demandé hier que soit mise en place une force européenne de protection civile. Et ce qui me met en colère c'est que ce projet a été proposé par Michel Barnier en 2006 ! Il est prêt, il suffit de l'appliquer.

 

Il faut donc vraiment que la Commission travaille sur ce projet. On manque d'une vraie organisation : chaque pays travaille de son côté, ce qui fait que lorsque les avions arrivent au fur et à mesure à Haïti on critique les Américains, mais ce ne devait pas être évident pour eux non plus de gérer l'arrivée des avions français, belges etc.

 

Donc avant de condamner ou de critiquer, je crois que c'est à nous de mieux nous organiser parce qu'il y a un réel manque.

 

Il faudrait une mutualisation des moyens, et que l'on voie bien que l'Union européenne fonctionne comme une seule et même entité. Cela pourra passer par exemple par des brassards ou des uniformes européens.

 

En quoi consiste le projet de force européenne de protection civile ?

 

Je n'ai pas tous les détails, Michel Barnier va nous les communiquer. Mais cela consiste surtout à pouvoir travailler en amont. Il faut, face à une catastrophe de ce genre que, sur un simple coup de fil en quelque sorte, l'organisation soit déjà mise en place.

 

On ne doit plus être obligé de réunir une cellule de crise pour décider de ce que l'on va faire. Il faut que tout soit déjà en place, que lorsque la sonnette d'alarme sonne le jeudi matin on soit capable de savoir le jeudi soir qui va faire quoi.

 

Ce serait un peu comme l'avait évoqué Michel Barnier une "caserne de pompiers" européenne. Il faut mettre cela en place. On a eu une première leçon avec le tsunami en 2004. Le problème se pose de nouveau avec le séisme en Haïti. Cela suffit. 

 

Cette force européenne serait rattachée à la Commission, avec les moyens financiers des Etats membres.

La question de l'aide en Haïti va-t-elle être de nouveau au coeur des travaux du Parlement ?

 

Oui bien sûr. Pour nous ce n'est qu'un début. Lundi je vais en parler en commission Développement, à Bruxelles. Pour le moment on est dans l'urgence.

 

Je ne me suis pas encore déplacée car cela ne serait pas vraiment utile, mais il est clair que dans quelques semaines j'irai sur place pour constater ce qu'il se passe et remettre ce pays en marche. On ne peut plus passer à côté.

 

Il n'est pas choquant, comme certains eurodéputés l'ont dit, que Catherine Ashton ne se soit pas encore rendue en Haïti, mais je pense que sa place, en tant que haut représentant de l'Union, aurait été là-bas. 

 

Le commissaire en charge de l'Aide humanitaire, Karel De Gucht, est, lui, actuellement en Haïti.