Derniers articles publiés

Michel Barnier réussit son opération séduction

Actualité 14.01.2010

C'est sans encombre que le commissaire français désigné au Marché intérieur et aux Services financiers aura traversé ses trois heures d'audition devant le Parlement européen. En effet, alors que l'on s'attendait à ce que Michel Barnier, qui maîtrise très bien l'exercice, soit tout de même un peu chahuté par les Britanniques, qui avaient protesté contre sa nomination, il n'en a rien été. Et le candidat français s'en est même sorti avec les honneurs.

Michel Barnier se présente comme "un homme politique" et "indépendant" ...

Michel Barnier en quelques dates

Diplômé de l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris, Michel Barnier a été conseiller général de la Savoie de 1973, puis en 1982  président de ce conseil général jusqu'en 1999. Après plusieurs expériences ministérielles, Ministre de l'environnement de 1993 à 1995, Ministre délégué aux affaires européennes de 1995 à 1997, il devient sénateur de Savoie de 1997 à 1999. En 1999, il devient commissaire européen chargé de la politique régionale et des réformes institutionnelles jusqu'en 2004. En 2005, il devient conseiller d'Etat et réintègre le gouvernement français de 2004 à 2005 en tant que Ministre des Affaires étrangères et Ministre de l'Agriculture et de la Pêche de juin 2007 à juin 2009.

Elu député européen le 7 juin 2009 ou il préside la délégation française du PPE, il est, depuis mars 2006, vice-président du Parti populaire européen. Son expérience européenne débute lors de sa nomination comme Ministre délégué aux affaires européennes.

Voir sa biographie

Profitant du temps qui lui était imparti en début de séance, Michel Barnier a rappelé dans son discours introductif l'engagement européen qui a toujours été le sien.

 

Il a souhaité se présenter devant les eurodéputés de la commission des Affaires économiques et monétaires (ECON), puis ceux de la commission du marché intérieur et de la protection du consommateur (IMCO), comme "un homme politique".

 

Il a passé ensuite en revue les différents sujets relevant de son double portefeuille, avant de se soumettre au jeu des questions.

 

Le candidat français, qui, de son propre aveu, avait "beaucoup, beaucoup travaillé" pour préparer cette audition, a tenu à rappeler son entière indépendance.

 

Si la lecture de son curriculum vitae ne laisse plus aucun doute sur ses compétences et son engagement européen, sa nationalité semble poser plus de problème.

 

En effet, l'annonce de sa nomination avait fait frémir les Birtanniques. Et le portefeuille stratégique que lui a confié le Président de la Commission européenne José Manuel Barroso a toujours été au coeur des difficultés entre la France et l'Union européenne.

 

N'oublions pas que c'est précisément le marché intérieur, et le débat sur le fameux "plombier polonais", qui avait justifié le "non" français au référendum sur la Constitution en 2005 !

 

Se voulant rassurant, Michel Barnier, citant plus facilement Angela Merkel, voire Adam Smith, que Nicolas Sarkozy, a rappelé à plusieurs reprises qu'en tant que commissaire, il ne prendrait ses ordres "ni à Paris, ni à Londres" mais qu'il suivrait la feuille de route du G20.

 

Il s'est présenté également comme un homme pragmatique, et observateur. "Je ne resterai pas dans mes bureaux, j'irai une fois par semaine dans un pays d'Europe, et notamment dans les régions", a-t-il annoncé.


... et plaide pour plus de régulation devant le Parlement européen

Des réactions positives chez les eurodéputés

"S’il applique tout ce qu’il a dit aujourd’hui, alors il marquera une rupture par rapport à son prédécesseur Charlie Mc Creevy. C’est exactement ce qu’attendent de lui les eurodéputés socialistes et démocrates"ont souligné les porte-parole du groupe S&D, Evelyne Gebhardt et Udo Bullmann. Bernadette Vergnaud (S&D) a de son côté reconnu être  interrogée restée "un peu sur [sa] faim" en ce qui concerne les services d'intérêt général. Sylvie Goulard (ADLE) considère qu'il a "bien la mesure de ses dossiers. Par rapport à d’autres commissaires auditionnés, c’était très bien. Je crois qu’il a réaffirmé un engagement communautaire dont on ne doutait pas" même si pour l'eurodéputés "les auditions des commissaires sont un début". De son côté, Damien Abad (PPE) a salué "une très bonne audition, avec un projet et une vision politique cohérente".

"Aucun marché, aucun acteur, aucun produit, aucun territoire ne doit désormais échapper à une régulation pertinente et à une surveillance efficace".

 

En plaidant pour plus de régulation et de surveillance, Michel Barnier s'est clairement inscrit en rupture totale avec son prédécesseur, l'Irlandais Charlie Mc Creevy.

 

Mais en ces temps de crise économique, la position du Français a de quoi rassurer les eurodéputés. "Il faut tourner la page d'une ère d'irresponsabilité. Remettre la transparence, la responsabilité, la morale au cœur du système financier", a-t-il expliqué.

 

Une position qui a quand même de quoi inquiéter les Britanniques qui voient dans la nouvelle politique proposée par le commissaire désigné une menace aux intérêts de la City.

 

Michel Barnier souhaite également redonner de l'élan à l'économie européenne tout en luttant contre le dumping social. "Je ne conçois pas le marché sans les aspects sociaux. (...) Je veux travailler à donner au marché intérieur cette dimension humaine et sociale (...) lutter contre le dumping social. (...) Je veux créer le concept d'entreprises 'profitable' (en anglais dans le texte) qui produisent mais prennent aussi en compte les aspects sociaux" a-t-il déclaré.

 

Il propose ainsi la création d'un "Social business act".

 

Sur la question de la privatisation des services publics, Michel Barnier a tenu à recadrer les choses : "Ce n'est pas le rôle de la Commission que d'aller empêcher au nom de la concurrence des services de s'exercer sur les territoires. Je serai dans le Collège avec ces convictions-là" a-t-il expliqué.

 

Ne souhaitant pas se prononcer dès son audition sur la question de savoir s'il faudrait une directive-cadre, ou au contraire par secteurs, pour les services publics, il a quand même tenu à rappeler que la privatisation est avant tout le fait des Etats. "On va pas faire porter à Bruxelles ce qui est fait au titre de la subsidiarité par la volonté politique des uns ou des autres !" a prévenu le commissaire désigné.

 

En balayant l'ensemble des grands dossiers qui seront dans son portefeuille s'il est confirmé par le Parlement européen, Michel Barnier semble avoir convaincu, et apparaît en tout cas comme le candidat qui aura su le mieux, pour le moment, répondre aux questions exigeantes et précises des eurodéputés.

 

En savoir plus

L'essentiel de l'audition de Michel Barnier, en live sur Touteleurope.fr

Les commissaires nominés sur le gril du Parlement européen