Derniers articles publiés

Michel Barnier : "On va rénover la PAC mais la garder, car elle est significative d'un choix d'organisation de l'Europe"

Actualité 30.05.2008

Michel Barnier était ce matin, vendredi 30 mai, l'invité du Cercle des Européens présidé par Noëlle Lenoir, pour un petit déjeuner-débat dans les locaux du journal l'Express. A quelques semaines du début de la Présidence française de l'Union européenne, le ministre de l'Agriculture et de la Pêche a évoqué les relations entre la France et Bruxelles, l'importance du traité de Lisbonne et les perspectives de la Politique Agricole Commune.

Le traité de Lisbonne : une boîte à outils indispensable

Ancien commissaire européen, Michel Barnier a l'expérience et le goût des négociations communautaires. Avant de rentrer dans le vif du sujet agricole, il est revenu sur l'importance d'une relation apaisée avec l'exécutif  bruxellois. "En France, on va à Bruxelles comme on va à la bataille" a regretté le ministre. "Les questions européennes ne sont plus des questions de politique étrangère" et il ne faut pas voir les institutions européennes comme un opposant mais comme un partenaire. Michel Barnier a remercié le Cercle des Européens d'organiser ce genre de manifestation car "c'est de l'intérêt du projet européen que l'on parle des sujets, même difficiles".

L'ancien commissaire européen s'est dit très attaché à la réussite du traité de Lisbonne. "Nous sommes à un moment de vérité pour l'Europe". Selon lui, l'adoption du traité est une nécessité pour le fonctionnement de l'Union européenne. "Le traité de Lisbonne est une boîte à outils mais avec 27 pays, nous avons absolument besoin de cette boîte à outils".

Il a rappelé la nécessaire complexité du projet européen puisqu'il s'agit "d'un continent qui construit l'unité sans aller vers l'uniformité". Parmi les avancées apportées par le nouveau traité il a évoqué la Présidence élue du Conseil, le Haut représentant pour les affaires étrangères, et la possibilité de mettre en place des coopérations renforcées sans lesquelles "on avance à 27 au pas du pays le moins pressé" a-t-il expliqué. Selon le ministre, "l'Europe doit être un acteur global bien plus qu'un marché régional". "Il faut faire une force mutualisée qui soit supérieure à nos forces individuelles additionnées".

 

"Quel serait le coût de la non-PAC ?"

Michel Barnier s'est ensuite attaché à expliquer l'originalité de l'Europe en matière agricole. "Nous tenons tous, et pas seulement les Français, à ce modèle d'alimentation basé sur des appellations contrôlées. Si l'on a pas envie d'un modèle aseptisé, cela a un coût, c'est le prix de la Politique Agricole Commune".

A ceux qui considèrent que ce prix est trop élevé, Michel Barnier répond : "le modèle territorial alimentaire vaut ce prix". Il lance également l'interrogation suivante : "Quel serait le prix de la non-PAC ?". Un prix bien trop élevé selon le ministre qui considère que "cette politique est intrinsèquement utile". Suite au bilan de santé, engagé par la Commission européenne, "on va rénover la PAC mais la garder, car elle est significative d'un choix de l'organisation de l'Europe".
Le ministère de l'Agriculture et de la Pêche est un ministère à part car c'est le seul "dont la politique est totalement européenne" même si les enjeux se présentent souvent à une échelle locale. "On a besoin de politiques communes" martèle l'ancien commissaire. "Chacun doit comprendre que notre influence nationale dépend en grande partie du succès européen et ce pour tous les Etats membres". Le ministre conclut : "vous pouvez avoir une boîte à outil, mais après il faut s'en servir".

Agriculture et alimentation : une relation "à débattre"

Interrogé sur les OGM, le ministre rappelle que "la loi de transposition de la directive de 2001 n'est ni une loi pour, ni une loi contre les OGM". A titre personnel, il ne se dit "pas pro-OGM" mais dit également se méfier "de ceux qui les diabolisent".

D'une manière générale, explique Michel Barnier "je me méfie toujours des gens qui se méfient de la recherche". Selon lui, il est important d'avoir une loi d'organisation, car cela permet d'avancer dans la transparence. Parallèlement, le ministre considère qu'il faut continuer la recherche et l'évaluation tout en prenant des décisions européennes et en entretenant le débat avec la population. "Il faut combattre les peurs avec la démocratie, le débat".

Les poulets américains rincés à l'eau de javel pourraient bientôt arriver dans nos assiettes. Ce processus qui sert à désinfecter les volailles est actuellement interdit et les poulets ne peuvent pénétrer sur le marché européen. Après avis de l'Autorité européenne pour la sécurité des aliments, la Commission européenne a annoncé, mercredi 28 mai, vouloir autoriser à nouveau les importations de volailles chlorées et autoriser les entreprises à utiliser quatre substances antimicrobiennes actuellement interdites. Cette proposition a provoqué de vives réactions chez les eurodéputés comme chez certains ministres européens.

Sur la question des prix, "la pression sur les prix, notamment des céréales va être durable car durablement l'offre sera inférieure à la demande".

Il est donc indispensable de produire mieux et plus. Malgré les risques de crise, Michel Barnier dit qu'il s'agit dans une certaine mesure d'une bonne nouvelle "car l'acte de produire devient de nouveau important".

Sur les actions de régulation, le ministre est plus mesuré. "Franchement, nous n'avons pas vraiment de moyens [pour réguler les pressions sur les prix des aliments] à part la PAC et ses instruments". Ces derniers ont déjà été en partie utilisés, notamment la remise en culture en jachère. Bien que se déclarant libéral, il insiste : "je ne crois pas que le marché puisse tout réguler, il faut de la gouvernance mondiale". "Il n'y a pas d'endroit dans le monde pour débattre du lien entre agriculture et alimentation" regrette-t-il.



Les questions agricoles ont en effet un impact considérable sur l'alimentation et la santé. En la matière, l'accord de la Commission européenne pour l'entrée des poulets chlorés américains sur le marché européen provoque le vif désaccord du ministre. "Je suis déterminé, avec une vingtaine de mes collègues européens à m'opposer à la désinfection chlorée des poulets". Considérant que cette question est loin d'être anodine, le ministre rappelle : "Bruxelles a proposé, le Conseil des ministres et le Parlement européen décident".

L'agriculture, un sujet diplomatique

Interrogé sur la qualité des relations franco-allemandes, notamment sur la question agricole, Michel Barnier répond, diplomatiquement : "nous avons des différences mais pas de divergences avec l'Allemagne sur la politique agricole".

Des différences qui sont notamment dues au fait que l'Allemagne est beaucoup moins concernée que la France par la PAC. Le ministre insiste sur le rôle différent du couple franco-allemand dans une Europe à 27 et à 6. "Le dialogue franco-allemand est de plus en plus nécessaire et de moins en moins suffisant" explique-t-il.

Dernier aspect évoqué, l'Union pour la Méditerranée. Une politique agricole commune entre les deux rives de la Méditerranée "est l'un des grand absents" du projet, s'étonne un intervenant. "Le volet agricole est déjà bâti, avec des propositions très concrètes" se défend le ministre, "mais c'est aux promoteurs de les accepter". Il en serait pourtant de l'intérêt de l'Union pour la Méditerranée d'être notamment "un cordon sanitaire commun" ou encore de mettre en place des actions pour gérer le "stress hydrique", c'est-à-dire la culture avec moins d'eau et des températures plus élevées. Mais Michel Barnier a expliqué que cela n'était pas de son ressort.


En savoir plus

Compte rendu du Cercle des Européens

La politique agricole commune