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Michael Mann : "Il faut réconcilier certains consommateurs européens avec les vins européens qu'ils jugent souvent trop compliqués"

Actualité 05.07.2007

Michael Mann, porte-parole du Commissaire européen chargé de l’Agriculture et du Développement rural, présente à Touteleurope les enjeux de la réforme vitivinicole.



La Commission vient de présenter une réforme de l'Organisation Commune du marché viticole européen. Pourquoi cette réforme est-elle nécessaire ?

Elle est nécessaire parce que nous avons perdu des parts de marché tant en interne que dans les pays tiers, que les excédents s'accumulent et que cela pèse sur les prix et donc les revenus des producteurs.

Nous voulons donc un régime vitivinicole :

qui permette de renforcer la compétitivité des viticulteurs de l’UE, d’affirmer la réputation de "meilleurs vins du monde" dont jouissent les vins de qualité de l’UE, de reconquérir les marchés traditionnels et d’en gagner de nouveaux, dans l’Union et dans le monde ;

qui s’appuie sur des règles claires, simples et efficaces permettant d’équilibrer l’offre et la demande ;

qui préserve les meilleures traditions de la production vitivinicole de l’UE et qui renforce le tissu social et environnemental dans un grand nombre de zones rurales.


Quels sont les pays européens le plus concernés par cette mesure d'arrachages de vigne ?

Il ne s'agit pas à proprement parler de pays particuliers mais de certains producteurs qui, dans certaines régions de l'Union, se trouvent dans de graves difficultés.

Cette situation est principalement dûe au fait qu'ils produisent un vin qui n'a pas de débouché et doit, pour une grande partie, être systématiquement distillé.

D'autres rencontrent des difficultés de trésorerie car, malgré une production de qualité, mais du fait d'une production excédentaire et d'un manque de compétitivité, les prix qu'ils reçoivent ne leur permettent pas de faire face aux coûts des investissements qu'ils ont réalisés.

Bien sûr ils sont numériquement plus nombreux dans les trois grands pays viticoles de l'Union (Espagne, France et Italie, que dans les Etats membres où la production viticole est plus limitée).

Les premiers pourraient se voir offrir une possibilité de sortir dignement de la viticulture pour faire une autre production agricole ou, pour ceux qui sont proches de la retraite, bénéficier ensuite de la préretraite financée par le fond de développement rural. Les seconds pourraient demander la prime sur leur plus mauvaises parcelles de manière à concentrer leur effort de production sur les meilleures. Tous bénéficieront également de l'attribution de droit à paiement unique.

La décision d'arrachage revient au producteur qui sera libre de décider. Le régime proposé a été construit de manière à éviter une concentration de l'arrachage dans certaines régions de l'Union. La prime restera fonction du rendement moyen historique de l'exploitation et sera revalorisée par rapport au montant actuel, de 30 % la première année et de 10% la 2e année. Elle sera ensuite réduite.

Les Etats membres auront la possibilité d'exclure de l'arrachage certaines régions (pour des raisons environnementales ou en forte pente) et d'arrêter son application si 10 % de leur vignoble venait à être arraché.


Quelle raison à présider à baisser le nombre d'hectares concerné par l'arrachage, passant ainsi de 400 000 hectares à 200 000 hectares ?

La Commission a procédé à une mise à jour de ses prévisions à moyen terme en tenant compte de l'évolution positive des exportations en 2006. le rapport complet est disponible sur le site réforme vin de la Commission. Ainsi, l'excédent prévisible s'est réduit et, en conséquence, la surface nécessaire à un rétablissement de l'équilibre de marché. Toutefois, une partie de l'amélioration du marché est dûe a des évolutions conjoncturelles et une nouvelle dégradation est à craindre. De plus certains producteurs ne pourront pas s'adapter à la concurrence grandissante. C'est également pour leur offrir une sortie digne que la Commission a décidée de maintenir ce régime dans sa proposition.


Comment agit concrètement la Commission pour aider le milieu viticole ?

Elle veut consacrer le budget inchangé de 1,3 milliard d'euros de façon plus intelligente et adaptée aux besoins de chaque pays producteur et répondre à la demande des consommateurs.

Par l'aide à la conquête de nouveaux marchés pour les vins européens. Près de 10 % du budget – 120 millions d'euros – sera consacré à leur promotion sur les marchés à l'export.

Par des enveloppes nationales qui, en plus de la promotion déjà évoquée, permettront aux Etats membres de faire face à leur besoins spécifiques comme le réencépagement en cépages appréciés par le consommateur grâce aux aides de restructuration du vignoble, mais également des mesures de prévention et de soutien en cas de crise.

Par une meilleure utilisation des programmes de développement rural, cofinancés avec les Etats membres. La Commission propose de transférer 21 % du budget vers le développement rural en réservant ces fonds aux régions et au secteur viticole. Cela permettra: d'aider des jeunes à s’installer, d'offrir des aides à l’investissement et à la commercialisation; de soutenir des mesures de préservation de l’environnement et des paysages viticoles; mais également des aides à la retraite anticipée pour les viticulteurs.

Enfin, il est important de réconcilier certains consommateurs européens avec les vins européens qu'ils jugent souvent trop compliqués. Il faut offrir un étiquetage plus lisible et permettant notamment à tous les vins d'indiquer les cépages et l'année de récolte – indications qui figurent systématiquement sur l’étiquette des vins du nouveau monde.

 

Propos recueillis le 05/07/07