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Merkel II : la nouvelle politique européenne de l'Allemagne

Actualité 26.10.2009

Les unions conservatrices et leurs alliés libéraux ont signé ce week-end leur contrat de coalition, qui ouvre la voie à la formation officielle du gouvernement. La réélection d'Angela Merkel au poste de chancelière de la République fédérale d'Allemagne est prévue pour mercredi. Le programme de travail pour les quatre années à venir définit, outre les priorités "domestiques", les grandes lignes de la politique européenne du cabinet "Merkel II". Passage en revue.

Un programme classique avec une mesure phare : "l'armée européenne"

C'est certainement la proposition emblématique du cabinet "Merkel II" : doter l'Europe d'une "armée commune européenne". Depuis quelques années, les responsables outre-Rhin prônent le rapprochement progressif des armées nationales du Vieux Continent. Déjà en 2007, Angela Merkel avait avancé cette idée à l'occasion de la célébration du cinquantenaire du traité de Rome dans un entretien publié par le quotidien Bild Zeitung. Cette déclaration n'avait pas déclenché, à l'époque, d'initiatives fortes.
Günther Oettinger, futur commissaire européen

Pour remplacer Günther Verheugen, la coalition au pouvoir a choisi un "poids lourd politique" selon les termes d'Angela Merkel : Günther Oettinger (CDU/PPE), jusqu'à présent président du Land de Baden-Würtenberg.

L'Allemagne viserait un portefeuille économique dans la future Commission européenne (concurrence ou marché intérieur)

Cette fois-ci, la proposition est couchée sur le papier. Favorable depuis toujours à la politique de défense, Paris doit se réjouir. Les signes encourageants envoyés cet été par la Pologne (les Polonais seraient partisans d'unités permanentes militaires, de réaction rapide, sous commandement européen) et maintenant l'Allemagne laissent entrevoir la possibilité d'une démarche forte en la matière.

Les priorités européennes de la politique allemande restent cependant classiques :

  • Rejet de l'idée d'un directoire des "grands" ;
  • Importance de la notion de subsidiarité (les deux chambres du Parlement allemand seront étroitement associées à l'élaboration de la politique européenne) ;
  • Importance du pacte de stabilité et de croissance ;
  • Stricte application des critères de Copenhague dans le processus d'élargissement en tenant compte de la capacité d'absorption de l'UE.


D'autres points méritent d'être soulignés. Ainsi, l'amitié avec la Pologne est mise en avant. Berlin se prononce également en faveur de la création de grands réseaux transeuropéens, pour une coopération européenne sur l'aménagement du territoire, pour l'institution d'une agence de notation européenne ou encore pour de grands projets dans les domaines du climat, de la politique spatiale et de l'espace de sécurité et justice.

"La relation franco-allemande est unique"

Paris devrait apprécier. Le contrat de la coalition noir/jaune, négocié ce week-end entre les conservateurs et les libéraux, n'oublie pas de mentionner les liens particuliers qui unissent la France à l'Allemagne. C'est une main tendue - une chance même pour certains éditorialistes - que Berlin propose. Les mots retenus pour qualifier la relation spéciale sont forts. Le traité de coalition stipule que "la relation franco-allemande est unique par son étendue et sa profondeur et contribue de façon déterminante  à l'unité européenne".

Le programme mentionne ainsi une série de domaines propres à des initiatives conjointes : l'éducation, la protection du climat, la politique spatiale, la sécurité et la défense. La nomination du francophile Wolfgang Schäuble au poste de ministre des Finances devrait également plaire à Paris. Les relations étaient plus que tendues entre son prédécesseur, Peer Steinbrück, et le président français, Nicolas Sarkozy.

Il y a néanmoins un petit bémol. Concernant la Turquie, la France ne pourra plus compter sur le soutien de la Chancelière. Angela Merkel, qui est personnellement favorable au partenariat privilégié avec Ankara, a du céder sur ce point. Ses alliés libéraux souhaitent en effet maintenir ouverte la porte de l'adhésion. "Nous sommes beaucoup plus ouverts concernant l'adhésion turque à l'Union européenne et maintenant que nous négocions, nous devrions négocier la possibilité d'une intégration de la Turquie", déclarait récemment le libéral Werner Hoyer, futur secrétaire d'Etat aux affaires européennes.

 


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