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Meetings de Le Pen et Macron, affaire Fillon : la presse européenne se passionne pour la présidentielle

Actualité 07.02.2017

Meetings de Marine Le Pen et d'Emmanuel Macron à Lyon. Turpitudes de François Fillon. Investiture de Benoît Hamon. Hologramme de Jean-Luc Mélenchon. La campagne présidentielle française est riche en rebondissements quotidiens et fait la une de la presse européenne. Pour cette dernière, "rien ne va plus" : les jeux sont grands ouverts.

Emmanuel Macron, François Fillon et Marine Le Pen

Election présidentielle 2017 : quelle place pour l'Europe ?

Incontestablement, la campagne présidentielle française est désormais dans le vif du sujet. Les derniers jours ont même été particulièrement riches en péripéties et événements, suscitant l'intérêt de la presse européenne et internationale. Trois candidats ont particulièrement attiré l'attention : Marine Le Pen, François Fillon et Emmanuel Macron. Pour des raisons différentes.

Une de La Razon, 6 février 2017

Une de La Razon, 6 février 2017

Marine Le Pen et les "deux totalitarismes"

De l'avis général, Mme Le Pen, en meeting à Lyon le 5 février, a brutalement lancé sa course vers l'Elysée, sa photo apparaissant sur de nombreuses unes comme celles du Guardian, du Financial Times (Royaume-Uni) ou encore d'El Pais (Espagne). "Vive la haine" titre à cet égard The Independent (Royaume-Uni), tandis que La Repubblica (Italie) ou La Razon (Espagne) n'ont pas hésité à présenter la dirigeante d'extrême droite avec le bras droit levé à la manière du salut hitlérien.

Du discours de Marine Le Pen, la presse européenne retient principalement sa croisade contre "les deux totalitarismes", de la "mondialisation" et du "fondamentalisme islamique", auxquels elle entend opposer son "patriotisme", comme l'indique notamment La Libre Belgique. Le programme de la candidate du Front national ? "Un savant mélange" de Brexit, de Donald Trump et de postures d'extrême droite et d'extrême gauche populistes selon le quotidien espagnol ABC.

Référendum sur l'appartenance à l'Union européenne, sortie de l'OTAN, sortie de l'espace Schengen : les promesses chocs de Mme Le Pen sont énumérées et la possibilité de sa victoire n'est pas esquivée. "Le prochain président français ?", s'interroge par exemple l'hebdomadaire allemand Der Spiegel, qui n'a pas caché son impression face à la "mer de drapeaux tricolores" et au son du chant de ralliement "on est chez nous" scandé par le public.

Toutefois, pour le quotidien allemand Die Welt, le constat est simple, si Marine Le Pen l'emporte, la France "est condamnée". Et la présidente du parti fondé par Jean-Marie Le Pen se trouve de toute évidence confortée par la disgrâce de François Fillon, empêtré dans un scandale à rebondissements d'emploi fictif largement relayé en Europe. The Guardian ou encore Le Temps (Suisse) proposent notamment à leurs lecteurs un suivi étroit de l'affaire, depuis les premières révélations du Canard enchaîné jusqu'à la conférence de presse de M. Fillon hier.

Article de Die Zeit, 25 janvier 2017

Article de Die Zeit, 25 janvier 2017

François Fillon "à l'agonie"

A cet égard, le jugement des médias européens est très largement défavorable à l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy. Ces derniers donnent en effet un large crédit à l'accusation selon laquelle François Fillon aurait employé et confortablement rémunéré son épouse, Penelope Fillon, en tant que collaboratrice parlementaire sans qu'un travail effectif ait été fourni en échange. De la même manière, la presse européenne n'est pas plus convaincue que les titres français de la réalité de l'emploi de Mme Fillon à la Revue de deux mondes, pour lequel elle a reçu une rétribution totale de 100 000 euros pour seulement deux notes de lecture. Enfin, l'emploi par François Fillon de deux de ses enfants, également en tant que collaborateurs parlementaires, est sujet à caution.

"Si une telle affaire éclatait au Danemark ou ailleurs en Scandinavie, le candidat serait cuit depuis longtemps", a notamment jugé Bjorn Willum, correspondant de la Radio-Télévision danoise à Paris, interrogé par Courrier international. El Pais parle quant à lui d'un scandale qui "détruit" la campagne du candidat des Républicains, et se montre dubitatif vis-à-vis de la défense de M. Fillon. Ce dernier s'est présenté comme victime "d'accusations sans fondement" et d'une "tentative d'assassinat politique". Mais le journal espagnol met en avant le niveau de salaire très élevé de Mme Fillon, notamment lorsqu'elle était employée par le successeur de son mari, après que ce dernier fut nommé à Matignon, sans que des preuves matérielles de son travail n'aient pu être présentées.

Une de De Standaard, 6 février 2017

Une de De Standaard, 6 février 2017

Pour El Confidencial, autre titre de presse espagnol qui s'exprimait avant la conférence de presse d'hier après-midi, M. Fillon vit bien "des heures d'agonie" et se trouve en extrême difficulté face aux "données et preuves irréfutables" fournies par les journalistes français. Son électorat, estime donc la presse européenne, pourrait ne pas lui pardonner. Notamment, comme le rappelle la BBC britannique, car le candidat conservateur a fait de son image "d'honnête politicien" son principal atout face à ses concurrents et plus particulièrement Nicolas Sarkozy, également dans la tourmente judiciaire.

Die Welt va, pour sa part, encore plus loin, estimant que c'est la "culture politique française" dans son ensemble qui est aujourd'hui en cause, ce qui "bénéficie" par conséquent à Marine Le Pen. Même si la dirigeante frontiste est elle-même visée par des procédures… d'emplois fictifs. Le Parlement européen l'accuse en effet d'avoir employé une collaboratrice parlementaire alors que cette personne aurait en réalité travaillé au siège du Front national à Nanterre, ce qui est illégal. Comme le rappellent ABC ou The Guardian, Mme Le Pen refuse pour l'heure de rembourser les 300 000 euros réclamés par l'institution européenne et a indiqué qu'elle ne renoncera pas à la présidentielle si elle devait être mise en examen pour cela.

Un "boulevard" pour Emmanuel Macron ?

Au fond, pour la presse européenne, outre Marine Le Pen, qui fait donc campagne contre la droite et la gauche "du fric", seul Emmanuel Macron pourrait tirer son épingle du jeu maintenant que François Fillon est à terre. Présenté comme un "franc-tireur" par Time Magazine (Etats-Unis) ou, sous un jour moins positif, comme un "traitre" par Die Welt pour s'être désolidarisé de François Hollande qui l'avait nommé ministre, M. Macron est vu comme vainqueur de l'élection s'il devait accéder au second tour.

Jean-Luc Mélenchon, candidat de La France insoumise (gauche radicale) était également en meeting à Lyon le 5 février. Moins couvert par la presse européenne, cet événement a été évoqué notamment par les agences Reuters (Royaume-Uni) et ANSA (Italie) pour l'usage d'un hologramme, qui a dupliqué la présence de M. Mélenchon dans une autre salle de meeting, à Aubervilliers.

Pour la Süddeutsche Zeitung (Allemagne), Emmanuel Macron est en effet à même d'opposer sa "confiance" à la "colère" de Marine Le Pen. The Independent reprend pour sa part sur son site un extrait du discours du président-fondateur d'En Marche justement consacré au Front national. "Ils trahissent notre liberté en rétrécissant notre horizon, ils trahissent notre égalité en disant que certains sont plus égaux que d'autres, ils trahissent la fraternité parce qu'ils haïssent les visages qui ne ressemblent pas aux leurs".

"Jusqu'où ira Emmanuel Macron ?", se demande donc l'hebdomadaire belge Le Vif. Selon le journal, un "boulevard" s'offre à celui qui se décrit comme ni de gauche ni de droite car outre l'actuelle disgrâce de François Fillon, M. Macron bénéficie également de la victoire de Benoît Hamon à la primaire du Parti socialiste. Ce dernier a, également le 5 février, été officiellement investi par son camp, mais sans que Manuel Valls, ancien Premier ministre et finaliste malheureux de la primaire, ne soit présent, relate La Libre Belgique. Pour The Telegraph (Royaume-Uni), la candidature de M. Hamon ne sera pas dangereuse pour le "nouveau favori" Emmanuel Macron, car le candidat socialiste n'est autre que le "clone de Jeremy Corbyn", l'actuel leader du Parti travailliste britannique, marqué à gauche et vu comme incapable de reprendre le pouvoir aux conservateurs.

A deux mois et demi du premier tour, la campagne présidentielle française n'a donc pas fini de défrayer la chronique en Europe. Au cœur du scandale Fillon, le 6 février, un dernier sondage d'Opinion Way relayé par Il Sole 24 Ore (Italie) donne Marine Le Pen en tête avec 26% des voix, suivie d'Emmanuel Macron (23%), de François Fillon (20%), de Benoît Hamon (14%) et Jean-Luc Mélenchon (11%). Au second tour, M. Macron l'emporterait largement face à Mme Le Pen, avec 65% des suffrages.

 

Par Jules Lastennet