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Matteo Salvini : l'anti Renzi sauce Le Pen

Synthèse 20.03.2015

Depuis quelques mois, Matteo Salvini est l’étoile montante de la droite italienne. Omniprésent sur les chaînes de télévision transalpines, le chef de la Lega Nord (Ligue du Nord) s’impose comme le seul rival de Matteo Renzi. Après avoir pris la tête de ce parti eurosceptique et xénophobe en décembre 2013, il remonte sans cesse dans les sondages en s’inspirant de Marine Le Pen, à la fois son modèle politique et son amie. En quelques mois, l’eurodéputé a ramené la Ligue à la barre des 15% dans les intentions de vote et vise aujourd’hui à mettre fin au gouvernement Renzi.

Matteo Salvini

Du vert au noir

Matteo Salvini fait son entrée en scène le 7 décembre 2013. Avec plus de 80% des votes, il remporte les élections primaires au sein de la Ligue du Nord, devançant largement son mentor et fondateur du parti Umberto Bossi, âgé de 73 ans. Cheveux courts et barbe de 10 jours, ce Milanais de 42 ans révolutionne dès son arrivée l’image de la Lega. Le costard-cravate a été remplacé par des sweats colorés sur lesquels le nouveau secrétaire général fait coudre, tout à tour, le nom des régions qu’il visite. "Lombardia", "Veneto", "Romagna"… les fiefs historiques de la Ligue du Nord.

Thomas Guénolé

Extrême droite et médias : "un serpent qui se mord la queue" - 28 minutes - ARTE , l'analyse du politologue et sociologue Thomas Guénolé

Et le changement n’est pas que vestimentaire. Le discours politique évolue également, passant métaphoriquement du vert (la couleur traditionnelle de la Ligue du Nord) au noir de l’extrême droite. Fraîchement élu à la tête du parti, ce journaliste de profession donne immédiatement le ton dans un article paru sur les pages de la Padania (le journal du parti) : "Au niveau international, la priorité est d’en finir avec l’euro et de réformer l’Europe. Je dis 'oui', donc, aux alliances avec ceux qui ne sont pas des 'euro-cons' : les Français de Le Pen, les Néerlandais de Wilders, les Autrichiens de Mölzer, les Finlandais… en somme, avec ceux qui soutiennent l’Europe des patries". Dans l’hémicycle de Strasbourg, où il siège depuis 2004, il rêve d’un groupe commun avec ses collègues eurosceptiques, sans y parvenir. Comme eux, il demeure membre du groupe des "Non inscrits".

Le flirt avec l’extrême droite ne s’arrête pas au Parlement européen. A l’occasion des manifestations de la Lega en Italie, les amis du Front national ne manquent pas de lui apporter leur soutien. Le 28 février dernier, lors de l’un de ses meetings à Rome, Marine Le Pen lui a même fait parvenir un message vidéo sur le sujet : "Pourquoi le multiculturalisme est-il le cheval de Troie de l’Etat Islamique ?". Un discours très applaudi par des milliers de militants venus dans la capitale pour écouter Matteo Salvini. En Italie, son rapprochement avec les formations nationalistes s’accompagne d’un changement de bouc émissaire au sein de sa politique intérieure.

Il y a encore dix ans, les discours des élus de la Lega tournaient autour d’un seul mot : "terrone", ce terme négatif utilisé pour désigner les habitants du sud de l’Italie, accusés par la Ligue de profiter du système. A l’heure où Matteo Salvini tient les rênes du parti, ce mot disparaît peu à peu des déclarations officielles. L’Union européenne et l’euro prennent la place du Mezzogiorno italien. "L’euro est un crime contre l’humanité", lance-t-il pour rassembler le mécontentement de tous les Italiens. Car Matteo Salvini veut séduire aussi dans le Sud, où la Ligue du Nord a rarement mis les pieds. Pour y parvenir, il lance un nouveau projet politique "Nous avec Salvini", l’alter ego de la Lega au sud de Rome. Mais le parti peine à s’imposer. Si aux élections européennes de 2009, à son apogée, la Ligue réalise un score de 10% et devient le premier parti dans certaines régions du Nord, en 2014, seuls 6,2% des électeurs votent pour le Carroccio, et dans le Sud le parti ne dépasse pas le cap des 2%.

Un seul mot d’ordre : communication

Mais Matteo Salvini ne désespère pas et demeure convaincu que la transformation de la Lega Nord est possible. Il s’investit à 100% dans une nouvelle campagne de communication et se montre plus proche des citoyens au Nord comme au Sud.

Entré dans le parti à l’âge de 17 ans, le jeune Matteo n’a jamais eu le temps de terminer sa formation universitaire. Il demeure inscrit à la Faculté d’histoire de Milan pendant 16 ans, mais il n’obtiendra jamais son diplôme. "L’indépendance de la Padanie arrivera avant la fin de mes études !", plaisante-t-il lorsqu’il est élu pour la première fois au Parlement de Rome en 2008. L’échec universitaire ne lui fait pas défaut, au contraire, il en joue pour prendre ses distances avec les technocrates surdiplômés qu’il renie. "Quand je pense à Mme Fornero, je me dis que ce n’est pas plus mal de pas avoir mon diplôme !", lance-t-il lors d’un débat télévisé en faisant référence à une ancienne ministre de l’impopulaire gouvernement Monti.

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Pour imposer sa stratégie et combattre son principal adversaire, Matteo Renzi, le leader du Carroccio s’approprie tous les outils de communication chers au Premier ministre italien. Sur Twitter, il est présent 24h sur 24, au point qu’il a doublé le nombre de tweets de son rival Renzi, le Premier ministre actuel (un autre accro du site de microblogging) : 9.800 contre 4.300. Mais il peine à conquérir davantage de followers : il en compte 131.000 contre 1,74 million pour l’ancien maire de Florence. Sur les écrans télévisés, il fait de même. Du 1er janvier au 25 février 2015, Matteo Salvini a cumulé un total de 24 heures et 5 minutes de direct. Un record, dépassé seulement par la performance de… Matteo Renzi ! A l’heure où le Premier ministre voit sa côte de popularité baisser à 40% (contre 60% en mai 2014), l’autre Matteo, le Milanais, ramène la Ligue du nord au cap des 15%, du moins selon les derniers sondages. La guerre entre les deux Matteo de la politique italienne a commencé à coup de tweet et de déclaration télévisée, mais pour il gran finale, il faudra attendre les prochaines élections.

 

 

Portrait réalisé en partenariat avec 28'ARTE