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Mariano Rajoy, l'austérité face aux Indignés

Synthèse 17.12.2015

Mariano Rajoy, c’est le symbole de la ténacité, de la persévérance. Pas étonnant pour un amateur de cyclisme, lisait-on en 2011, lorsque le leader de la droite espagnole fut le grand gagnant des élections législatives. Il y a quatre ans, le successeur de José Luis Zapatero s’imposait enfin comme le nouvel homme de la situation. Mais c’est avec discrétion que le Premier ministre s’installait au palais de la Moncloa, laissant derrière lui ses deux défaites, de 2004 et de 2008. Ce n’était "pas le moment de tout gâcher par un triomphalisme excessif !", commentait Le Figaro au lendemain du vote.

Mariano Rajoy

La sobriété, c’est aussi l’image que le Premier ministre s’est construite au fil du mandat. Originaire de Saint-Jacques-de-Compostelle, ce père de deux garçons vient d’une région rurale, la Galice, au nord du Portugal, où l’on défend l’honnêteté et la droiture. Fils de juge, Mariano Rajoy opte pour le droit, au moment de faire le choix des études, débute une carrière de conservateur des hypothèques avant d’entrer en politique à l’âge de 26 ans lorsqu’il est élu député régional. Puis il gagne la confiance de José María Aznar qui le nomme cinq fois ministre entre 1996 et 2004. Rajoy succèdera ensuite à son mentor à la tête du Parti populaire (PP).

Malgré une longue lutte contre le socialiste Zapatero, l’homme réservé n’abandonne pas, ce qui lui ouvre les portes de la victoire en 2011 sur fond de récession économique et à laquelle il offre la posture du conservateur raisonnable.

Les sacrifices de Rajoy

"La crise a donné le pouvoir absolu à Rajoy", titrait le 21 novembre 2011 le quotidien El Pais. Et Anton Losada, professeur en sciences politiques à Saint-Jacques de Compostelle, de confier à l’AFP : "Son principal point fort c'est la crise et le chômage. Ce qui était une grande faiblesse, l'image d'un homme ennuyeux, prévisible, a fini par se muer en une grande force".

Le conservateur qui affrontera ce dimanche trois challengers, a géré la crise qui a touché de plein fouet l’Espagne avec une politique de rigueur. Un an après son élection à la tête du gouvernement, la décision en 2012 de diminuer de 10 milliards d’euros les budgets de l’éducation et de la santé a été reçue avec stupéfaction. Dans le domaine de l’enseignement, les répercussions ont été visibles par l’augmentation du nombre d’élèves par classe ainsi que celle des frais d’inscription universitaires. Dans le secteur de la santé, les conséquences ont été drastiques dans certains hôpitaux, obligés de limiter leurs services et les opérations chirurgicales.

Un suiveur à Bruxelles

Pour sortir le pays du marasme économique, Mariano Rajoy et son gouvernement affichent donc clairement une ligne pro-austérité au point que le quotidien El Periódico de Aragón le qualifie de "toutou de Bruxelles". "En Espagne, ceux qui nous contrôlent ont trouvé en Mariano Rajoy une personnalité qui leur facilite les choses et leur permet de mener leurs politiques sans malmener les principes démocratiques", s’indigne le même journal. "La situation est idéale : Rajoy, élu démocratiquement par les Espagnols, assume dans notre pays les fonctions du technocrate qui applique docilement, sans chercher à en savoir plus sur les critères économiques décidés pour notre bien par Angela Merkel".

Mariano Rajoy

Si le sortant Rajoy fait aujourd’hui campagne en vantant les mérites de "son sérieux" et le retour d’une faible croissance, la politique du Galicien a fait naître des mouvements contestataires. Car, en effet, l’essai n’est pas concluant. En 2013, les autorités de Bruxelles signalaient même leur inquiétude, appréhendant une augmentation du chômage de 25 à 27%  pour l’année suivante en 2014. Pire, l’Espagne fait fuir ses jeunes au point que, d’après les données de l’Institut national de statistiques de Madrid, le solde migratoire du pays est devenu négatif au fil des quatre dernières années, c’est-à-dire sous son mandat.

Une génération d’Indignés

Les plus mécontents parmi ces jeunes sont même descendus dans la rue, se faisant connaître dans toute l’Europe. A partir du 15 mai 2011 (d’où le nom de "mouvement 15-M"), des milliers de personnes envahissent ainsi la Puerta del Sol, la place centrale de Madrid où se trouve "le kilomètre 0", le cœur géographique du pays. Durant des semaines, les tentes couvrent le parvis de la place, faisant de l’Espagne de Rajoy l’avant-garde de la contestation à l’austérité, avec pour nom los Indignados ("les Indignés").

La place se videra au fil du temps, mais les ambitions des Indignés, qui demandent davantage de démocratie directe, de transparence, ou encore de lutte contre la corruption, ne disparaissent pas. "Elles mutent", comme écrit Renaud Lambert dans Le Monde diplomatique. "L’espoir se cristallise désormais sur une nouvelle formation politique, Podemos ("Nous pouvons")", encore inconnue en 2011 mais désormais l’un des adversaires politiques principaux auxquels fait face aujourd’hui le candidat Mariano Rajoy. Symbole de la politique de rigueur qui ne se remet pas en question, le Premier ministre espagnol devient également en 2013, aux yeux de tous les Indignés, le représentant d’un système politique corrompu.

Les remous de l’"affaire Barcenas" mettent en difficulté un Premier ministre soupçonné de fraude fiscale. Ainsi, sa dernière année au pouvoir sera marquée par la percée de Podemos et la montée de l’étoile naissante de Ciudadanos (centre-droit), deux partis qui dénoncent notamment l’opacité au sein du pouvoir. Austère, inflexible (comme par exemple face aux ambitions d’indépendance de la Catalogne) et toujours aussi persévérant, Mariano Rajoy saura-t-il encore rassurer les électeurs, face à des candidats beaucoup plus jeunes et qui semblent apporter un souffle nouveau à la politique espagnole ?

 

Portrait réalisé en partenariat avec 28'ARTE

L'Européen du mois - 28 minutes