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Manuel Valls : "l'Europe n'est pas le problème. C'est la solution. Mais il faut s’en donner les moyens"

Actualité 13.04.2016

Sa visite attendue était programmée il y a plusieurs mois, mais les attentats du 13 novembre dernier ont différé ce déplacement. Après une visite au Luxembourg pour rencontrer son homologue Xavier Bettel et concrétiser plusieurs projets français dans le cadre du Plan d'investissement pour l'Europe, Manuel Valls s'est rendu au Parlement européen. Interrogé sur le dossier épineux du PNR, le Premier ministre a également insisté sur d'autres sujets d'actualité brûlants : la crise des réfugiés, les réformes économiques, mais également la crise du projet européen et le risque de dislocation de l'Europe.

Manuel Valls et Martin Schulz

Après un premier échange en début de matinée avec la délégation française du groupe des socialistes au Parlement européen, au cours duquel il a été question des affaires européennes lors des prochaines élections présidentielles, Manuel Valls s'est adressé aux présidents de groupes et aux députés européens dans leur ensemble. "L’avenir du projet européen est en danger. Comme jamais il ne l’a été. En danger de céder devant les populismes et les égoïsmes", a déclaré le chef du gouvernement, tout en adressant un message au Parlement : "Face aux crises que nous connaissons, l’Europe n’est pas le problème. C’est la solution. Mais il faut s’en donner les moyens".

Alors qu'en France le projet de loi El Khomri, qui doit réformer le droit du travail, provoque de vives réactions, le Premier ministre a adressé un second message : "Si nous réformons, c’est parce que la France en a besoin. Pour lutter contre ce chômage de masse auquel nous avons fini par nous habituer ; pour regagner la compétitivité que nos entreprises ont perdu au cours de la décennie précédente ; pour restaurer nos comptes publics". Manuel Valls a insisté sur le fait que "ce que nous faisons ne pourra prendre toute son ampleur que dans le cadre de l’Europe. Une Europe qui elle-même se réforme. Pour cela, chacun doit assumer ce qu’est l’Europe".

Très attendu sur les questions de sécurité, le Premier ministre a reconnu que sur la réforme de Schengen, "nous ne sommes pas allés jusqu’au bout et aujourd’hui nous le payons !".

Pour le chef du gouvernement français, l'accent doit être mis sur les principaux outils suivants : les gardes-frontières européens, le contrôle systématique des entrées et sorties de Schengen, l’adoption de la directive sur les armes et enfin, le PNR européen "Passenger Name Record". Un fichier qui recense l'identité de tous les passagers aériens entrant ou sortant du ciel européen et sur lequel les députés européens voteront le 14 avril avec le paquet sur la protection des données. Un vote très attendu après cinq années de discussions au Parlement européen.

" Il ne faut pas être caricatural, personne n’a jamais dit que le PNR aurait permis d’éviter les attentats", a expliqué devant la presse le chef de gouvernement. "Mais ce fichier est un moyen supplémentaire pour être efficace dans la lutte contre le terrorisme", a ajouté Manuel Valls qui, le soir des derniers attentats de Bruxelles avait appelé les groupes socialiste et écologiste du Parlement européen à "prendre leurs responsabilités", estimant qu'assez de temps avait été perdu sur cette question.

Interrogé également sur la réforme du droit d'asile et le règlement de Dublin, le Premier ministre a expliqué qu'il souhaitait rester prudent cette question et ne pas envisager une réforme d'envergure. Autre sujet sur la table, l'accord UE-Turquie. "Notre solidarité doit être totale (...) La France tiendra ses engagements", a-t-il précisé.

Sur la question du Brexit sur laquelle les Britanniques se prononceront le 23 juin prochain par référendum, le Premier ministre estime que ce défi "nous oblige à prendre de la hauteur. Quel que soit le résultat du référendum, la question de l’Europe différenciée devra être posée. Dans le respect de chacun, de ceux qui ne veulent pas avancer davantage et de ceux comme la France qui veulent poursuivre l’intégration".

Au lendemain de sa visite à la Banque européenne d'investissement au Luxembourg, Manuel Valls a également insisté sur le rôle du plan Juncker "qui a remis l’investissement au coeur de la stratégie économique européenne". "A nous de faire de ce plan une réussite collective".